Palantir évincé : le renseignement français le remplace par ChapsVision

La DGSI met fin à son contrat avec Palantir au profit du français ChapsVision, et la France investit 655 millions d’euros de plus dans l’IA souveraine.
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Ce qu’il faut retenir :

  • La DGSI met fin à son contrat avec l’américain Palantir au profit du français ChapsVision, a annoncé Sébastien Lecornu.
  • La France investit 655 millions d’euros de plus dans l’IA et déploie un assistant Mistral pour ses agents publics.
  • Le mouvement s’inscrit dans une vague européenne de défiance envers les fournisseurs technologiques américains.

La DGSI, le renseignement intérieur français, met fin à son contrat avec Palantir et le remplace par le français ChapsVision. Le Premier ministre Sébastien Lecornu l’a annoncé ce mardi dans une vidéo publiée sur X, à la veille du salon VivaTech à Paris, au nom de la souveraineté numérique, c’est-à-dire la capacité d’un pays à maîtriser ses propres outils technologiques.

Le calendrier interroge. La DGSI travaille avec Palantir depuis 2016 et avait renouvelé son contrat en décembre 2025, il y a six mois à peine. Six mois plus tard, l’agence qui a signé ce renouvellement s’apprête à le quitter. Le repreneur, ChapsVision, est une société française fondée en 2019 par Olivier Dellenbach, qui s’est imposée à coups d’acquisitions et avait déjà remporté un appel d’offres de la DGSI en 2024, face à une coentreprise Thales-Atos.

Pourquoi la France abandonne-t-elle Palantir ?

Nous ne pouvons pas compter sur la bonne volonté de certains partenaires qui sont capables, comme nous l’avons vu ces derniers jours, de bloquer l’accès aux modèles d’Anthropic.

Pour ne plus dépendre d’un fournisseur américain sur un terrain aussi sensible que le renseignement. « Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a justifié Sébastien Lecornu. Le débat a été ravivé vendredi 12 juin, lorsque le gouvernement américain a ordonné à Anthropic de restreindre l’accès à ses modèles d’IA les plus avancés pour l’ensemble des ressortissants étrangers, au nom de la sécurité nationale, selon le Financial Times. Lecornu y voit la preuve qu’un partenaire peut couper l’accès du jour au lendemain.

Le profil de Palantir nourrit aussi cette méfiance. Fondée en 2003 par Peter Thiel, proche de Donald Trump, et Alex Karp, avec le soutien de la CIA, l’entreprise vend des outils d’analyse de données de qualité militaire aux gouvernements. Ses logiciels avaient servi à la DGSI lors d’événements majeurs comme les Jeux olympiques de 2024.

655 millions d’euros et un assistant Mistral pour l’État

L’annonce dépasse le seul dossier Palantir. La France débloque 655 millions d’euros supplémentaires (760 millions de dollars) pour l’IA via le programme France 2030. Tous les agents publics auront accès à un assistant IA baptisé l’Assistant, alimenté par le français Mistral AI, dirigé par Arthur Mensch. Le gouvernement prévoit aussi un chatbot santé pour l’assurance maladie Ameli et une plateforme de données publiques. Lecornu prévient que la capacité des ministères à utiliser l’IA pèsera dans les arbitrages budgétaires de 2027.

Une vague européenne anti-Palantir

La France n’est pas seule. Mi-mai, le renseignement intérieur allemand a lui aussi retenu ChapsVision pour ses outils d’analyse, et l’armée allemande a écarté Palantir de ses contrats. Au Royaume-Uni, le contrat de 330 millions de livres entre Palantir et le NHS est sous le feu des critiques, et le maire de Londres Sadiq Khan a opposé son veto à un contrat de 50 millions de livres avec la police métropolitaine. Le Danemark et les Pays-Bas affichent la même volonté de prise de distance.

Paris pousse ce virage sur plusieurs fronts. Le gouvernement a déjà migré ses agents de Microsoft Teams et Zoom vers l’outil français Visio, et bloqué la vente de l’activité d’antennes au sol d’Eutelsat au fonds EQT, par crainte pour la concurrence face à Starlink. Emmanuel Macron reste l’un des plus ardents défenseurs de cette indépendance.

Et maintenant ?

Palantir conteste le récit. L’entreprise affirme que son contrat de long terme avec la DGSI reste en vigueur et courrait encore plusieurs années, sans plus de détails. Le calendrier de la bascule, la valeur du contrat ChapsVision et le sort exact de l’accord Palantir n’ont pas été précisés.

Or migrer un service de renseignement d’une plateforme à une autre prend du temps : la transition s’étalera bien au-delà de l’annonce. Reste l’épreuve de fond, celle qui a fait échouer les précédentes tentatives de sevrage vis-à-vis de Microsoft, Google ou Amazon : les solutions souveraines devront tenir le niveau, sous peine de rester sur le papier.

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