Ce qu’il faut retenir :
- SpaceX a chuté de 17 % lundi à 152 dollars, effaçant 400 milliards de dollars de capitalisation.
- Les contrats à terme du Nasdaq 100 pointaient vers une baisse de 2,5 % à l’ouverture de Wall Street ce mardi.
- Le virage restrictif de la Fed et les doutes sur les valorisations de l’IA plombent la tech.
SpaceX a perdu 17 % lundi, effaçant 400 milliards de dollars de capitalisation en une seule séance. La vedette de l’introduction en Bourse de juin a tiré Wall Street vers le bas, et la secousse a gagné mardi l’Asie puis l’Europe. Partout, le même réflexe : les investisseurs lâchent les valeurs technologiques qui avaient porté les marchés à des records depuis le début de l’année.
Une vente qui se propage de Séoul à Francfort
En Corée du Sud, l’indice Kospi a plongé de 10 % ce mardi, plombé par les fabricants de puces SK Hynix et Samsung Electronics, en recul à deux chiffres. En Europe, le Stoxx 600 cédait 0,9 % en matinée, avec ASML, première capitalisation du continent, en baisse de 5 %. Aux États-Unis, les contrats à terme du Nasdaq 100 annonçaient une chute de 2,5 % à l’ouverture, ceux du S&P 500 un repli de 1,3 %.
Le mouvement n’a pas épargné les cryptomonnaies : le Bitcoin reculait d’environ 3 % autour de 62 000 dollars, pris dans le même mouvement de fuite du risque. Sur le marché obligataire, le rendement des bons du Trésor américain à dix ans a grimpé à 4,48 %, les investisseurs réclamant davantage pour détenir de la dette publique.
Le Nasdaq Composite, baromètre de la tech américaine, a perdu 3 % depuis le début du mois de juin, mettant fin à deux mois de hausse spectaculaire. Lundi déjà, l’indice avait cédé 1,3 %, Alphabet, Amazon et Broadcom reculant de concert.
Pourquoi la tech dévisse-t-elle ?
Deux forces poussent dans le même sens. La première : un doute croissant sur les valorisations de l’intelligence artificielle, qui ont gonflé toute l’année. “Un double choc, du scepticisme sur l’IA et une croissance américaine forte”, résume Arun Sai, stratégiste multi-actifs senior chez Pictet Asset Management. Selon lui, les investisseurs guettaient depuis des mois un trou d’air dans la demande liée à l’IA.
La seconde force vient de la Réserve fédérale. Sous la houlette de son nouveau président Kevin Warsh, qui a succédé à Jerome Powell en mai, la Fed a opéré un virage restrictif. Le 17 juin, elle a maintenu son taux directeur entre 3,5 % et 3,75 %, mais a abandonné toute indication sur la suite, le “forward guidance”, et neuf de ses responsables anticipent désormais une hausse de taux d’ici la fin 2026. En cause : une inflation à 4,2 % sur un an, au plus haut depuis trois ans, alimentée par le conflit au Moyen-Orient et la flambée de l’énergie.
Pour les actions technologiques, la mécanique est défavorable. Quand la dette publique sans risque rapporte davantage, les titres chèrement valorisés perdent de leur attrait. Chez Barclays, Venu Krishna, responsable de la stratégie actions américaines, note que de nouveaux risques émergent à mesure que les dépenses d’investissement dans l’IA atteignent des niveaux inédits.
SpaceX, du record absolu à la dégringolade
SpaceX concentre toutes ces craintes. Introduite en Bourse le 12 juin à 135 dollars, l’action de la société d’Elon Musk, devenue un acteur de l’IA depuis l’absorption de xAI, avait flambé jusqu’à 225,64 dollars le 16 juin. Trois séances de baisse plus tard, elle a clôturé lundi à 154,60 dollars, sous son cours d’ouverture du premier jour. Sa capitalisation est retombée à un peu plus de 2 000 milliards de dollars, contre près de 3 000 milliards à son sommet.
La chute de lundi représente la deuxième plus forte perte de valeur en une seule journée jamais enregistrée pour une entreprise, derrière Nvidia début 2025, selon l’analyse du Financial Times à partir des données Bloomberg. À 154,60 dollars, le titre vaut encore plus de 100 fois le chiffre d’affaires généré l’an dernier, soit 18,7 milliards de dollars, une valorisation que beaucoup d’analystes jugent intenable. La société a par ailleurs annoncé lundi une émission obligataire, estimée à 20 milliards de dollars, qui a ravivé les inquiétudes sur son besoin de financement.
Mardi, avant l’ouverture, l’action perdait encore 3,2 %, juste sous les 149 dollars, en passe de repasser sous les 150 dollars de son premier échange. Elle reste toutefois au-dessus des 135 dollars de son introduction, la plus importante de l’histoire.
Ce qu’il faut surveiller
L’ouverture de Wall Street ce mardi donnera le ton : un Nasdaq en baisse de 2,5 % confirmerait l’ampleur de la correction. “Quand les actions montent si vite, il ne faut pas grand-chose pour déclencher de fortes baisses”, prévient Mike Bell, responsable de la stratégie de marché chez RBC BlueBay, qui pointe l’effet de levier et l’argent des particuliers. Les marchés à terme intègrent désormais une hausse de taux d’un quart de point d’ici octobre. Côté SpaceX, la prochaine échéance se joue à l’automne : le premier résultat trimestriel en tant que société cotée, attendu en septembre, dira si la valorisation tient face aux pertes du groupe.
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