Ce qu’il faut retenir :
- La Chine a dépensé 158,8 milliards de dollars en importations d’or entre janvier et août 2026, contre 96,5 milliards sur toute l’année 2025.
- Les avoirs chinois en bons du Trésor américain sont tombés à 618 milliards de dollars en juillet, un plus bas depuis août 2008.
- Goldman Sachs estime que la banque centrale chinoise a acheté 35 tonnes d’or en juillet, contre 20 tonnes déclarées.
158,8 milliards de dollars en huit mois. La Chine n’a jamais autant dépensé pour importer de l’or, et 2026 n’est pas terminée. Entre janvier et août, le pays a fait entrer plus de 1 000 tonnes de métal jaune sur son territoire, d’après les données rapportées par le Financial Times ce mardi. Pour comparaison, l’ensemble de l’année 2025 avait coûté 96,5 milliards de dollars pour 886 tonnes.
Le contraste avec 2025 est d’autant plus frappant que Pékin avait alors levé le pied. Le rallye de l’or, passé d’environ 2 625 dollars l’once début 2025 à un pic de 5 595 dollars en janvier 2026, avait poussé le pays à modérer ses achats. Un an plus tard, les prix restent élevés et les acheteurs chinois reviennent en force.
Pourquoi la Chine achète autant d’or ?
Deux forces s’additionnent : la banque centrale et les épargnants. Lisa Liu, directrice générale de Gold Mountains Asset Management, filiale de Zijin Mining Group, premier producteur d’or chinois, résume le mouvement en une phrase : “Les deux diversifient vers un actif sans risque de contrepartie.” Selon elle, il ne s’agit pas d’un trade de court terme mais d’un repositionnement pluriannuel des actifs des ménages et de l’État, dont l’ampleur pèse désormais directement sur le prix mondial de l’or.
Du côté de l’État, la fuite hors du dollar se lit dans les chiffres du Trésor américain. Les avoirs chinois en Treasuries ont reculé à 618 milliards de dollars en juillet, leur plus bas niveau depuis août 2008. Et la Banque populaire de Chine (PBoC) achèterait davantage qu’elle ne le déclare : dans une note publiée début septembre, les analystes de Goldman Sachs estiment ses achats de juillet à 35 tonnes, contre 20 tonnes officiellement annoncées.
Du côté des particuliers, le problème est plus terre à terre : il n’y a plus grand-chose d’autre à acheter. Depuis l’effondrement de l’immobilier en 2021, les placements domestiques se sont raréfiés. L’indice CSI 300 perd 1,8 % depuis janvier et reste plus de 20 % sous son sommet de début 2021. Les rendements des obligations d’État chinoises flirtent avec leurs plus bas historiques. L’or devient, par défaut, la valeur refuge d’un pays qui en est aussi le premier producteur mondial, avec 384 tonnes extraites en 2025 selon le World Gold Council.
L’or ne réagit plus comme avant aux taux réels
Le comportement de l’or a changé, et pas seulement en Chine. Christopher Hamilton, responsable des solutions clients pour l’Asie-Pacifique hors Japon chez Invesco, observe que le métal ne baisse plus quand les taux réels montent, contrairement au schéma classique. Les obligations d’État n’évoluent plus à l’inverse des actions, et l’or redevient le diversificateur de portefeuille par défaut. Hamilton estime que les achats institutionnels restent le premier moteur du prix.
Cette demande chinoise s’inscrit dans un mouvement plus large de rapatriement physique. Les États veulent leur or près d’eux : le mois dernier, le gouvernement néerlandais a transféré une partie de ses réserves de New York vers Londres.
Ce qu’il faut surveiller
Le prochain test sera la publication des chiffres d’importation de septembre, qui diront si le rythme des 1 000 tonnes se maintient au-delà de l’été. Les déclarations mensuelles de la PBoC resteront à lire avec l’estimation de Goldman Sachs en tête : l’écart entre les 20 tonnes officielles et les 35 tonnes estimées donne une idée de ce que Pékin préfère ne pas montrer. Enfin, tant que le CSI 300 stagne et que l’immobilier ne repart pas, l’épargne chinoise n’a aucune raison de quitter le métal jaune.
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