Ce qu’il faut retenir :
- L’action IBM a plongé de 25 % ce mardi après un avertissement sur résultats, sa pire séance depuis au moins 1972.
- Le chiffre d’affaires trimestriel de 17,2 milliards de dollars manque les attentes, avec des revenus d’infrastructure en repli de 7 %.
- Les clients redirigent leurs budgets vers les serveurs et le stockage liés à l’IA, avant des hausses de prix attendues.
IBM a vécu ce mardi la pire séance boursière de son histoire moderne : le titre a clôturé en chute de 25 % après un avertissement sur résultats, un plongeon inédit depuis au moins 1972 qui dépasse même celui du krach du lundi noir de 1987. En cause, des clients qui délaissent les mainframes du groupe pour se ruer sur les serveurs et le stockage dédiés à l’intelligence artificielle.
Pourquoi l’action IBM a-t-elle chuté de 25 % ?
Le groupe américain tablait sur de solides ventes de mainframes et des logiciels associés. À la place, ses clients ont acheté leur infrastructure de calcul ailleurs, pressés de sécuriser des équipements en pénurie avant les hausses de prix alimentées par le boom de l’IA. Arvind Krishna, PDG d’IBM, a reconnu que le groupe n’avait pas anticipé l’ampleur de ce basculement des dépenses. “Ce trimestre, nous avons flanché”, a-t-il admis, en expliquant que plusieurs gros contrats ne s’étaient pas conclus dans les délais prévus, ce qui explique l’essentiel du manque à gagner. Les clients auraient aussi été accaparés par des préoccupations de cybersécurité qui touchent tout le secteur.
Les chiffres du deuxième trimestre confirment le décrochage. Les revenus d’infrastructure reculent de 7 %, alors que le groupe anticipait une baisse limitée à quelques points. Le chiffre d’affaires total atteint 17,2 milliards de dollars, en hausse de 1 % sur un an mais sous le consensus des analystes, fixé à 17,8 milliards. Le bénéfice par action recule de 2 % à 2,27 dollars, lui aussi en deçà des prévisions. Seul point positif : les revenus logiciels progressent de 5 %.
Le boom de l’IA détourne les budgets informatiques
Le paradoxe est cruel pour IBM. Le groupe cherche depuis des années à se réinventer en éditeur de logiciels à croissance rapide, loin de son image de constructeur de mainframes. Il a dépensé des dizaines de milliards de dollars en acquisitions, dont Red Hat, HashiCorp et, en décembre dernier, la plateforme de streaming de données Confluent, présentée par Krishna comme un accélérateur pour déployer l’IA générative et agentique.
Or le cycle d’investissement dans l’IA aspire les budgets des entreprises vers l’infrastructure de calcul, au détriment des logiciels. Il pose au passage une question qui hante Wall Street : les activités logicielles établies résisteront-elles à l’ère de l’IA ? IBM en a déjà fait les frais en février, quand son action avait décroché après qu’Anthropic a indiqué que son outil Claude Code pouvait aider à moderniser un langage de programmation utilisé sur les mainframes du groupe.
Ce qu’il faut surveiller
La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la capacité d’IBM à conclure au second semestre les gros contrats qui lui ont échappé ce trimestre, condition pour regagner la confiance des investisseurs. Ensuite, la trajectoire des dépenses d’IA des entreprises : tant que les budgets fileront vers les serveurs et le stockage, les éditeurs de logiciels historiques resteront sous pression. Les prochains résultats trimestriels diront si le trou d’air d’IBM relève de l’accident d’exécution ou d’un problème plus structurel.
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