Ce qu’il faut retenir :
- Emmanuel Macron a refusé la démission du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez après les émeutes du week-end.
- Environ 1 500 commerces ont été pillés samedi, et plus de 2 350 personnes ont été interpellées depuis.
- Le taux à dix ans français grimpe à 4,9 % et l’écart avec l’Allemagne remonte à 1,45 point.
Laurent Nuñez reste place Beauvau. Emmanuel Macron a refusé la démission de son ministre de l’Intérieur, proposée après la gestion défaillante des manifestations qui ont dégénéré en émeutes ce week-end, rapporte le Financial Times. L’Élysée a demandé au ministre de rester en poste pour assurer la continuité du commandement, et de faire toute la transparence sur les failles de planification et de renseignement.
Sur France Inter ce lundi 19 octobre, Laurent Nuñez a reconnu que les autorités avaient perdu le contrôle face à de graves flambées de violence. Il a expliqué avoir proposé sa démission par sens des responsabilités envers les Français, au vu des dégâts.
Que s’est-il passé lors des manifestations du 17 octobre ?
Samedi, des manifestations dans tout le pays ont réuni des étudiants mobilisés contre leurs conditions d’études et des citoyens en colère contre la vie chère. Elles ont tourné à l’émeute et au pillage. Environ 1 500 magasins et commerces ont été pillés, selon une fédération du commerce de détail, qui chiffre les dégâts à plusieurs centaines de millions d’euros.
Les violences se sont poursuivies dimanche, notamment à Paris, où des casseurs vêtus de noir ont forcé l’entrée d’un centre commercial du centre-ville. Laurent Nuñez fait état de 350 interpellations dans la capitale dimanche, portant le total à plus de 2 350.
Le ministre admet un dispositif sous-dimensionné. Le renseignement intérieur avait sous-estimé la mobilisation : les autorités attendaient 200 000 manifestants, il en est venu plus de 550 000. Laurent Nuñez affirme que 60 000 policiers et pompiers étaient mobilisés, un chiffre contesté par l’opposition, qui l’estime plutôt autour de 10 000. Au plus fort des « gilets jaunes » en 2018, la police avait déployé entre 80 000 et 120 000 agents. Une commission d’enquête parlementaire doit se pencher sur la question.
Macron sous le feu des critiques
Dans une allocution télévisée dimanche soir, Emmanuel Macron a distingué les manifestants aux revendications légitimes des « insurrectionnels » issus de groupuscules d’extrême gauche, rejoints selon lui par de nombreux délinquants. « Ceux qui ont pillé doivent rembourser leurs victimes », a-t-il martelé, promettant que les responsables rendraient des comptes.
L’opposition, et une partie de son propre camp centriste, lui reprochent l’absence de mesures concrètes, dans un discours prononcé quelques heures avant son départ pour une mission diplomatique de trois jours dans le Golfe. Édouard Philippe, ancien Premier ministre et prétendant de droite à l’Élysée, a salué les mots du président, mais aurait préféré, comme des millions de Français, des décisions pour rétablir l’ordre.
Les maires socialistes de Paris et de Marseille réclament des explications au gouvernement. Benoît Payan, maire de Marseille, accuse la police de ne pas avoir défendu l’hôtel de ville, envahi samedi. Il attend toujours de savoir pourquoi les forces de l’ordre se sont retirées, et estime que la France est « la honte de l’Europe ce matin ».
Le Premier ministre Lecornu a demandé à certaines autorités locales d’imposer des couvre-feux partiels et a déclaré que l’état d’urgence pourrait être mis en place s’il était jugé nécessaire.
Pourquoi les taux d'emprunt de la France grimpent
Les marchés ont réagi dès lundi. Le rendement de l’OAT à dix ans, l'emprunt d’État français de référence, a bondi de 0,12 point à 4,9 %, une hausse plus forte que dans les autres pays de la zone euro. Le taux allemand à dix ans n’a que légèrement progressé. Résultat : l’écart entre les deux, ou spread, baromètre clé de la défiance des investisseurs, remonte à 1,45 point de pourcentage.
Depuis des semaines, les investisseurs reprochent à la France son incapacité à réduire ses dépenses publiques. Ils redoutent aussi une instabilité politique à l’approche de la présidentielle, dans six mois, où Marine Le Pen fait la course en tête dans les sondages. Le gouvernement minoritaire doit en outre faire adopter un budget de rigueur qui pourrait le faire tomber d’ici la fin de l’année.
Pour Gordon Shannon, gérant chez TwentyFour Asset Management, ces émeutes rendent les investisseurs encore plus réticents à détenir de la dette française. Il y voit le signe d’une résistance du pays à tout redressement budgétaire. Depuis le début de la guerre en Iran, la France subit la plus forte hausse des coûts d'emprunt du G7.
La Bourse de Paris décroche aussi. Le CAC 40, qui accuse son plus fort retard sur les autres places européennes depuis des années, a cédé 1,4 % lundi. BNP Paribas et Société Générale perdaient plus de 2 %.
Ce qu’il faut surveiller
La commission d’enquête parlementaire devra trancher la querelle sur les effectifs mobilisés. Sur les marchés, le spread franco-allemand reste le thermomètre à suivre, avec en ligne de mire la bataille budgétaire de fin d’année et la présidentielle du printemps. Chez Aberdeen Investments, le gérant Alex Everett dit surveiller avant tout les conséquences politiques des émeutes sur la course à l’Élysée.
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