Ce qu’il faut retenir :
- Deux agressions violentes commises en France en avril 2026 ont rapporté environ 667 000 dollars en cryptomonnaies.
- L’enquêteur ZachXBT attribue le blanchiment de ces fonds à un individu français connu sous le pseudonyme M1llionz.
- Son signalement a permis le gel de 93 000 USDT liés à ces faits.
L’enquêteur on-chain ZachXBT affirme avoir identifié le blanchisseur présumé des fonds issus de deux séquestrations violentes commises en France en avril 2026, pour un total d’environ 667 000 dollars en cryptomonnaies. L’intéressé utilise les pseudonymes M1llionz et RichMilly666. Le signalement a permis le gel de 93 000 USDT.
Que s’est-il passé lors des deux agressions ?
Le premier fait remonte au 17 avril 2026. Cinq assaillants ont forcé l’entrée du domicile d’une victime en France et emporté environ 7,2 bitcoins, soit près de 557 000 dollars au cours de l’époque. Plusieurs personnes ont dû être hospitalisées.
Trois jours plus tard, le 20 avril, des agresseurs s’en sont pris à une autre victime, l’ont ligotée et menacée jusqu’à obtenir le transfert d’environ 110 000 dollars en cryptomonnaies.
Ces faits s’inscrivent dans une série d’agressions visant des détenteurs de cryptomonnaies à leur domicile, un mode opératoire qui s’est développé en France ces dernières années à mesure que l’exposition publique de certains détenteurs facilitait leur identification.
Le parcours des fonds sur la chaîne
Les bitcoins volés lors de la première agression ont été convertis vers Ethereum via Chainflip, un protocole de passerelle entre blockchains. Environ 317 000 dollars ont ensuite transité par trois adresses de dépôt KuCoin.
L’analyse temporelle, qui consiste à rapprocher les retraits des dépôts par la concordance des horaires et des montants, a permis de suivre la trace au-delà de la plateforme. Les retraits correspondants ont fini par converger vers une adresse unique de consolidation. Une autre partie des fonds a été convertie en monero, cryptomonnaie conçue pour masquer les montants et les participants, via des services d’échange instantané.
Le même schéma se répète après la seconde agression. Environ 46 ETH, soit près de 107 000 dollars, sont passés par une adresse de dépôt KuCoin, et l’analyse temporelle relie à nouveau le retrait à la même adresse de consolidation.
Depuis ce portefeuille, environ 108 000 dollars ont été transférés vers une autre adresse qui a échangé les ETH contre des USDT. Détail qui a son importance : les frais de transaction de ce transfert ont été réglés par une adresse liée à la victime du 20 avril. ZachXBT a signalé cette activité à Tether et aux forces de l’ordre, ce qui a conduit au gel de 93 000 USDT.
Les publications qui ont permis l’identification
L’individu anime un canal Telegram baptisé EMPIRE, où il fait la promotion de services de fraude bancaire tout en exhibant un train de vie ostentatoire, hôtels, vols, voitures et articles de luxe, le visage systématiquement flouté.
Ce sont ses propres publications qui l’ont trahi. Il y a diffusé plusieurs captures d’écran de portefeuilles Exodus ayant reçu par la suite environ 84 000 dollars provenant directement du produit des vols.
Trois dates ressortent. Le 12 mars, il publie une adresse Exodus qui recevra 1,44 ETH issu du vol du 17 avril. Le 8 juin, il diffuse une vidéo de lui-même envoyant 22,37 ETH provenant de l’agression du 20 avril. Le 11 juin, de nouvelles captures confirment son contrôle d’une autre adresse ayant reçu environ 12,28 ETH depuis le portefeuille de consolidation le 9 mai.
Des recherches en source ouverte ont par ailleurs fait remonter plusieurs adresses électroniques et identités civiles possibles associées à ses comptes sur les réseaux sociaux. Nous ne reproduisons pas ces éléments : aucune poursuite n’a été annoncée à ce jour, et l’intéressé reste présumé innocent.
Ce que dit l’enquêteur sur ce type d’affaires
ZachXBT indique placer ces agressions à domicile parmi les dossiers qu’il traite en priorité, et invite les victimes à le contacter.
Il affirme avoir déjà contribué au gel de plusieurs montants à sept chiffres sur des incidents survenus aux États-Unis et en Europe, et avoir identifié d’autres auteurs dans des dossiers qu’il espère divulguer plus tard, la sensibilité de ces enquêtes empêchant une publication rapide.
Deux autres agressions apparaissent à moins de deux intermédiaires des adresses de gré à gré utilisées par le suspect, ces comptes servant à échanger des cryptomonnaies contre des espèces hors des plateformes réglementées.
Sur les autorités françaises, son appréciation est nuancée : elles prennent en général ces affaires au sérieux et cherchent à aider les victimes, même si des dispositions légales peu adaptées limitent parfois les résultats.
Et maintenant ?
L’intéressé s’est fait discret ces derniers jours, avec un silence sur TikTok et Telegram et un passage de ses publications TikTok en mode privé.
Deux points structureront la suite. L’ouverture ou non d’une procédure judiciaire, seule étape qui permettra d’établir la réalité des faits reprochés. Et le sort des fonds gelés, dont la restitution aux victimes suppose une décision de justice, un parcours qui prend en général des mois.
Pour les détenteurs, la leçon opérationnelle reste la même dans tous ces dossiers : l’exposition publique d’un patrimoine en cryptomonnaies crée un risque physique, et aucune mesure de sécurité informatique ne protège contre une porte forcée.
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