Implants cérébraux : plus d’un milliard de dollars levés en 2026, Neuralink n’est plus seul

Les interfaces cerveau-ordinateur ont levé plus d’un milliard de dollars en 2026. Neuralink, Precision, Chine : qui mène la course ?
Elon musk neuralink

Ce qu’il faut retenir :

  • Les start-up d’interfaces cerveau-ordinateur ont levé plus d’un milliard de dollars en 2026, selon PitchBook.
  • Moins de 200 personnes dans le monde ont reçu un implant cérébral de ce type à ce jour.
  • La Chine a classé le secteur stratégique et vise deux à trois champions mondiaux d’ici 2030.

Plus d’un milliard de dollars en moins de neuf mois. C’est ce que les entreprises qui développent des interfaces cerveau-ordinateur ont déjà levé en 2026, d’après des données PitchBook citées par le Financial Times. Sur les quatre années précédentes réunies, le total atteignait 1,56 milliard. L’implant cérébral, longtemps cantonné aux laboratoires universitaires et aux annonces d’Elon Musk, attire désormais le capital-risque de la Silicon Valley à Pékin.

Qu’est-ce qu’une interface cerveau-ordinateur ?

L’expérience consistant à contrôler un ordinateur par la pensée, à déplacer le curseur sur l’écran et à jouer à des jeux vidéo, était époustouflante. C’était comme de la télékinésie. J’avais l’impression d’avoir un super-pouvoir.

Une interface cerveau-ordinateur, ou BCI (brain-computer interface), est un dispositif qui capte l’activité des neurones et la convertit en commandes numériques. L’objectif médical : rendre la parole ou le mouvement à des personnes qui les ont perdus après un accident ou une maladie.

Moins de 200 personnes dans le monde ont été implantées. Jasaun Knight, un Américain de 35 ans, en fait partie. Il a reçu un implant de la start-up new-yorkaise Precision Neuroscience pendant quelques jours, à l’occasion d’une opération pour un cancer du cerveau, dans le cadre d’un essai clinique. Il a déplacé un curseur et joué à des jeux par la seule pensée, sans rien ressentir dans le crâne. “J’avais l’impression d’avoir un super-pouvoir”, raconte-t-il au quotidien britannique.

Neuralink, fondée par Elon Musk il y a dix ans, reste la mieux financée, avec plus de 1,3 milliard de dollars réunis en sept tours de table. Mais des dizaines de rivaux lèvent à leur tour des montants importants, et tous ne font pas le même pari.

La première école, celle de Neuralink, enfonce des électrodes dans le tissu cérébral pour un usage de longue durée. La deuxième pose sur la surface du cerveau un film fin et souple qui ne le perce pas : c’est l’approche de Precision Neuroscience, dont l’implant compte 1 024 électrodes. Les deux supposent d’ouvrir le crâne.

La troisième école s’en passe, avec des capteurs placés sur le cuir chevelu. Le signal, affaibli par la traversée de l’os, ne permet pas encore de transformer une pensée en instruction fiable. Damien Coyle, directeur de l’Institute for the Augmented Human à l’université de Bath, constate que l’engouement et l’argent vont aux implants, tout en voyant une marge de progrès pour le non-invasif, par exemple pour moduler l’activité cérébrale.

L’IA s’invite dans la course. Merge Labs, cofondée par Sam Altman, est sortie de l’ombre en janvier avec un tour d’amorçage de 250 millions de dollars, valorisation de 850 millions à la clé, et OpenAI comme premier contributeur, selon TechCrunch.

États-Unis, Europe, Chine : qui mène la course ?

Les États-Unis partent devant. Synchron, Blackrock Neurotech, Axoft ou Merge Labs profitent d’un capital-risque profond et d’une Food and Drug Administration (FDA) que les dirigeants du secteur jugent plus réactive que les régulateurs européens.

L’Europe a pourtant son vivier : CorTec en Allemagne, Onward Medical aux Pays-Bas, InBrain en Espagne, Neurosoft et Ability Neurotech en Suisse. Frank Desiere, directeur général de CorTec, vante l’ingénierie de précision et le niveau en neurosciences du continent. Il déplore en revanche le manque de capitaux pour les stades avancés, des systèmes de remboursement morcelés et l’absence d’un régulateur qui accompagne les fabricants. Résultat, CorTec mène ses premiers essais cliniques aux États-Unis, à l’université de Washington et à la Mayo Clinic.

La Chine accélère. Pékin a désigné l’an dernier les BCI comme secteur stratégique national, avec une feuille de route qui prévoit deux à trois entreprises de rang mondial d’ici 2030. Plusieurs provinces ont créé des fonds et des zones industrielles. Le privé suit : 7 milliards de yuans, soit environ 1 milliard de dollars, ont été investis dans la neurotech au premier semestre 2026 à travers 60 opérations, selon ITJuzi. Une douzaine de sociétés chinoises travaillent sur des implants invasifs, dont NeuroXess, fondée à Shanghai en 2021. Le pays dispose d’un atout de taille pour les essais cliniques : le nombre de patients.

Dialogue avec le cerveau et prothèses : la prochaine étape

La plupart des BCI ne font que lire. Certaines entreprises, dont CorTec, développent des systèmes en boucle fermée (closed-loop), capables aussi de renvoyer des signaux vers le cerveau. Après un AVC, l’idée est de lire et de stimuler le cortex moteur pour aider les neurones à se reconnecter.

L’autre débouché tient aux prothèses. Le britannique Open Bionics fabrique des bras pilotés par les muscles restants de l’utilisateur, et ses revenus progressent de 60 % par an en moyenne depuis 2018. Joel Gibbard, son cofondateur et directeur général, estime que la mécanique d’une main artificielle agile existe déjà. Le système de commande, lui, reste très rudimentaire. Un lien direct avec le cerveau comblerait ce manque et, avec des signaux dans les deux sens, pourrait rendre le toucher.

Ce qu’il faut surveiller

Les prochaines étapes sont réglementaires et cliniques plus que financières : les autorisations de la FDA pour des implants permanents, les résultats des essais à grande échelle et la durée de vie des dispositifs dans le cerveau. Tant que le nombre de patients implantés se compte en dizaines par entreprise, les valorisations reposent sur une promesse.

Côté géopolitique, l’échéance chinoise de 2030 fixe le tempo. Et côté marchés, une introduction en Bourse de Neuralink ou d’un de ses rivaux donnerait enfin un prix public à la neurotech.

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