Ce qu’il faut retenir :
- Le président de la Fed avertit qu’une inflation qui ne reflue pas rapidement appellerait une hausse des taux.
- La probabilité d’un relèvement en septembre bondit de 35 % à 62 % après son discours.
- Le dollar gagne 0,5 % et le rendement à deux ans monte jusqu’à 4,34 %.
Kevin Warsh a signalé vendredi que la Réserve fédérale relèverait ses taux si l’inflation ne reflue pas rapidement, en jugeant la persistance de la hausse des prix plus préoccupante. Le président de l’institution s’exprimait au symposium de Jackson Hole, dans son intervention la plus détaillée à ce jour sur sa lecture de la situation économique américaine.
Le critère qu’il a posé
Le discours répond à la question que les marchés lui posaient depuis un mois : qu’est-ce qui le déciderait à agir.
“Sinon, nous avons du travail à faire”, a-t-il déclaré, après avoir énoncé son critère : la banque centrale doit être convaincue que l’inflation sous-jacente converge vers son objectif, de façon nette et à une vitesse suffisante.
Les chiffres qu’il cite éclairent son inquiétude. L’indice PCE, mesure privilégiée de l’institution, progressait de 3,7 % sur un an en juillet, et de 4,1 % en rythme annualisé sur six mois. La cible de 2 % est manquée depuis 65 mois, soit plus de cinq ans. Il a réaffirmé l’attachement de la Fed à cet objectif, qu’il décrit comme une cible ferme et fixe.
La priorité de l’institution doit porter aujourd’hui sur les prix, a-t-il ajouté.
Un diagnostic qui écarte l’idée d’une politique restrictive
Le second volet de son intervention compte autant que le premier.
Le président de la Fed décrit un marché du travail globalement solide, alors que le côté stabilité des prix de son mandat affiche des chiffres plus préoccupants. Il relève par ailleurs peu de signes indiquant que le niveau actuel des taux freinerait la croissance américaine, et se dit bien en peine de qualifier les conditions financières générales de restrictives.
Cette appréciation retire l’argument principal en faveur du statu quo. Si les taux ne pèsent pas sur l’activité et que l’inflation persiste, plus rien ne justifie d’attendre.
La réaction des marchés
Les paris se sont retournés en quelques minutes. La probabilité d’une hausse lors de la réunion du 16 septembre est passée de 35 % la veille à 62 %, d’après les données de CME Group.
Le rendement du Treasury à deux ans, sensible aux anticipations de politique monétaire, a grimpé jusqu’à 4,34 %, en hausse de 0,11 point de pourcentage. Le dollar a gagné 0,5 % face à un panier de six devises.
Une opération de rattrapage après juillet
Les analystes lisent ce discours comme une correction de trajectoire.
Priya Misra, de JPMorgan Asset Management, qualifie l’intervention de restrictive et y voit une affirmation vigoureuse de l’engagement des responsables sur la stabilité des prix. Elle décrit surtout une riposte à ce qu’elle considère comme une communication ratée lors de la conférence de presse de juillet, et parle d’une séance de rattrapage.
Matthew Amis, directeur des investissements chez Aberdeen, formule la contrainte qui en découle : le discours installe une réunion de septembre où l’absence de hausse infligerait un nouveau coup à la crédibilité de l’institution.
Marc Sumerlin, fondateur d’Evenflow Macro, estime que le président de la Fed a passé la barre, avec un discours de substance.
Le contexte de cette prise de parole mérite d’être rappelé. Kevin Warsh passait pour un faucon lors de son précédent passage à la Fed, entre 2006 et 2011, mais sa nomination par Donald Trump avait fait naître des doutes sur sa détermination à combattre l’inflation. Le président américain milite sans relâche pour des coûts d'emprunt plus bas et avait critiqué son prédécesseur Jay Powell sur ce terrain. Les élections de mi-mandat se tiennent dans quelques mois.
Ce que cela change pour les actifs risqués
L’effet dépasse le marché obligataire. Le rebond des dernières semaines, qui a porté le bitcoin de 62 000 à plus de 80 000 dollars et l’or vers son meilleur mois depuis 1999, reposait sur une thèse unique : un dollar affaibli par l’intervention du Trésor sur la dette longue.
Un président de la Fed qui affirme sa disposition à relever les taux retire précisément ce socle. Le raffermissement du billet vert observé vendredi constitue le premier signal de ce retournement.
La situation replace par ailleurs les deux institutions dans la position que décrivaient les investisseurs cette semaine. Scott Bessent rachète de la dette longue pour faire baisser les rendements, quand Kevin Warsh se prépare à les faire monter par les taux courts. Les deux politiques tirent en sens inverse.
Et maintenant ?
Deux échéances tranchent. La publication de l’indice PCE, seul élément susceptible de valider ou d’invalider le critère posé vendredi. Et la réunion du comité de politique monétaire du 16 septembre, désormais chargée d’une attente que le président de la Fed a lui-même créée.
Pour les détenteurs d’actifs risqués, la question se résume à un arbitrage simple : le mois d’août s’achève sur une collecte record des ETF bitcoin et un cours proche de 80 000 dollars, construits sur l’anticipation d’une politique monétaire plus accommodante. Cette anticipation vient d’être démentie par celui qui la décide.
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