Ce qu’il faut retenir :
- Revolut a obtenu une licence bancaire complète auprès de l’ACPR et de la Banque centrale européenne.
- L’agrément lui permet d’élargir son offre de crédits, de prêts immobiliers et d’épargne en France.
- La fintech compte 7 millions de clients en France, l’un de ses plus gros marchés européens.
Revolut a obtenu une licence bancaire complète des autorités françaises, a annoncé lundi la première fintech européenne. L’agrément fait suite à un examen mené par l’ACPR, le régulateur bancaire français, et par la Banque centrale européenne.
Que change cette licence pour les clients français ?
L’autorisation élargit le catalogue. Revolut pourra proposer à ses clients français une gamme plus étendue de crédits, de prêts immobiliers et de produits d’épargne, des activités qui supposent un statut bancaire de plein exercice.
Le marché français pèse lourd dans la stratégie du groupe, avec 7 millions de clients, ce qui en fait l’une de ses plus grosses implantations européennes. Les régulateurs français réclamaient d’ailleurs depuis un moment que l’entreprise obtienne cette licence, afin de mieux superviser ses opérations sur le territoire.
Une expansion sous l’œil des régulateurs
L’agrément arrive après une année de tensions avec les autorités européennes. La fintech avait obtenu dès 2018 une licence bancaire européenne auprès des autorités lituaniennes, qui encadrent ses activités continentales conjointement avec la BCE.
Les frictions ont porté sur ses dispositifs de gestion des risques et de conformité. D’après le Financial Times, la Banque centrale européenne lui a imposé l’an dernier des restrictions de croissance sur les modalités de lancement de ses produits, en pointant des déficiences dans ses procédures, notamment des mises sur le marché trop rapides et sans contrôles de risque adaptés.
La contrepartie s’est chiffrée en engagements. Sur l’année écoulée, Revolut a promis d’investir un milliard d’euros, de recruter environ 600 personnes en Europe de l’Ouest et d’ouvrir son siège européen à Paris.
“La France est devenue une place financière de premier plan”, a déclaré Nik Storonsky, fondateur et directeur général de Revolut, en évoquant un écosystème dynamique et un cadre réglementaire solide, propres à accélérer la prochaine phase de croissance du groupe vers son ambition de figurer parmi les plus grandes banques européennes.
Un modèle bâti à l’international dès l’origine
La trajectoire de Revolut tranche avec celle des autres fintechs, qui consolident en général leur marché domestique avant de partir à l’étranger. Le groupe a construit des opérations mondiales dès ses débuts et opère aujourd’hui dans 40 pays, avec des agréments variés.
L’entreprise avait séduit ses premiers clients avec des comptes courants et d’épargne flexibles et des transferts internationaux, avant d’étendre son offre aux cryptomonnaies et au courtage d’actions. Elle revendique 75 millions de clients et vise la barre des 100 millions.
Les licences se sont enchaînées cette année. Le Royaume-Uni a délivré la sienne en mars, après un bras de fer de plusieurs années avec des régulateurs préoccupés par les contrôles de risque du groupe. Rachel Reeves, alors chancelière de l’Échiquier, avait tenté d’organiser une rencontre entre l’entreprise et les autorités, sans succès face à Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre. L’Australie a suivi avec son propre agrément. Selon le Financial Times, les régulateurs étrangers hésitaient jusque-là à se prononcer en raison des réticences de l’autorité prudentielle britannique.
Une valorisation à 115 milliards de dollars
Les chiffres financiers accompagnent cette montée en puissance. Le résultat avant impôts a progressé de 57 % l’an dernier, à 1,7 milliard de livres, pour un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de livres.
Une vente d’actions secondaire en cours doit valoriser l’entreprise à 115 milliards de dollars. Nik Storonsky a indiqué qu’une introduction en Bourse n’interviendrait pas avant 2028 au plus tôt. Le groupe préfère rester privé plus longtemps, en organisant des rachats d’actions successifs et en accordant à son dirigeant des plans d’intéressement généreux qui renforcent son contrôle sur la société. Le dernier en date, rapporté la semaine dernière par le Financial Times, se déclencherait si la valorisation atteignait 500 milliards de dollars.
Et maintenant ?
Deux points à surveiller. Le déploiement effectif de l’offre de crédit et d’épargne en France, qui déterminera si la licence se traduit en parts de marché face aux banques traditionnelles. La levée éventuelle des restrictions imposées par la BCE ensuite, seul signal qui confirmerait que les griefs sur les contrôles de risque appartiennent au passé.
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