Ce qu’il faut retenir :
- Anthropic s’engage sur près de 5 GW de capacité de calcul via Google et Broadcom, un investissement potentiel de plusieurs centaines de milliards de dollars.
- Le revenu annualisé de la startup a bondi de 9 à 30 milliards de dollars entre fin 2025 et mars 2026.
- Plus de 1 000 clients entreprises dépensent désormais plus d’un million de dollars par an pour utiliser Claude.
Un accord massif centré sur les TPU de Google
Anthropic vient de frapper un très grand coup côté infrastructure. La startup spécialisée en intelligence artificielle a annoncé ce lundi un accord de long terme avec Google et Broadcom portant sur plusieurs gigawatts de capacité de calcul de nouvelle génération, basée sur les TPU (Tensor Processing Units) de Google, un concurrent direct des GPU de Nvidia.
Concrètement, environ 3,5 GW de cette capacité proviendront d’un partenariat avec Broadcom, dont la mise en service est prévue à partir de 2027. Au total, Anthropic devrait accéder à près de 5 GW de puissance de calcul supplémentaire au cours des prochaines années. Pour donner un ordre de grandeur, un seul gigawatt équivaut à la production d’un réacteur nucléaire, et le coût de l’infrastructure nécessaire pour déployer cette capacité est estimé entre 35 et 50 milliards de dollars par gigawatt, principalement absorbé par les puces. L’engagement total pourrait donc atteindre plusieurs centaines de milliards de dollars.
Une croissance qui force à investir massivement
Ce pari sur l’infrastructure n’est pas un caprice. Il répond à une explosion de la demande pour les outils d’Anthropic, en particulier Claude Code, son agent de programmation. Le revenu annualisé de la société (calculé sur les 28 derniers jours, extrapolé sur un an) est passé de 9 milliards de dollars fin 2025 à 30 milliards fin mars 2026, soit une multiplication par plus de trois en quelques mois.
Côté clients entreprises, la dynamique est tout aussi spectaculaire. Lors de sa levée de fonds Series G en février 2026 (valorisation de 380 milliards de dollars, avec 30 milliards levés), Anthropic comptait plus de 500 clients dépensant chacun plus d’un million de dollars par an. Ce chiffre a doublé en moins de deux mois pour dépasser les 1 000 clients aujourd’hui.
Nous construisons la capacité nécessaire pour répondre à la croissance exponentielle de notre base de clients, tout en permettant à Claude de définir la frontière du développement de l’IA.
Krishna Rao, directeur financier d’Anthropic
Un écosystème multi-cloud, mais des questions de circularité
Anthropic fait le choix de diversifier ses sources de calcul. La startup entraîne et exécute Claude sur plusieurs architectures : les puces Trainium d’AWS, les TPU de Google et les GPU de Nvidia. Claude reste le seul modèle d’IA de pointe disponible simultanément sur les trois plus grandes plateformes cloud mondiales : Amazon Web Services (Bedrock), Google Cloud (Vertex AI) et Microsoft Azure (Foundry). Amazon reste le partenaire cloud et d’entraînement principal d’Anthropic, notamment à travers le projet Rainier.
Cette stratégie multi-plateforme n’est pas sans susciter des interrogations. Les géants de la tech jouent simultanément les rôles de clients, de fournisseurs et d’investisseurs des laboratoires d’IA. Google détient environ 14 % d’Anthropic selon des documents juridiques datant de mars 2025. Les accords d’infrastructure conclus par Anthropic et son rival OpenAI (qui a lui aussi signé des contrats massifs avec Broadcom, Nvidia, AMD et d’autres) sont régulièrement critiqués pour cette circularité.
De son côté, Broadcom a précisé dans un dépôt réglementaire que l’accord est “dépendant du succès commercial continu d’Anthropic” et que des discussions sont en cours avec des partenaires opérationnels et financiers. L’action Broadcom a progressé de près de 3 % en aftermarket après l’annonce. Broadcom a également confirmé un accord de long terme avec Google pour développer et fournir des TPU sur mesure jusqu’en 2031.
Ce qu’il faut surveiller
L’essentiel de la nouvelle capacité sera installé aux États-Unis, dans la continuité de l’engagement pris en novembre 2025 par Anthropic d’investir 50 milliards de dollars dans l’infrastructure informatique américaine (data centers au Texas et à New York avec Fluidstack, plus 30 milliards de capacité supplémentaire auprès de Microsoft et Nvidia).
La question centrale reste celle de la rentabilité : Anthropic, toujours déficitaire, parie sur le fait que l’échelle et la domination du marché finiront par transformer cette machine à dépenser en entreprise profitable. Le rythme de croissance actuel lui donne des arguments, mais la facture s’alourdit à chaque trimestre.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.