Ce qu’il faut retenir :
- Gabriel Perez lisait les discours de Donald Trump environ une heure avant leur prononcé.
- Il pariait sur les mots que le président allait employer, via les marchés de mention de Kalshi.
- Il devra restituer 107 539 dollars de gains et payer 65 000 dollars d’amende civile.
La CFTC a condamné l’ancien opérateur du téléprompteur de la Maison-Blanche à verser plus de 172 000 dollars, pour avoir tiré profit de son accès anticipé aux discours présidentiels sur la plateforme de marchés prédictifs Kalshi. Gabriel Perez devra restituer 107 539,02 dollars de gains et acquitter une amende civile de 65 000 dollars. L’ordonnance lui interdit également de négocier sur toute entité enregistrée auprès du régulateur pendant trois ans.
Comment fonctionnait le dispositif
Le mécanisme repose sur un produit particulier proposé par Kalshi : les marchés de mention. Ces contrats permettent de parier sur les mots précis qu’une personnalité publique emploiera lors d’une intervention.
L’intéressé disposait d’un avantage décisif. Selon l’ordonnance, il lisait les discours préparés de Donald Trump environ une heure avant leur prononcé, et plaçait ses paris en fonction des mots figurant dans le texte.
Il a ouvert son compte le 8 décembre 2025 et a négocié entre décembre 2025 et mars 2026. Il a consenti à cette ordonnance sans reconnaître les faits établis par le régulateur.
L’amende civile a été réduite d’environ 40 % après qu’il s’est présenté volontairement à un entretien et a accepté sa responsabilité, une attitude que la CFTC qualifie de coopération exemplaire.
C’est la plateforme qui a détecté les opérations
Le régulateur a salué l’assistance apportée par KalshiEX dans ce dossier. Robert DeNault, responsable de l’application des règles chez Kalshi, a indiqué sur X que l’unité de surveillance de la plateforme avait repéré ces transactions.
“Peu importe qui vous êtes : enfreignez nos règles ou la loi fédérale, et vous en subirez les conséquences”, a-t-il écrit.
Ce point mérite d’être noté. Les places de marché prédictif ont un intérêt direct à démontrer leur capacité d’autosurveillance, alors que leur légitimité réglementaire fait l’objet d’un examen serré aux États-Unis.
Le deuxième dossier de ce type en quatre semaines
Le régulateur avait conclu un premier règlement le 31 juillet. L’ancien élu George Santos a accepté de verser environ 35 000 dollars pour des paris passés sur un contrat portant sur la liste des personnes assistant au discours sur l’état de l’Union de février. Le régulateur a établi qu’il avait fait de fausses déclarations sur les réseaux sociaux à propos de sa propre présence, tout en détenant des positions sur ce marché.
Les deux ordonnances comportent une interdiction de négocier de trois ans et découlent de signalements de Kalshi. Elles reposent en revanche sur des qualifications distinctes : manipulation d’un contrat sur lequel l’intéressé exerçait une influence dans un cas, exploitation d’informations privilégiées dans l’autre.
Le secteur privé a connu des affaires comparables. En mai, un ingénieur de Google a été poursuivi par la justice fédérale pour avoir utilisé des données de recherche internes afin de gagner environ 1,2 million de dollars sur Polymarket, avec une plainte civile parallèle du régulateur.
Un secteur sous surveillance croissante
L’attention politique s’est renforcée en parallèle. James Comer, président de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, a ouvert en mai une enquête sur les dispositifs anti-délit d’initié de Kalshi et Polymarket, en réclamant des documents sur la vérification d’identité des utilisateurs, le blocage géographique et la détection des activités suspectes.
Les deux plateformes avaient renforcé ces contrôles en mars, avec de nouveaux outils de filtrage et des règles de conduite actualisées. La CFTC a par ailleurs proposé en juin un cadre réglementaire dédié à ces marchés, sous la présidence de Michael Selig.
Un revers judiciaire pour Kalshi le même jour
La journée de vendredi a été doublement chargée pour la plateforme. La cour d’appel du neuvième circuit a rendu une décision défavorable dans son bras de fer avec les autorités de régulation des jeux du Nevada.
Les juges ont estimé que l’entreprise n’avait pas établi la probabilité que le droit fédéral des matières premières prime sur la réglementation de cet État en matière de jeux d’argent. Kalshi voit ainsi fragilisé l’argument central de sa défense juridique, fondé sur la compétence exclusive du régulateur fédéral.
Et maintenant ?
Deux dossiers avancent en parallèle. La finalisation du cadre réglementaire proposé par la CFTC, qui déterminera les obligations de surveillance imposées à ces plateformes. Et la suite du contentieux avec le Nevada, dont l’issue conditionne la possibilité pour ces places d’échapper aux réglementations des jeux État par État.
Un enseignement dépasse ces affaires. Un marché prédictif transforme une information en position financière presque instantanément, ce qui rend visible sur la chaîne ou dans les carnets d’ordres ce qui resterait invisible ailleurs. C’est précisément ce qui a permis de détecter ces paris, et ce qui expliquera probablement les prochains cas.
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