Ce qu’il faut retenir :
- Raspberry Pi lance un Pi 4 avec 3 Go de RAM à 83,75 $, utilisant deux puces LPDDR4 de 1,5 Go pour contourner la hausse de 700 % des prix mémoire en un an.
- Les prix explosent sur toute la gamme : le Pi 4 4 Go passe de 65 € à 120 € en Europe, le Pi 5 16 Go de 212 € à 353 €.
- La crise de la mémoire DRAM, provoquée par la réallocation des capacités de production vers l’IA, menace l’ensemble du marché des cartes de développement et pourrait durer jusqu’en 2027.
Raspberry Pi a annoncé mardi un nouveau modèle de Pi 4 avec 3 Go de RAM, vendu 83,75 dollars (environ 100 euros). L’annonce, publiée un 1er avril, n’a rien d’une blague : la fondation britannique tente de limiter les dégâts d’une crise des prix de la mémoire qui redessine l’économie de l’informatique grand public.
Deux puces de 1,5 Go pour esquiver la hausse
Le nouveau Pi 4 3 Go utilise deux puces LPDDR4 de 1,5 Go chacune, une configuration inhabituelle rendue possible par la variante de PCB à double emplacement mémoire introduite le mois dernier. Cette approche permet de réduire les coûts par rapport aux puces 2 Go classiques, dont le prix a explosé.
Le fondateur Eben Upton est direct : le prix de la mémoire LPDDR4 utilisée dans les Pi 4 et Pi 5 a été multiplié par sept en un an. La fondation en est à sa troisième vague de hausses depuis décembre 2025, et cette fois, elle a préféré ajouter une option intermédiaire plutôt que de simplement répercuter les coûts.
Le modèle 3 Go se positionne 15 % en dessous du nouveau prix du 4 Go, offrant un compromis pour les utilisateurs qui n’ont pas besoin de 4 Go mais trouvent les 2 Go trop limités.
Chez Raspberry Pi, proposer des solutions informatiques polyvalentes à bas prix reste une priorité absolue.
Ainsi, même si nous ne pouvons pas éviter de répercuter une partie de ces hausses de coûts, nous menons également des travaux d’ingénierie afin d’élargir la gamme d’options de capacité de mémoire proposées à nos clients : nous voulons nous assurer que vous ne payez pas pour plus de mémoire que nécessaire.
Des hausses brutales sur toute la gamme
La liste des augmentations fait mal. En dollars, les Pi 4 et Pi 5 en 4 Go prennent +25 $, les versions 8 Go +50 $, le Pi 5 16 Go +100 $ (atteignant désormais 299,99 $), et le Pi 500+ (clavier-PC) +150 $. Les Compute Module 4, 4S et 5 sont également touchés, avec des hausses allant jusqu’à 100 $.
En Europe, les prix de détail sont encore plus douloureux avec les taxes. Chez Kubii, le principal revendeur agréé français, le Pi 4 4 Go passe de 65 € à 120 €. Le Pi 5 16 Go grimpe de 212 € à 353 €. Seuls les modèles 1 Go et 2 Go restent à leurs prix actuels (35 $ et 55/65 $), car ils utilisent des densités de mémoire moins touchées par la pénurie.
L’IA dévore la mémoire du monde
La cause de cette flambée n’est pas un problème de fabrication classique. C’est un bouleversement structurel du marché mondial de la DRAM, provoqué par la demande insatiable des datacenters d’IA.
Les trois fabricants qui contrôlent plus de 90 % du marché, Samsung, SK Hynix et Micron, réallouent massivement leurs capacités de production vers la HBM (High Bandwidth Memory) utilisée dans les GPU Nvidia et vers la LPDDR5X employée dans les serveurs d’IA. Chaque wafer de silicium consacré à un stack HBM pour un GPU Nvidia est un wafer retiré de la production de mémoire standard pour smartphones, PC et cartes de développement.
Selon IDC, la croissance de l’offre de DRAM en 2026 sera limitée à 16 % en glissement annuel, largement insuffisante face à une demande tirée par l’IA qui progresse de 35 %. Le cabinet estime que cette pénurie n’est pas cyclique mais représente une “réallocation permanente et stratégique des capacités mondiales de silicium”. WCCFTech rapporte que la pénurie pourrait durer jusqu’au quatrième trimestre 2027, avec un pic des prix attendu mi-2026.
Pour donner un ordre de grandeur : un seul rack de serveurs Nvidia GB300 contient 37 To de mémoire LPDDR5X et HBM3E, de quoi équiper plus d’un million d’ordinateurs portables.
Le marché des SBC menacé dans son ensemble
Jeff Geerling, figure emblématique de la communauté Raspberry Pi, estime que ces hausses mettent en péril le marché des cartes de développement (SBC) dans son ensemble. La mémoire représente désormais la majorité du coût de production de ces cartes, tous fabricants confondus. Radxa est l’un des rares constructeurs à avoir maintenu un rythme de lancements l’an dernier. D’autres, comme Orange Pi et Banana Pi, sont tout aussi affectés.
Face à ces prix, une partie de la communauté des makers se tourne vers des microcontrôleurs comme l’ESP32, qui restent abordables car ils n’utilisent pas de DRAM externe. Les anciens modèles de Raspberry Pi (Zero, 2, 3), qui embarquent de la mémoire LPDDR2, sont pour l’instant moins impactés.
Ce qu’il faut surveiller
Le nouveau Pi 4 3 Go est disponible immédiatement chez les revendeurs agréés, même si la disponibilité reste très limitée en Europe. La question clé pour les mois à venir est de savoir si les fabricants de mémoire augmenteront suffisamment leurs capacités DDR4/LPDDR4 pour détendre les prix, ou si la transition vers DDR5 et HBM continuera de cannibaliser les lignes de production anciennes.
SK Hynix a annoncé un plan d’investissement massif de 500 milliards de dollars pour quatre nouvelles usines, mais la première ne sera opérationnelle qu’en 2027. D’ici là, le petit ordinateur à 35 $ qui a fait la réputation de Raspberry Pi appartient de plus en plus au passé.
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