Ce qu’il faut retenir :
- L’indice des valeurs de défense européennes a chuté de plus de 15 % depuis son pic de janvier.
- Les investisseurs s’interrogent sur la capacité du continent à financer ses dépenses militaires.
- Ils délaissent les acteurs historiques au profit des drones et des technologies de guerre modernes.
L’un des plus gros paris de la Bourse européenne se retourne. Après une ascension fulgurante, les actions de défense européennes reculent nettement cette année, sur fond de doutes quant au financement des plans de réarmement et d’un basculement des investisseurs vers les fabricants de drones et les technologies de pointe. L’indice Stoxx Europe Targeted Defence a perdu plus de 15 % depuis son sommet de janvier, l’essentiel de la baisse remontant au début de la guerre contre l’Iran.
De « comme c’est génial » à « comment payer ? »
L’année dernière, on ne parlait que de « c’est génial [ces dépenses] » Cette année, la question est : « comment allons-nous payer tout cela ? »
Charles Armitage, analyste européen spécialisé dans la défense chez Citi
Le revirement est brutal. L’indice progressait de plus de 40 % par an depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine, et avait presque doublé en 2025, porté par les plans allemands et l’engagement de l’OTAN de porter les dépenses militaires à 5 % du PIB. Des milliards d’euros se sont depuis évaporés chez BAE Systems, Rolls-Royce, Thales, Leonardo ou Rheinmetall.
Pour Charles Armitage, analyste chez Citi, la bascule est nette : la question n’est plus l’ampleur des dépenses, mais « comment va-t-on payer ? ». La flambée des coûts d'emprunt des États, alimentée par la guerre en Iran et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, conjuguée à la pression pour soulager des ménages frappés par les prix de l’énergie, pèse lourdement sur les budgets d’une Europe importatrice.
Des promesses qui peinent à se concrétiser
Les investisseurs institutionnels ont commencé à dénouer leurs positions, selon State Street. Pour Marija Veitmane, de la même maison, le marché « veut désormais des preuves, pas des promesses ». Morgan Stanley a ramené sa recommandation sur le secteur à « neutre », pointant un manque de catalyseurs.
Les signaux politiques se multiplient : le ministre britannique de la Défense a démissionné, l’Allemagne s’est retirée du projet d’avion de combat commun avec la France, doté de 100 milliards d’euros, et la République tchèque pourrait manquer la cible de 2 % du PIB. Côté résultats, Rheinmetall, Airbus et Thales ont déçu au premier trimestre, la conversion des commandes en profits s’avérant plus lente qu’espéré.
L’IA détrône la défense, place aux drones
Le contraste avec les stars de l’IA est cruel. Pour Giles Parkinson, de TrinityBridge, les bénéfices de la défense paraissent ternes face aux profits en plein essor des valeurs technologiques. Surtout, le conflit au Moyen-Orient a rappelé l’importance des drones et des missiles face aux chars.
Les investisseurs cherchent donc des valeurs « à profil plus tech », juge Emmanuel Cau, de Barclays, là où la défense classique est vue comme « old economy ». Certains titres en profitent déjà : le français Parrot, spécialiste des drones, gagne environ 36 % sur l’année, et le suédois MilDef bondit de près des deux tiers. Comme nous l’évoquions à propos du plafonnement des revenus de défense chez Renault, le secteur cherche sa nouvelle frontière.
Et maintenant ?
Pour Armitage, le marché en serait au « dernier kilomètre » de ce trade, « l’argent facile » ayant déjà été gagné. Plusieurs forces convergent : contraintes budgétaires, résultats en demi-teinte et concurrence des valeurs IA.
La géopolitique reste un joker à double tranchant : la demande de Donald Trump sur le Groenland pourrait pousser l’Europe à dépenser davantage, tandis que des progrès vers une trêve russo-ukrainienne limiteraient au contraire le potentiel de rebond. La vraie question demeure : les promesses de réarmement finiront-elles par se transformer en bénéfices ?
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