Kevin Warsh veut bouleverser la communication de la Fed vers Wall Street

Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, s’apprête à réduire sa communication sur les taux et pourrait abandonner le dot plot dès la réunion de juin.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, devrait réduire la « forward guidance » dès la réunion de mi-juin.
  • Il pourrait renoncer à soumettre ses prévisions de taux dans le fameux « dot plot ».
  • Ce serait le plus profond remaniement du rôle de la banque centrale depuis des décennies.

Kevin Warsh s’apprête à rebattre les cartes. Les observateurs de la Réserve fédérale attendent du nouveau président de la banque centrale américaine qu’il commence à réviser sa communication sur les taux dès ce mois-ci, dans le cadre d’une refonte d’ampleur. Plusieurs anciens hauts responsables tablent sur un premier geste lors de la réunion du comité de politique monétaire (FOMC) de la mi-juin.

La fin de la « forward guidance » ?

Contrairement à bon nombre de mes collègues, passés et présents, je ne crois pas aux indications prospectives.

Je ne pense pas que je doive vous donner un aperçu de ce que pourrait être une décision future.

La forward guidance est l’art, pour une banque centrale, de signaler à l’avance ses intentions afin d’orienter les anticipations de marché. Cet outil, popularisé pendant l’ère des taux zéro, Warsh n’en veut pas. « Je ne crois pas à la forward guidance », a-t-il lancé lors de son audition de confirmation au Sénat en mai, ajoutant qu’il n’avait pas à préfigurer ses décisions futures. Depuis, le président Donald Trump et le secrétaire au Trésor Scott Bessent ont confirmé son intention de la réduire.

Le « dot plot » dans le viseur

Première cible : le « dot plot », ce graphique introduit par l’ancien président Ben Bernanke en 2012, où chacun des 19 membres du FOMC indique chaque trimestre où il situe les taux à un, deux et trois ans. Warsh pourrait simplement s’abstenir d’y soumettre ses propres prévisions. Il estime que cet exercice pousse les responsables à s’accrocher à leurs vues bien après que la réalité a changé, source d’erreurs de politique monétaire.

Le problème vient de l’usage qu’en font les marchés. Conçu comme une orientation souple, le dot plot est scruté à Wall Street au point de provoquer des secousses sur les marchés obligataires, des changes et des actions. Pour Esther George, ancienne présidente de la Fed de Kansas City, l’interprétation qu’en font les investisseurs « est allée bien au-delà de son objectif initial ».

Le « bias » et la guerre en Iran compliquent tout

Warsh pourrait aussi retirer du communiqué la formule indiquant si le prochain mouvement sera une baisse ou une hausse, le fameux « bias ». Le biais accommodant actuel est justement contesté en interne. Comme nous l’évoquions à propos de l’inflation alimentée par la flambée du pétrole, la guerre en Iran ravive les pressions sur les prix : trois responsables avaient déjà voté contre la décision d’avril, rejoints depuis par les gouverneurs Christopher Waller et Lisa Cook. Pour Richard Clarida, ancien vice-président de la Fed aujourd’hui chez Pimco, « les planètes sont alignées » pour supprimer tout le langage d’orientation dès juin.

Vers un retour à l’ère Greenspan

Warsh ne cache pas vouloir s’inspirer d’Alan Greenspan, président de la Fed de 1987 à 2006, époque où la banque centrale en disait beaucoup moins. Tout le monde n’y est pas favorable. James Bullard, ancien président de la Fed de Saint-Louis, juge qu’abandonner le dot plot enfreindrait une « norme internationale » de transparence des banques centrales. D’autres rappellent que ces repères ont longtemps servi d’ancrage aux marchés et contribué à contenir la volatilité des taux.

Et maintenant ?

La réunion de mi-juin servira de premier test. Le timing est délicat : supprimer les repères habituels au moment où la guerre en Iran bouleverse déjà les anticipations sur la trajectoire des taux pourrait, à court terme, accroître la nervosité plutôt que la réduire.

Et le chantier s’annonce long. « La Fed ne tourne pas aussi vite », prévient Vincent Reinhart, ancien responsable de l’institution passé chez BNY Investments.

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