Ce qu’il faut retenir :
- Vanguard a ouvert un poste de responsable des actifs numériques, une fonction senior inédite chez le gestionnaire.
- Le futur dirigeant évaluera la tokenisation, les stablecoins, la conservation et le règlement sur blockchain.
- Le géant aux 10 000 milliards de dollars d’encours reste l’un des derniers grands sceptiques crypto de Wall Street.
Vanguard met une nouvelle pièce dans la machine crypto. Le deuxième gestionnaire d’actifs mondial, avec environ 10 000 milliards de dollars d’encours, a ouvert le recrutement d’un responsable des actifs numériques (head of digital assets), un poste senior chargé de définir sa stratégie sur les cryptomonnaies et les technologies financières fondées sur la blockchain. Pour une maison longtemps considérée comme la plus réfractaire de Wall Street au secteur, l’offre d'emploi vaut déclaration d’intention.
Que fera le futur responsable des actifs numériques de Vanguard ?
La fiche de poste, rattachée à la division Vanguard Personal Wealth, dessine un mandat large. Le futur dirigeant devra élaborer la vision du groupe en matière d’actifs numériques, identifier les opportunités commerciales et piloter l’exécution à travers les équipes produit, technologie, opérations, juridique et conformité. Il conseillera la direction sur l’évolution des marchés crypto et représentera Vanguard auprès des régulateurs et des groupes de place.
Le périmètre d’étude couvre l’essentiel de l’écosystème : tokenisation, stablecoins, portefeuilles numériques, conservation et règlement-livraison sur blockchain. Surtout, le poste inclut un arbitrage stratégique clé : déterminer si Vanguard doit construire ces capacités en interne, s’associer à des tiers ou différer son entrée sur certains segments. L’annonce ne préfigure aucun lancement de produit imminent, mais elle exige la construction d’une feuille de route pluriannuelle, avec des cadres de gouvernance et de gestion des risques, pour intégrer les actifs numériques à l’activité de gestion de patrimoine.
Le dernier grand sceptique de Wall Street se convertit à petits pas
Le recrutement prolonge un dégel entamé fin 2025. Pendant des années, Vanguard a campé sur son refus du secteur, tandis que ses rivaux BlackRock, Fidelity et Franklin Templeton lançaient leurs ETF Bitcoin spot et multipliaient les initiatives blockchain. Le tournant date de décembre : le groupe a ouvert sa plateforme de courtage aux ETF et fonds crypto de tiers, tout en maintenant qu’il ne créerait pas ses propres produits, jugés incompatibles avec sa philosophie d’investissement de long terme.
L’ironie de la situation tient à son PDG. Salim Ramji a rejoint Vanguard en juillet 2024 en provenance de BlackRock, où il dirigeait l’activité iShares, celle-là même qui a lancé l’iShares Bitcoin ETF (IBIT), l’un des plus gros ETF Bitcoin spot du marché. Avant sa prise de fonction, il défendait pourtant auprès de Barron’s la décision de ne pas proposer d’ETF Bitcoin maison, la jugeant “entièrement cohérente” avec la philosophie du groupe et insistant sur la constance de l’offre.
Ce qu’il faut surveiller
Le profil retenu et son rattachement hiérarchique donneront la vraie mesure de l’ambition de Vanguard : un vétéran de la crypto signalerait une offensive, un cadre maison une simple veille structurée. Les premiers chantiers du futur responsable, en particulier sur la tokenisation des fonds, terrain déjà investi par BlackRock et Franklin Templeton, diront si le gestionnaire prépare une entrée en scène ou se contente de sécuriser ses arrières. Une certitude : quand le dernier grand sceptique institutionnel se dote d’un état-major crypto, c’est que la question n’est plus “si”, mais “quand et comment”.
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