Ce qu’il faut retenir :
- SBI Holdings rachète l’exchange crypto Bitbank pour environ 289 millions de dollars, soit 46,7 milliards de yens.
- Combiné à SBI VC Trade, le groupe gérerait 6,8 milliards de dollars d’actifs, un record au Japon.
- La transaction doit être finalisée en octobre 2026, sous réserve de l’aval du régulateur japonais.
SBI Holdings, le conglomérat financier japonais, va débourser environ 46,7 milliards de yens, soit près de 289 millions de dollars, pour s’offrir l’intégralité de la plateforme d’échange crypto Bitbank. Le groupe a annoncé l’accord jeudi soir, validé le même jour par son conseil d’administration. L’opération doit faire de Bitbank une filiale détenue à 100 %, et propulser SBI au rang de plus grand exchange crypto du Japon en termes d’actifs sous gestion.
Pourquoi SBI veut-il devenir le numéro un de la crypto au Japon ?
Le calcul est limpide. En additionnant Bitbank à sa filiale existante SBI VC Trade, SBI revendique environ 1 100 milliards de yens d’actifs sous gestion, soit à peu près 6,8 milliards de dollars, et près de 2,92 millions de comptes crypto, sur la base des chiffres arrêtés fin avril 2026. De quoi placer le groupe en tête des opérateurs japonais par actifs sous custody, devant des rivaux établis comme bitFlyer et Coincheck.
L’opération s’inscrit dans une série d'emplettes méthodiques. SBI avait déjà absorbé l’exchange Bitpoint, et le groupe a fait part de son intention de prendre une participation majoritaire dans la plateforme singapourienne Coinhako, agréée par l’autorité monétaire de Singapour. Le jour même de l’annonce du rachat de Bitbank, SBI a aussi lancé JPYSC, présenté comme le premier stablecoin en yen adossé à une trust bank japonaise. La stratégie vise à couvrir toute la chaîne : trading, custody, stablecoins et finance on-chain.
Comment se déroule le rachat de Bitbank ?
Le montage passe par SBICAH, une filiale détenue à 100 % par SBI. À partir d’août, SBICAH commencera à racheter les parts détenues par le fondateur et PDG de Bitbank, Noriyuki Hirosue, ainsi que par d’autres actionnaires individuels. Bitbank procédera ensuite au rachat des participations de ses deux principaux actionnaires institutionnels, MIXI et Ceres, qui détiennent respectivement 26,2 % et 22,4 % du capital. Une fois ces opérations bouclées, vers octobre 2026, SBI contrôlera indirectement 100 % des droits de vote.
La transaction reste suspendue à l’aval de la Commission japonaise du commerce équitable (Japan Fair Trade Commission). Bitbank a tenu à rassurer ses clients : la plateforme continue de fonctionner normalement, sans changement de marque, de paires de trading, de frais ou de conditions pendant et après l’opération. Fondé en mai 2014, l’exchange affiche zéro incident de piratage depuis sa création, un argument de poids sur un marché japonais marqué par plusieurs hacks retentissants.
Reste une réalité que le rachat ne masque pas : Bitbank pèse peu à l’échelle mondiale. La plateforme figure dans le top 10 japonais selon CoinGecko, mais son volume quotidien tourne autour de 50 millions de dollars, là où des acteurs internationaux comme Kraken, Toobit, CoinW ou Bitmart traitent chacun plus d’un milliard de dollars par jour.
Un rachat dopé par la future régulation japonaise
Outre les cryptomonnaies, nous nous efforçons également de créer de nouvelles opportunités commerciales dans le secteur des actifs numériques, notamment les stablecoins, ainsi que dans le secteur financier « on-chain ».
Le timing n’est pas neutre. Le Japon prépare une réforme qui ferait basculer les cryptomonnaies sous le régime de la loi sur les instruments financiers et les changes (Financial Instruments and Exchange Act), le texte qui encadre déjà les actions et autres valeurs mobilières. Cette reclassification pourrait entrer en vigueur dès le prochain exercice fiscal, c’est-à-dire à partir de 2027.
Pour les exchanges, le changement signifie des exigences de conformité bien plus lourdes. Un cadre qui avantage mécaniquement les groupes massifs et bien capitalisés, au détriment des plateformes indépendantes plus modestes. SBI se positionne en amont de ce virage réglementaire, là où d’autres devront s’adapter dans l’urgence.
Ce qu’il faut surveiller
Le prochain jalon est l’examen de la Japan Fair Trade Commission, dont dépend la clôture prévue en octobre. Au-delà, c’est le calendrier de la réforme de la loi sur les instruments financiers qui rythmera la consolidation du marché japonais. Si le texte entre en application en 2027, d’autres rachats d’exchanges de taille moyenne pourraient suivre, dans un secteur où la course à la taille critique vient de franchir un cap.
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