Ce qu’il faut retenir :
- À la valorisation visée de 1 750 milliards de dollars, SpaceX serait la 7e capitalisation américaine, mais seulement la 200e par le chiffre d’affaires (19 milliards), au niveau du fabricant de céréales General Mills.
- Pour justifier cette valorisation, SpaceX n’aurait besoin de capter que 3 % du marché adressable de 28 500 milliards identifié par Musk, en supposant 30 % de marge bénéficiaire et un multiple de 30x les bénéfices dans dix ans.
- Près de 80 % de l’opportunité de marché ciblée par SpaceX est constituée d’“applications entreprise”, un segment déjà disputé par Anthropic, OpenAI et les géants tech existants.
SpaceX a déposé mercredi son dossier d’introduction en Bourse. Et le marché se retrouve face à un exercice de valorisation sans précédent : comment pricer une entreprise qui affiche des pertes croissantes, une croissance modeste de 15 % et dont la mission officielle est d’“étendre la lumière de la conscience vers les étoiles” ?
Les chiffres d’aujourd’hui ne servent à rien
À 1 750 milliards de dollars, SpaceX deviendrait la 7e capitalisation du marché américain. Mais avec 19 milliards de revenus annuels, elle se classerait 200e, au même rang que General Mills, le fabricant des céréales Lucky Charms. L’écart entre la taille boursière et la taille opérationnelle n’a jamais été aussi grand pour une IPO.
L’entreprise se décompose en trois segments. Starlink, l’activité de communications par satellite, génère l’essentiel des revenus et est déjà profitable. La division spatiale (lancements de fusées) est petite et déficitaire. Le segment IA, qui inclut le réseau social X et les data centers Colossus hérités de xAI, est encore plus déficitaire, avec des pertes de 6,4 milliards en 2025 pour xAI seul.
Raisonner à l’envers : que faudrait-il pour justifier le prix ?
Une autre approche pour SpaceX consiste à procéder à contresens : partir de la valorisation envisagée et se demander ce qui permettrait de l’atteindre.
FT
L’approche classique de valorisation par les flux de trésorerie futurs s’avère quasi inapplicable quand les activités futures incluent le minage d’astéroïdes et le tourisme spatial. Les analystes du Financial Times proposent de raisonner à l’envers.
Premier angle : le package de rémunération de Musk, déclenché à 7 500 milliards de valorisation. Si ce seuil est atteint en dix ans et actualisé à un taux de 15 %, la valeur présente de SpaceX ressort effectivement autour de 1 900 milliards. Cohérent avec le prix demandé.
Second angle : le marché adressable total. Musk identifie 28 500 milliards de dollars d’opportunité “actionnable”. Si SpaceX capture 3 % de ce marché dans dix ans, convertit un tiers de ses revenus en bénéfices et se négocie à 30 fois les résultats (le multiple actuel d’Apple, Amazon et Alphabet), la capitalisation de 1 750 milliards est atteinte.
Le problème : 80 % du marché visé est déjà disputé
L’obstacle principal à la thèse Musk est la nature de l’opportunité ciblée. Près de 80 % du marché adressable de SpaceX est constitué d’“applications entreprise”, c’est-à-dire du logiciel et des services pour grandes entreprises. Ce segment est déjà servi par une armée de concurrents, y compris les nouveaux entrants Anthropic et OpenAI, qui visent eux aussi des IPO colossales.
Le contraste est saisissant : le revenu trimestriel d’Anthropic (10,9 milliards) est déjà le double du chiffre d’affaires annuel de SpaceX. Sur le terrain de l’IA entreprise, SpaceX arrive avec un handicap significatif face à des acteurs spécialisés et en hypercroissance.
“Ça vaut ce que Musk dit que ça vaut”
Le Financial Times conclut avec un constat lucide : le marché n’a jamais eu à pricer un titre aussi spéculatif et aussi gros simultanément. Avec un contrôle irrévocable (80 % des droits de vote) et toutes les grandes banques de Wall Street mobilisées, la valorisation dépend in fine de la capacité de Musk à maintenir la confiance des investisseurs dans un récit qui mêle satellites, fusées réutilisables, colonies martiennes et data centers orbitaux.
Les fourchettes de valorisation des analystes sur Tesla, l’autre entreprise de Musk, varient déjà de 500 à 2 200 milliards selon les banques. Celles de SpaceX seront probablement encore plus dispersées.
Ce qu’il faut surveiller
. La répartition entre investisseurs institutionnels et retail (Musk vise 30 % de retail comme chez Tesla) sera un indicateur clé.
L’inclusion rapide dans le Nasdaq 100 (possible en 15 jours après l’IPO) pourrait générer des flux passifs massifs. Mais si le sentiment tourne avant le listing, l’absence de fondamentaux solides à court terme laisserait peu de filet de sécurité.
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