Kevin Warsh : le discours anti-inflation du nouveau patron de la Fed rassure les marchés

Le discours offensif de Kevin Warsh sur l’inflation rassure les marchés et fait reculer les anticipations de prix, alors que le PCE atteint 4,1 % en mai.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Le discours offensif de Kevin Warsh contre l’inflation a renforcé sa crédibilité auprès des marchés financiers.
  • Les anticipations d’inflation à long terme sont tombées à leur plus bas niveau depuis plus d’un an.
  • L’inflation reste pourtant élevée, l’indice PCE ayant atteint 4,1 % en mai, plus du double de la cible de la Fed.

Le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, a réussi son examen de crédibilité. Sa fermeté affichée contre l’inflation a convaincu les marchés, au point de faire reculer leurs anticipations de hausse des prix à long terme jusqu’à leur plus bas niveau depuis plus d’un an. Le paradoxe, c’est que l’inflation, elle, reste élevée : l’indice PCE a atteint 4,1 % en mai, soit plus du double de l’objectif de 2 % de la banque centrale.

Des anticipations d’inflation au plus bas depuis un an

Le signal vient du marché obligataire. Le “point mort d’inflation” à dix ans, qui mesure l’inflation anticipée par les investisseurs, est passé de plus de 2,5 % à la mi-mai à environ 2,2 % cette semaine, un creux inédit depuis plus d’un an. Deux forces se conjuguent : le repli du pétrole, revenu à ses niveaux d’avant la guerre entre les États-Unis et l’Iran, et le virage restrictif opéré par la Fed lors de sa réunion de la semaine dernière. Warsh y avait qualifié la persistance de prix élevés de “fardeau pour le peuple américain”.

Ce ton ferme a dissipé une crainte tenace : que le nouveau président cède aux pressions de Donald Trump, qui réclamait des baisses de taux et fustigeait son prédécesseur Jerome Powell pour des coûts d'emprunt jugés trop hauts. En se posant en faucon, Warsh a, au contraire, gagné en crédibilité.

L’inflation est à 4,1 %, pourquoi les marchés se rassurent-ils ?

Parce que les marchés se projettent dans l’avenir. Les chiffres du jour comptent moins que la trajectoire attendue. Et si les données actuelles restent mauvaises, l’indice PCE sous-jacent, mesure préférée de la Fed, ayant lui aussi progressé à 3,4 %, les anticipations, elles, se détendent. Un contrat d’échange qui mesure l’inflation moyenne attendue sur douze mois, dans un an, a reculé de 0,12 point à 3,88 % cette semaine.

L’idée qui s’impose chez les investisseurs est simple : un président de la Fed déterminé à juguler l’inflation finira par y parvenir. Cette confiance retrouvée n’efface pas pour autant les paris sur une hausse de taux. Les opérateurs tablent toujours sur au moins un relèvement d’un quart de point cette année, un revirement spectaculaire par rapport aux baisses attendues avant le début de la guerre, fin février.

Le pari de Warsh : parler dur pour ne pas avoir à agir

Si, d’une manière générale, l’inflation s’améliore d’ici septembre, Warsh pourra se permettre d’adopter un discours ferme sans pour autant devoir relever les taux.

Krishna Guha, vice-président d’Evercore ISI

C’est toute la subtilité de la manœuvre. En se montrant intransigeant, Warsh fait monter les coûts d'emprunt sur les marchés sans toucher lui-même à son taux directeur. Si son discours suffit à refroidir l’inflation, il pourra se passer de hausses réelles. Plusieurs économistes y voient un calcul assumé : parler fort aujourd’hui pour ne pas avoir à agir demain.

Le test décisif est fixé à septembre. Si l’inflation reflue d’ici là, le président de la Fed pourra continuer à jouer les durs sans relever ses taux. Dans le cas contraire, il devra passer à l’acte, sous peine de perdre la crédibilité qu’il vient tout juste de bâtir.

Ce qu’il faut surveiller

Les prochains mois diront si le pari tient. D’ici septembre, chaque publication d’inflation sera scrutée comme un verdict sur la stratégie Warsh. L’enjeu dépasse la seule Fed : c’est ce tournant restrictif qui a pesé toute la semaine sur les actifs risqués, des actions aux cryptomonnaies. Tant que le marché croira Warsh sur parole, l’argent restera cher, et les paris spéculatifs sous pression.

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