Ce qu’il faut retenir :
- Le Trésor américain porte ses opérations de rachat de dette longue de 2 à au moins 4 milliards de dollars.
- Le rendement du 30 ans a reculé de 0,09 point à 5,2 % après l’annonce.
- Le taux à 30 ans avait atteint près de 5,34 % mardi, au plus haut depuis 2007.
Le Trésor américain a annoncé mercredi qu’il doublait au moins la taille de ses opérations de rachat de dette publique à long terme, après une vente massive qui a porté les coûts d'emprunt à leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs années. Les montants concernés passent de 2 à au moins 4 milliards de dollars sur les échéances de 10 à 20 ans et de 20 à 30 ans.
Nous augmentons, au moins du double, le volume des opérations de rachat destinées à soutenir la liquidité.
Un effet immédiat sur les taux
La réaction du marché a été franche. Le rendement du bon du Trésor à 30 ans a reculé de 0,09 point de pourcentage, à 5,2 %, après avoir atteint près de 5,34 % mardi, son plus haut niveau depuis 2007. Le taux à 10 ans, référence pour des milliers de milliards de dollars d’actifs dans le monde, a cédé 0,07 point, à 4,64 %.
Le mécanisme est simple : en rachetant ses propres titres, l’émetteur ajoute un acheteur au marché, ce qui soutient les prix et fait mécaniquement baisser les rendements. Le Trésor présente la mesure comme une volonté d’apporter davantage de liquidité à la partie longue de la courbe d’un marché de dette qui pèse 30 000 milliards de dollars.
Pourquoi Washington intervient maintenant
Trois pressions se conjuguent sur ce marché. La poussée d’inflation née de la guerre menée par Donald Trump en Iran, d’abord, avec un baril qui évolue autour de 91 dollars. Le poids croissant de la dette publique américaine ensuite. Et un troisième facteur, plus inattendu : la frénésie d'emprunts des entreprises technologiques pour financer l’intelligence artificielle, qui capte une part de l’épargne longue disponible.
“L’administration s’inquiète de la partie longue de la courbe et veut tenter d’enrayer la baisse”, résume Daniel Murray, directeur adjoint des investissements chez EFG International. Robert Tipp, stratégiste en chef des investissements chez PGIM, y voit un signal important adressé au marché sur la préoccupation du Trésor face à cette vente.
Le coût de la situation s’est déjà matérialisé. Lors d’une adjudication de titres à 30 ans la semaine dernière, les investisseurs ont exigé le rendement le plus élevé depuis 2001 pour souscrire.
Le financement de ces rachats pose une autre question
Les opérateurs anticipent une contrepartie. Le Trésor devrait financer ces rachats en émettant davantage de dette à court terme.
“Nous pourrions bien voir davantage d’émissions sur la partie courte pour des raisons de liquidité”, indique James Knightley, chef économiste international chez ING. Daniel Murray formule la même analyse : au vu du volume d’émissions nécessaire pour financer le déficit, l’opération implique un recours accru aux échéances courtes.
Le résultat revient à modifier la structure de la dette plutôt qu’à en réduire le montant. Un État qui se refinance davantage à court terme s’expose à repasser plus souvent devant le marché, donc à subir plus vite toute remontée des taux directeurs.
Et maintenant ?
L’effet de l’annonce s’est fait sentir en quelques heures, mais l’ampleur des montants engagés reste modeste au regard de la taille du marché. Quatre milliards de dollars de rachats face à 30 000 milliards d’encours relèvent davantage du signal que du soutien massif.
Deux éléments détermineront la suite. La trajectoire du baril, dont dépend l’ampleur du choc inflationniste. Et le rythme des émissions obligataires des géants technologiques, dont les besoins de financement pour les centres de données entrent en concurrence directe avec ceux de l’État fédéral.
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