Meta rouvre ses modèles d’IA et Zuckerberg attaque les laboratoires fermés

Meta publie les poids de son modèle Muse Glimmer et Mark Zuckerberg accuse OpenAI, Anthropic et Google de concentrer le pouvoir de l’IA.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Meta a publié les poids de Muse Glimmer, un nouveau modèle ouvert téléchargeable et modifiable.
  • Une version de Muse Spark, plus puissante, doit être ouverte dans les prochaines semaines.
  • Mark Zuckerberg accuse les laboratoires fermés de concentrer le pouvoir dans les mains des institutions.

Meta a publié lundi les paramètres de Muse Glimmer, un nouveau modèle d’IA ouvert que les développeurs pourront télécharger et modifier. Ces paramètres, appelés poids, seront également publiés dans les prochaines semaines pour une version de Muse Spark, le modèle plus puissant de l’entreprise. Un revirement, puisque le groupe avait refusé plus tôt cette année d’ouvrir ce dernier, en invoquant des motifs de sécurité.

Que reproche Mark Zuckerberg aux laboratoires fermés ?

La plupart des autres laboratoires se consacrent au développement de l’IA pour le compte d’entreprises, de gouvernements ou d’autres institutions. Ainsi, si ces laboratoires prennent les devants, le rapport de force favorisera les grandes institutions au détriment des particuliers.

Le fondateur de Meta a accompagné l’annonce d’un essai publié sur le site du groupe, où il expose un plan de diffusion d’une IA gratuite et performante à des milliards de personnes, avec l’objectif affiché d’équilibrer le pouvoir des institutions.

L’attaque vise Google, Anthropic et OpenAI sans détour. La plupart des autres laboratoires construisent une IA destinée aux entreprises, aux gouvernements ou à d’autres institutions, écrit-il : s’ils prennent la tête, le rapport de force favorisera les grandes structures plutôt que les individus.

Il conteste également l’argument sécuritaire brandi par ses concurrents. Certains soutiennent que réduire le risque passe par une restriction des capacités accessibles aux individus, quand les systèmes open source déployés à grande échelle se révèlent selon lui plus sûrs, davantage de personnes pouvant y repérer des vulnérabilités.

Il cite un cas précis à l’appui : Hugging Face, contraint de recourir à des modèles ouverts pour corriger ses systèmes de sécurité après que des modèles fermés eurent refusé ses requêtes pour des raisons de sûreté. Comme nous le racontions fin juillet, cet épisode avait servi d’argument fondateur à l’alliance de sécurité lancée par Nvidia.

Zuckerberg défend la distillation, au cœur du conflit avec la Chine

La position la plus tranchée porte sur un point technique devenu géopolitique. OpenAI et Anthropic accusent des laboratoires chinois d’entraîner leurs modèles à partir des sorties produites par les leurs, via une méthode appelée distillation.

Mark Zuckerberg prend le contre-pied et défend cette pratique. Il juge important de protéger le principe selon lequel on peut apprendre de tout ce que l’on observe, et rejette l’idée que la distillation serait nuisible. Sa sortie intervient alors que les laboratoires chinois réduisent l’écart entre leurs modèles ouverts et les offres propriétaires les plus avancées des acteurs américains.

Il avait déjà pris position la semaine dernière contre une interdiction des modèles chinois de pointe aux États-Unis, en dénonçant un risque de capture réglementaire par les grands laboratoires américains.

Sur la gouvernance, il annonce que le contrôle de la sécurité des modèles de Meta reviendra à son conseil d’administration indépendant. Il reproche enfin à ses concurrents un discours saturé de catastrophisme : l’idée que l’IA serait si dangereuse que la seule voie sûre passerait par une concentration extrême du pouvoir lui paraît problématique par nature.

Un milliard de dollars pour les riverains des centres de données

Meta a également dévoilé lundi un fonds d’un milliard de dollars destiné aux communautés qui accueillent ses centres de données aux États-Unis.

L’annonce répond à un problème concret. Les géants technologiques font face à une hostilité croissante des riverains, ces installations entrant en concurrence avec les besoins locaux pour des ressources limitées comme l’électricité et l’eau.

Une facture qui pèse sur le cours de Bourse

Le contexte financier tempère l’enthousiasme. L’action Meta a chuté de près de 8 % après l’annonce le mois dernier d’un effondrement de 91 % de son flux de trésorerie disponible, conséquence de ses dépenses d’infrastructure d’IA. Le titre du groupe, valorisé 1 500 milliards de dollars, cède près d’un cinquième de sa valeur sur un an.

L’entreprise dépense des milliards pour recruter les meilleurs spécialistes et bâtir ses centres de données, au service de ce que son fondateur appelle la superintelligence personnelle : des agents avancés censés accompagner chacun sur sa santé, ses loisirs, ses finances ou sa carrière.

Une contradiction demeure. Meta prêche l’ouverture tout en critiquant les laboratoires qui tirent des milliards de revenus de la vente d’accès à leurs modèles fermés, alors que le groupe a lui-même lancé récemment Muse Spark en version propriétaire, pour des raisons de sécurité.

Et maintenant ?

Deux échéances à surveiller. La publication effective des poids de Muse Spark dans les prochaines semaines, qui dira si le revirement va jusqu’au bout ou s’arrête à une version bridée. Le cadre volontaire de tests avant publication que l’administration américaine doit présenter ensuite, dont le contenu tranchera le débat entre partisans de l’ouverture et défenseurs d’un contrôle centralisé.

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