Ce qu’il faut retenir :
- L’indice Philadelphia des semi-conducteurs perd 8,5 % sur la semaine, sa pire performance depuis avril 2025.
- Le Nikkei chute de 4 %, le japonais Kioxia lâche plus de 16 % et Micron abandonne plus de 25 % sur le mois.
- Des analystes décrivent un débouclage technique de paris massifs sur les puces, sur fond de doutes sur les dépenses d’IA.
La fête de l’IA tourne au vinaigre en Bourse. Les valeurs technologiques mondiales ont chuté vendredi, et l’indice Philadelphia Semiconductor, qui suit les grands fabricants de puces américains, se dirige vers sa pire semaine depuis la déroute des droits de douane du “liberation day” d’avril 2025, avec un plongeon de 8,5 %. Les investisseurs se détournent des plus grands gagnants du boom de l’intelligence artificielle, et l’indice évolue désormais 19 % sous son record de juin.
Pourquoi les valeurs des semi-conducteurs chutent-elles ?
Ce qui avait le plus augmenté au départ est aujourd’hui ce qui baisse le plus.
Le mouvement frappe d’abord les stars de la mémoire, dans un retournement brutal des trades de momentum, ces stratégies qui misent sur la poursuite de la hausse des leaders. “Ce qui avait le plus monté est ce qui baisse le plus maintenant”, observe Emmanuel Cau, responsable de la stratégie actions européennes chez Barclays, cité par le Financial Times. Pour lui, ces mouvements relèvent surtout du débouclage forcé de paris massifs sur les puces, plus que d’un changement de fondamentaux.
Les dégâts s’accumulent. Micron, dont l’ascension fulgurante avait brièvement propulsé le titre dans le club des capitalisations à 1 000 milliards de dollars, a perdu plus de 25 % sur le mois et cédait encore 4 % en avant-Bourse vendredi. Les géants de la mémoire Sandisk et Western Digital abandonnaient plus de 6 % avant l’ouverture de New York. En Europe, le Stoxx 600 reculait de 0,9 %, plombé par ASML, premier fabricant mondial d’équipements pour la production de puces, en baisse de 3,9 %.
De Tokyo à Shanghai, la correction gagne toute l’Asie
L’Asie a donné le ton. Le Nikkei 225 japonais a sombré de 4 %, le CSI 300 chinois de 3,6 %, dans le sillage des pertes de Wall Street jeudi, où le Nasdaq a lâché 1,6 %. Le japonais Kioxia a mené la débâcle avec une chute de plus de 16 %, qui porte son repli à plus de la moitié de son pic de juin. TSMC a perdu plus de 7 %. Les marchés sud-coréens, épicentre de la volatilité du trade IA, étaient fermés.
La secousse touche aussi les startups chinoises de l’IA. Z.ai et MiniMax ont dévissé de 28,5 % et 15,6 % après les débuts d’un grand modèle de langage de leur rival Moonshot AI, aux capacités proches de celles des laboratoires américains de pointe comme Anthropic. Même au sein du camp chinois, la concurrence redistribue les cartes à coups de pourcentages à deux chiffres.
Des résultats solides qui ne suffisent plus
La leçon à en tirer est que, même si les résultats sont exceptionnels et que les perspectives sont prometteuses, les investisseurs peuvent tout de même trouver à redire à cette situation.
Le paradoxe de la semaine tient en un constat : la correction survient malgré de bons résultats d’ASML et de TSMC. Max Kettner, stratégiste multi-actifs en chef chez HSBC, estime que les semi-conducteurs n’ont plus le droit de simplement délivrer, ils doivent surpasser les attentes à chaque publication. Michael Zigmont, co-responsable du trading chez Visdom Investment Group, note que le marché a tiqué sur les prévisions de hausse des dépenses d’investissement de TSMC, ravivant la peur du surinvestissement, au point que les investisseurs semblent chercher des excuses pour vendre.
Il faut dire que les compteurs donnent le tournis. Kioxia a gagné plus de 2 000 % en un an, TSMC a plus que doublé, et Samsung Electronics et SK Hynix, fournisseurs des puces mémoire à haute bande passante de Nvidia, affichent respectivement plus de 200 % et 500 % de hausse sur douze mois. Richard Yetsenga, chef économiste d’ANZ, voit dans la correction le rappel d’une dépendance inconfortable des marchés et de l’activité économique au boom de l’IA. Les tensions autour de l’Iran, qui renchérissent l’énergie, et la perspective d’un resserrement monétaire mondial ont offert le prétexte idéal aux prises de profit.
Ce qu’il faut surveiller
La saison des résultats des semi-conducteurs jouera les juges de paix : après ASML et TSMC, chaque publication devra écraser les attentes pour enrayer la spirale. Deux variables macro pèseront en parallèle, le pétrole au gré du conflit iranien et la trajectoire des taux, dans un environnement où l’inflation remonte plus facilement qu’elle ne redescend. Pour les actifs risqués dans leur ensemble, bitcoin compris, un débouclage prolongé du trade IA serait un vent contraire de plus.
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