Détroit d’Ormuz : une attaque suspend l’évacuation des navires et tend le pétrole

L’OMI suspend l’évacuation du détroit d’Ormuz après l’attaque d’un cargo, qui ravive les tensions et fait remonter le prix du pétrole.
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Ce qu’il faut retenir :

  • L’OMI a suspendu son plan d’évacuation des navires bloqués près du détroit d’Ormuz après l’attaque d’un cargo.
  • Le porte-conteneurs Ever Lovely, battant pavillon singapourien, a été touché par un projectile dans le golfe d’Oman, sans victime.
  • Des responsables américains attribuent l’attaque aux Gardiens de la révolution iraniens, qui n’ont pas revendiqué.

L’Organisation maritime internationale (OMI) a suspendu jeudi son opération d’évacuation des navires coincés autour du détroit d’Ormuz, après l’attaque d’un cargo dans le golfe d’Oman. L’incident a ravivé la nervosité sur le marché pétrolier et fragilise un peu plus l’accord de cessez-le-feu conclu ce mois-ci entre Washington et Téhéran.

Pourquoi le détroit d’Ormuz fait-il trembler le marché pétrolier ?

Le détroit d’Ormuz concentre à lui seul près d’un cinquième du pétrole mondial qui transite chaque jour, ce qui en fait le couloir énergétique le plus stratégique de la planète. Sa fermeture pendant la guerre lancée fin février par les États-Unis et Israël contre l’Iran a déclenché une crise énergétique mondiale. Sa réouverture est devenue une priorité du président Donald Trump.

Le baril de Brent évoluait autour de 75 dollars dans les échanges asiatiques, après être brièvement retombé sous 72,48 dollars jeudi, son plus bas niveau d’avant-guerre, selon le Financial Times. L’attaque a fait repartir les cours à la hausse, alors que les armateurs et les assureurs maritimes commençaient tout juste à reprendre confiance.

Que sait-on de l’attaque contre l’Ever Lovely ?

Le navire visé est le porte-conteneurs Ever Lovely, battant pavillon de Singapour et exploité par l’armateur taïwanais Evergreen. Il a été touché sur son flanc tribord par un projectile à environ 14 kilomètres au sud-est du port omanais de Dahit, ce qui a endommagé sa passerelle sans faire de victime ni provoquer de pollution, selon l’agence britannique UKMTO. Une source de sécurité maritime citée par Reuters évoque l’hypothèse d’un drone.

Des responsables américains, cités par CNBC et le Wall Street Journal, désignent les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) comme les auteurs de la frappe. L’Iran n’a pas revendiqué l’attaque. Le navire touché ne faisait pas partie du dispositif d’évacuation de l’OMI, a précisé son secrétaire général Arsenio Dominguez, pour qui “la sécurité des marins reste primordiale”.

Un cessez-le-feu déjà sous tension

Certaines autorités ont annoncé un nouveau parcours pour le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz sans en informer la République islamique ni se concerter avec elle. Ce parcours est inacceptable et extrêmement dangereux.

L’OMI avait lancé mardi l’évacuation de quelque 600 navires et près de 11 000 marins, bloqués depuis la fermeture du détroit. Deux routes avaient été ouvertes : l’une au nord, dans les eaux iraniennes, l’autre au sud, le long des côtes omanaises sous supervision américaine. C’est cette seconde voie que l’Iran conteste.

Quelques heures avant l’attaque, les Gardiens de la révolution avaient prévenu que seules les routes validées par Téhéran garantiraient un passage sûr, qualifiant le nouveau corridor d’inacceptable et dangereux. L’autorité du détroit du golfe Persique (PGSA), créée par l’Iran en mai, a ajouté que tout transit hors de ses itinéraires ne serait couvert ni par sa garantie de passage ni par les assurances. Au moins quatre pétroliers, dont le SG Pegasus et l’Omega Trader, ont fait demi-tour jeudi sous instruction iranienne.

L’accord intérimaire signé ce mois-ci prévoit une réouverture progressive du détroit sans péage pendant 60 jours, le temps de déminer la zone. Le mémorandum accorde toutefois à l’Iran un rôle officiel dans la surveillance du trafic commercial, aux côtés d’Oman. Les taxes de passage restent le principal point de friction : Téhéran veut les imposer à terme, quand le secrétaire d’État américain Marco Rubio martèle qu’aucun pays n’a le droit de faire payer l’usage d’une voie maritime internationale.

Ce qu’il faut surveiller

Les négociations techniques entre Américains et Iraniens doivent débuter le 30 juin, avec des groupes de travail sur le nucléaire et les sanctions. D’ici là, chaque incident dans le détroit menace de faire dérailler un cessez-le-feu vieux de quelques jours et de relancer la hausse du pétrole. Pour les marchés, le détroit d’Ormuz reste le principal facteur de risque sur le prix du baril à court terme.

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