Ce qu’il faut retenir :
- Le bénéfice net ajusté de Tesla recule de 17 % à 1,2 milliard de dollars, loin des 1,9 milliard attendus.
- Le constructeur a livré un record de 480 126 véhicules, mais au prix de fortes remises sur ses tarifs.
- Les dépenses d’investissement bondissent de 142 % et provoquent la première consommation de cash en deux ans.
Tesla a publié un bénéfice net ajusté de 1,2 milliard de dollars au deuxième trimestre, en baisse de 17 % sur un an et très en dessous des 1,9 milliard attendus par Wall Street. Le paradoxe est complet : sur la même période, le constructeur d’Elon Musk a livré un record de 480 126 véhicules et vu son chiffre d’affaires progresser de 26 % à 28,2 milliards de dollars, au-dessus du consensus. L’action a plus de 5 % dans les échanges après clôture.
L’explication tient à la manière dont ces volumes ont été obtenus. Pour ramener les acheteurs après l’effondrement des ventes de l’an dernier, quand l’engagement très visible de Musk dans la coupe des dépenses fédérales sous l’administration Trump avait éloigné une partie des consommateurs, Tesla a cassé ses prix.
Pourquoi les marges de Tesla s’effondrent
Les remises se lisent directement dans les comptes. La marge automobile hors crédits réglementaires ressort à 16,3 %, contre 18,7 % anticipés par les analystes selon Visible Alpha. La marge opérationnelle globale, elle, tombe à 1,4 %, contre 4,1 % un an plus tôt. Pour Tom Narayan, analyste chez RBC Capital Markets, la baisse des prix explique une large part des livraisons du trimestre, précisément parce que les marges de l’activité automobile se contractent.
Le rebond commercial est surtout européen, où les prix élevés du carburant poussent une partie des automobilistes vers l’électrique. Aux États-Unis, la situation reste dégradée depuis que l’administration Trump a supprimé le crédit d’impôt de 7 500 dollars sur les véhicules électriques et démantelé les règles incitant à leur production.
Cette politique frappe aussi une ligne de revenus longtemps très rentable : les crédits réglementaires, ces droits d’émission que Tesla revend aux constructeurs concurrents pour compenser leur pollution. Leur produit s’est effondré à 146 millions de dollars, contre 439 millions un an plus tôt.
Musk accélère le virage vers l’IA et les robots
Face à des difficultés dans l’automobile, qui pèse encore plus de 70 % du chiffre d’affaires, Musk pousse le groupe vers les taxis autonomes et les robots humanoïdes. Les dépenses d’investissement ont bondi de 142 % sur un an, à 5,79 milliards de dollars sur le seul trimestre.
Conséquence directe : Tesla affiche sa première consommation de trésorerie depuis deux ans, avec un flux de trésorerie disponible négatif de 1,1 milliard de dollars. Le groupe maintient pourtant le cap d’un investissement supérieur à 25 milliards de dollars sur l’ensemble de 2026, soit près du triple des 8,5 milliards dépensés l’an dernier. Musk décrit cet effort comme la montée en puissance industrielle la plus rapide aux États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, et invoque les plus de 725 milliards de dollars que les géants de la tech consacrent cette année à l’infrastructure IA pour justifier sa stratégie.
L’argent va à des chantiers très concrets : un centre de recherche en semi-conducteurs dans le cadre de Terafab, la coentreprise avec SpaceX, ainsi que des puces avancées et des infrastructures de réseau électrique pour le cluster de calcul Cortex 2. Vaibhav Taneja, directeur financier de Tesla, prévient que ces dépenses continueront de croître pendant deux à trois ans, et indique que le groupe a sécurisé des lignes de crédit lui permettant d'emprunter jusqu’à 30 milliards de dollars.
À noter, le bénéfice net en normes comptables GAAP s’établit à 1,1 milliard de dollars, en repli de 5 %. Cet agrégat intègre la rémunération en actions ainsi que les variations de valeur des participations de Tesla dans les cryptomonnaies et dans SpaceX.
Ce qu’il faut surveiller
Les relais de croissance promis ne sont pas encore là. Tesla a lancé en février la production du Cybercab, son véhicule entièrement autonome, et déploie progressivement son service de robotaxis au Texas et en Floride. Musk a lui-même prévenu que cette activité ne générerait pas de revenus significatifs avant l’an prochain au mieux. Le pari est donc chronométré : deux à trois ans de dépenses en forte hausse, financées par la dette et une trésorerie automobile sous pression, avant que l’IA et l’autonomie ne prennent le relais.
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