Ce qu’il faut retenir :
- Adam Aron conteste la légalité des versions tokenisées d’actions américaines proposées par Robinhood.
- Ces jetons sont des titres de dette émis par une filiale offshore, sans droits d’actionnaire attachés.
- Le marché des actions tokenisées est passé de 2,5 à 13,4 milliards de dollars depuis janvier.
Adam Aron, président-directeur général d’AMC Entertainment, a violemment critiqué Robinhood pour la tokenisation d’actions américaines, dont celles de sa propre entreprise. L’action du groupe de salles de cinéma progressait de près de 21 % en séance nocturne, à 3,07 dollars.
Ce que reproche le dirigeant d’AMC
Je trouve cette pratique méprisable, scandaleuse, répugnante, détestable, inexcusable, ignoble. Comment cela peut-il être légal ? Nous n’avons absolument aucun lien avec cela et ne l’approuvons en aucune manière.
Le message publié jeudi sur les réseaux sociaux ne s'embarrasse pas de nuances.
“Comment cela peut-il être légal ?”, interroge-t-il, en précisant que son entreprise n’a aucun lien avec cette offre et ne la cautionne d’aucune manière. AMC saisira immédiatement son conseil externe en droit boursier pour examiner la question.
Sa critique repose sur deux points précis : l’entreprise n’a pas participé à l’émission de ces jetons, et ceux-ci ne sont pas enregistrés au titre du droit boursier américain.
La réponse de Vlad Tenev, dirigeant de Robinhood, a tenu en trois mots : quelle est l’inquiétude ?
Ce que sont ces jetons
La documentation de Robinhood décrit précisément le produit, et cette description éclaire le débat.
Ces jetons constituent des titres de dette tokenisés, émis par une filiale située hors des États-Unis, Robinhood Assets. Ils offrent une exposition à l’évolution du cours de l’action sous-jacente, sans conférer la propriété juridique de l’entreprise ni aucun droit d’actionnaire.
L’entreprise précise elle-même que ces titres ne sont pas enregistrés comme valeurs mobilières aux États-Unis et ne peuvent pas y être proposés.
Autrement dit, le détenteur ne possède pas une action AMC mais une créance sur une société tierce, dont la valeur suit celle de cette action. La distinction change tout en cas de difficulté de l’émetteur, puisque le risque de contrepartie porte alors sur Robinhood Assets et non sur AMC.
Un précédent avec OpenAI
Ce n’est pas le premier différend de ce type. L’an dernier, OpenAI avait publiquement rejeté les jetons adossés à ses propres titres, en affirmant qu’ils ne constituaient pas des parts de son capital, qu’aucun partenariat n’existait avec Robinhood et qu’aucun transfert d’actions n’avait été approuvé.
Vlad Tenev avait alors formulé la défense qu’il maintient aujourd’hui. Ces jetons ne sont techniquement pas des actions, expliquait-il, mais des produits dérivés donnant aux particuliers une exposition à une entreprise non cotée. Il ajoutait que la tokenisation ne devrait pas requérir l’accord préalable de la société tokenisée.
C’est ce dernier point qui structure le désaccord. Créer un instrument financier dont la valeur suit celle d’un titre n’a rien d’illégal en soi, les marchés de dérivés fonctionnant ainsi depuis des décennies. La question porte sur la commercialisation auprès de particuliers d’un produit présenté sous le nom d’une entreprise qui n’y consent pas.
Un marché qui a quintuplé en huit mois
L’enjeu dépasse ces polémiques. Les actions tokenisées ont atteint une capitalisation totale de 13,4 milliards de dollars au 1er septembre, contre 2,5 milliards au début de l’année, d’après les données de The Block.
Leur attrait tient à trois caractéristiques : une négociation possible en continu, un règlement plus rapide, et un accès via des portefeuilles crypto qui rend des actions régionales disponibles à des investisseurs du monde entier.
Le calendrier réglementaire accompagne ce mouvement. La SEC a proposé cette semaine d’autoriser les blockchains comme registre officiel des transactions sur titres, et organise le 17 septembre une table ronde sur la négociation en continu.
Et maintenant ?
Deux éléments détermineront la suite de ce dossier.
Les conclusions du conseil juridique d’AMC, d’abord, et la nature d’une éventuelle action. Une entreprise dont le titre sert de sous-jacent à un dérivé émis à l’étranger dispose de recours limités, mais l’usage de son nom et de sa marque ouvre d’autres angles d’attaque.
La position des régulateurs ensuite. Robinhood assume que ces produits ne sont pas proposés aux États-Unis, ce qui les place hors du champ de la SEC. Le développement de ce marché pose toutefois une question que les autorités devront trancher : à partir de quel moment un instrument qui réplique une action doit-il obéir aux mêmes règles que cette action.
Au final, l’action AMC a gagné 21 % sur une polémique qui ne change rien à l’activité de l’entreprise, ni à son chiffre d’affaires, ni à ses résultats.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.