Ce qu’il faut retenir :
- Le mécanisme AQAv2 dirige environ 90 % du rendement des réserves en USDC vers le rachat de HYPE.
- Les validateurs l’ont approuvé à 69,08 %, au-dessus du seuil requis de 66,67 %.
- Le premier versement au fonds d’assistance est prévu le 3 octobre.
Hyperliquid a activé mercredi 26 août AQAv2, un mécanisme qui dirige environ 90 % du rendement généré par ses 5 milliards de dollars de réserves en USDC vers le rachat de son token HYPE. Les validateurs du réseau l’ont approuvé par 19 voix sur 26, soit 69,08 %, au-dessus du seuil de 66,67 % requis.
Comment fonctionne le mécanisme
L’USDC déposé sur la plateforme se répartit entre deux comptes. Un compte plus modeste, géré par Circle, assure les fonctions techniques et l’infrastructure inter-chaînes. Un compte de trésorerie plus important, géré par Coinbase, génère le rendement de réserve, c’est-à-dire les intérêts produits par les bons du Trésor américain qui adossent le stablecoin.
Après déduction des coûts de l’émetteur, environ 90 % de ce rendement revient au protocole. Les sommes s’accumulent sur des périodes de 30 jours, puis sont transférées automatiquement au fonds d’assistance huit jours après la clôture de chaque période. Ce fonds achète du HYPE sur le marché et retire ces tokens de la circulation.
Le premier cycle a démarré le 26 août, pour un premier versement le 3 octobre. Circle a par ailleurs transféré environ 4,4 milliards de dollars d’USDC vers Coinbase dans le cadre de cette mise en place, d’après les données d’Arkham, le plus important transfert de ce stablecoin jamais réalisé sur HyperEVM. Les deux entreprises ont chacune immobilisé 500 000 HYPE en soutien au dispositif.
Combien cela représente en rachats ?
Les estimations disponibles situent l’apport d’AQAv2 entre 135 et 160 millions de dollars par an, certaines projections montant jusqu’à 200 millions si les encours restent élevés. Ce montant s’ajoute aux rachats financés par les frais de trading, estimés à 771 millions de dollars sur une base annuelle, pour un total supérieur à 900 millions de dollars.
Traduisons ces chiffres en tokens. Au cours actuel d’environ 80 dollars, 900 millions de dollars représentent 11,25 millions de HYPE rachetés par an, soit environ 4,5 % du flottant estimé à 250 millions d’unités, ou 1,1 % de l’offre maximale d’un milliard.
Sur un rythme quotidien, cela donne environ 2,5 millions de dollars d’achats par jour, soit près de 31 000 tokens. La part venant d’AQAv2 seule pèse de son côté entre 11 et 13 millions de dollars par cycle de 30 jours, soit 139 000 à 164 000 HYPE.
Une précision s’impose sur ces ordres de grandeur : ils dépendent d’un cours qui bouge. À 50 dollars, les mêmes 900 millions absorberaient 18 millions de tokens, soit 7,1 % du flottant. À 120 dollars, seulement 7,5 millions, soit 3 %. Le mécanisme rachète mécaniquement moins de tokens à mesure que le prix monte, ce qui atténue son effet au fil de la hausse.
Le vrai risque tient aux taux d’intérêt
Ce point mérite l’attention de quiconque projette ces montants sur plusieurs années. Le rendement des réserves dépend directement des taux directeurs américains.
Le calcul est simple. Sur 5 milliards de dollars, chaque point de taux vaut environ 45 millions de dollars par an après application des 90 %. À 3 %, le mécanisme rapporte 135 millions. À 2,5 %, il tombe à 112 millions. À 2 %, à 90 millions. À 4 %, il monte à 180 millions.
Autrement dit, le scénario le plus favorable au cours du HYPE, celui d’une Réserve fédérale qui baisse ses taux et affaiblit le dollar, est aussi celui qui réduit le carburant d’AQAv2. Les marchés attribuent actuellement environ 60 % de probabilité à un maintien du taux directeur entre 3,50 % et 3,75 % en septembre.
Une seconde variable joue dans le même sens : le montant des réserves. Ces 5 milliards de dollars correspondent aux dépôts des utilisateurs, qui fluctuent avec l’activité de la plateforme.
Ce que le mécanisme change
L’argument central des promoteurs porte sur l’indépendance des revenus. Le moteur de rachat existant fonctionnait uniquement sur les frais de trading, qui varient avec l’activité de marché. AQAv2 ajoute une seconde source, décorrélée des volumes : même pendant une période creuse, les réserves continuent de produire des intérêts.
Le dispositif est par ailleurs présenté comme un modèle destiné à s’appliquer aux futurs actifs de cotation du réseau, chaque nouvel actif aligné contribuant au même mécanisme.
Deux réserves méritent d’être posées. La première tient à la nature de ce revenu : Hyperliquid capte les intérêts produits par les dépôts de ses utilisateurs, une ressource qui appartient économiquement à l’émetteur du stablecoin et à ses partenaires, redistribuée ici aux détenteurs du token de gouvernance. Le modèle fonctionne tant que Circle et Coinbase y trouvent leur compte.
La seconde porte sur l’effet réel des rachats. Retirer 4,5 % du flottant par an réduit l’offre disponible, sans créer de demande nouvelle. L’effet sur le prix dépend de ce que font les détenteurs existants, et du calendrier de déblocage des tokens encore non distribués, qui représentent près des trois quarts de l’offre maximale.
Et maintenant ?
Le rendez-vous du 3 octobre fournira la première mesure réelle du dispositif, en confrontant les estimations à un montant effectivement versé.
Deux éléments à surveiller d’ici là. La trajectoire des taux américains, d’abord, après le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole vendredi. Et l’évolution des dépôts en USDC sur la plateforme ensuite, qui déterminent l’assiette du rendement.
Le token s’échange autour de 80 dollars, après un plus haut historique atteint le 23 août et une progression de près de 40 % sur la semaine écoulée, portée autant par ce mécanisme que par les déclarations de Donald Trump sur une possible arrivée de la plateforme aux États-Unis.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.