Ce qu’il faut retenir :
- L’armée américaine a détruit deux lance-roquettes iraniens sur l’île de Larak, dans le détroit d’Ormuz.
- Téhéran a riposté en tirant des missiles sur des bases américaines en Jordanie, interceptés.
- Le baril a repassé la barre des 90 dollars après ces échanges.
L’armée américaine a frappé deux lance-roquettes iraniens sur une île du détroit d’Ormuz, première attaque de ce type depuis plus d’un mois. L’Iran a riposté dans la foulée en tirant des missiles sur la Jordanie. Le baril est repassé au-dessus de 90 dollars.
Ce qui s’est passé dans le détroit
Des forces du Corps des gardiens de la révolution islamique ont été aperçues en train de se préparer à lancer des roquettes équipées de mines marines dans le détroit d’Ormuz.
Des forces du Corps des gardiens de la révolution islamique ont été observées en train de préparer le lancement de roquettes chargées de mines marines vers le détroit, a indiqué le capitaine Tim Hawkins, porte-parole du commandement central américain. Cette observation a déclenché la frappe contre deux lance-roquettes situés sur l’île de Larak.
Téhéran a répliqué en tirant quelques missiles vers la Jordanie, interceptés par les forces américaines, selon une personne informée. Les Gardiens de la révolution affirment de leur côté avoir visé, par missiles et drones, des infrastructures techniques et de maintenance ainsi que des positions d’avions de chasse sur deux bases aériennes américaines dans ce pays, et avoir abattu un drone MQ-9 au-dessus du détroit. L’armée régulière iranienne indique par ailleurs avoir lancé des dizaines de drones contre la base d’Al Minhad, aux Émirats arabes unis.
L’opération américaine apparaît plus limitée et plus ciblée que les dernières frappes connues, le 29 juillet, quand des dizaines d’objectifs avaient été touchés en deux heures.
Une publication présidentielle qui interroge
Quelques heures après ces échanges, Donald Trump a publié sur son réseau un message affirmant que l’île de Kharg, principal terminal d’exportation pétrolière iranien, était réduite en miettes.
Le message semblait comporter une vidéo d’explosions générée par intelligence artificielle. Aucun élément ne permet d’établir qu’une attaque a eu lieu sur ce site, situé à plus de 600 kilomètres du détroit d’Ormuz, ni de déterminer s’il s’agissait d’une menace.
Le procédé mérite d’être signalé. Une vidéo synthétique diffusée par un chef d’État au sujet d’une frappe non confirmée, dans un contexte où les marchés pétroliers réagissent à la minute, brouille la frontière entre communication politique et information de marché.
Le pétrole repart, la prime de risque revient
Les cours ont réagi immédiatement, les opérateurs évaluant le risque d’une nouvelle interruption des flux depuis le Moyen-Orient.
“Cette situation ressemble à un baril de poudre sans fin”, estime Michael Alfaro, directeur des investissements du fonds Gallo Partners, spécialisé dans l’énergie et l’industrie, pour qui ces frappes disent à la fois la fragilité de la désescalade et la détermination des Gardiens de la révolution à compliquer le transit dans le détroit.
Un incident maritime est venu s’ajouter au tableau. Les Gardiens de la révolution affirment qu’un supertanker tentant de passer au sud du détroit a heurté deux mines, pris feu et s’est immobilisé. L’armée américaine indiquait pourtant avoir achevé le déminage de cette route maritime internationale la semaine dernière.
Avant la guerre, environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux transitait par ce passage. Les États-Unis maintiennent leur blocus naval sur les ports iraniens, et chaque camp accuse l’autre d’avoir violé l’accord de juin destiné à rouvrir le détroit.
La guerre économique marque le pas
Après trois semaines de frappes réciproques le mois dernier, Washington avait réorienté sa stratégie vers la pression économique.
Scott Bessent, secrétaire au Trésor, a annoncé lundi une extension des sanctions secondaires visant l’Iran, avec des mesures susceptibles selon lui de faire exploser le système financier mondial. Le passage à l’acte reste pourtant limité.
Les États-Unis se sont contentés jusqu’ici de retirer l’accès au système financier américain aux succursales émiriennes d’une banque égyptienne, sans fixer de délai aux partenaires commerciaux de Téhéran. Ce premier geste mesuré traduit une hésitation à viser des cibles plus grosses, dont de grandes banques et des entités publiques chinoises, par crainte de déstabiliser l’économie mondiale. Le secrétaire au Trésor a indiqué dimanche à l’Associated Press qu’une action contre une autre banque serait annoncée dans les prochains jours.
Un conflit enlisé à l’approche des élections
La guerre entre dans son sixième mois, les discussions entre les deux capitales ont échoué, et aucun camp n’obtient de résultat décisif.
Le président américain peine à mettre un terme à un conflit qui alimente l’inflation et se révèle impopulaire auprès des électeurs, à quelques mois des élections de mi-mandat de novembre.
Côté iranien, le président réformateur Masoud Pezeshkian, parti lundi pour le forum de l’Organisation de coopération de Shanghai au Kirghizistan, affirme que son pays ne recherche pas la guerre, tout en promettant une réponse ferme aux agresseurs. Les Gardiens de la révolution soutiennent que l’agression ne permettra pas d’affaiblir le contrôle iranien sur le détroit, et appellent les compagnies maritimes à ne pas exposer leurs navires et leurs équipages.
Et maintenant ?
Trois éléments détermineront la trajectoire des prochains jours. L’ampleur des sanctions bancaires annoncées par Washington, d’abord, dont la portée réelle se mesurera au choix des cibles. La sécurité du transit ensuite, après un incident de mine survenu sur une route déclarée nettoyée. Et la trajectoire du baril enfin, qui pèse directement sur les anticipations d’inflation américaines, au moment où la Réserve fédérale vient d’ouvrir la porte à une hausse de ses taux en septembre.
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