Ce qu’il faut retenir :
- L’économie américaine a détruit 23 000 emplois en juillet, alors que le consensus attendait 80 000 créations.
- Le taux de chômage recule à 4,1 %, en raison de départs du marché du travail.
- La probabilité d’une hausse des taux en septembre tombe à 45 %, contre près de 60 % avant la publication.
L’économie américaine a détruit 23 000 emplois en juillet, d’après les chiffres publiés vendredi par le Bureau of Labor Statistics. Les économistes interrogés par Bloomberg tablaient sur 80 000 créations. Le mois de juin, révisé à la baisse, affichait de son côté 20 000 créations, loin des niveaux du début d’année.
Ce que révèle vraiment le rapport sur l'emploi
Les révisions pèsent autant que le chiffre du mois. Les créations de mai et juin ont été rabotées de 103 000 postes au total.
La répartition sectorielle confirme le refroidissement. La santé continue de recruter, tandis que l’éducation, le commerce de détail et les services financiers détruisent des postes. Dans le détail, l’éducation publique perd 50 000 emplois, le commerce de détail 19 000 et les activités financières 14 000.
Le taux de chômage recule pourtant, de 4,2 % en juin à 4,1 %, au plus bas depuis un an. Rien d’encourageant derrière ce recul, qui vient de personnes ayant quitté le marché du travail. Le taux de participation tombe à son niveau le plus faible depuis 2021.
Un ralentissement réel ou un artefact saisonnier ?
Les deux lectures coexistent. Omair Sharif, du cabinet Inflation Insights, attribue la faiblesse du chiffre global à l’effondrement des postes dans l’éducation, qui reflète selon lui des difficultés d’ajustement saisonnier liées aux fermetures estivales des établissements.
Bruce Kasman, chef économiste de JPMorgan, y voit malgré tout un affaiblissement authentique. Même en retirant une part de l’effet saisonnier, l’étendue du ralentissement à travers les secteurs et la déception observée sur trois mois glissants dessinent selon lui une trajectoire de créations d'emplois plus faible qu’anticipé.
Une autre source va dans le même sens. Les données publiées cette semaine par le prestataire de paie ADP pointaient un net ralentissement des embauches privées en juillet, avec une croissance divisée par plus de deux, à environ 44 000 postes.
Le marché du travail américain s’était redressé en début d’année après un exercice 2025 terne. Les analystes décrivent désormais une situation figée, avec peu d'embauches et peu de licenciements, et une mobilité entre employeurs restée faible.
Pourquoi les taux longs ont baissé après la publication
La réaction des marchés a été immédiate. Les rendements obligataires et le dollar ont reculé vendredi, les opérateurs revoyant à la baisse leurs paris sur un relèvement des taux en septembre. Le rendement à deux ans, sensible aux anticipations de politique monétaire, a perdu 0,05 point, à 4,2 %.
La probabilité d’une hausse d’un quart de point le mois prochain est retombée à environ 45 %, contre près de 60 % avant la publication. Eric Winograd, directeur de la recherche économique sur les marchés développés chez AllianceBernstein, estime que ces chiffres n’écartent pas une hausse mais en affaiblissent l’argumentaire.
L’inflation reste le sujet décisif
Le rendez-vous suivant comptera davantage. Les analystes s’accordent à considérer que les chiffres d’inflation de juillet, attendus la semaine prochaine, pèseront plus lourd que l'emploi dans la décision de la Réserve fédérale.
“L’inflation est le côté le plus important du double mandat en ce moment”, résume Jonathan Cohn, responsable de la stratégie taux américains chez Nomura, pour qui une lecture élevée remettrait aussitôt la pression sur la banque centrale.
Le contexte reste tendu. Les coûts d'emprunt à long terme avaient bondi la semaine dernière après une conférence de presse de Kevin Warsh jugée trop avare en indications sur la façon de contenir les pressions sur les prix nées de la guerre au Moyen-Orient. Comme nous l’écrivions hier, le président de la Fed compte maintenir sa communication minimaliste lors de la prochaine réunion, malgré la sanction infligée par le marché obligataire.
Et maintenant ?
Deux publications commanderont la décision de septembre. Les chiffres d’inflation de juillet d’abord, seul élément capable de trancher entre la lecture d’un ralentissement économique et celle d’un dérapage des prix. Le prochain rapport sur l'emploi ensuite, qui dira si la contraction de juillet relevait d’un effet de calendrier ou d’un retournement plus large.
Pour les actifs risqués, crypto comprise, la mécanique reste la même depuis le début de l’été : tout ce qui éloigne la Fed d’un resserrement desserre l’étau, tout ce qui l’en rapproche le referme.
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