Ce qu’il faut retenir :
- OpenAI a demandé mercredi à un tribunal californien de rejeter la plainte d’Apple pour vol de secrets industriels.
- L’entreprise qualifie la procédure de manœuvre destinée à freiner les départs de salariés.
- Une audience sur la demande d’injonction déposée par Apple est prévue en octobre.
OpenAI a demandé mercredi à un tribunal fédéral de Californie de rejeter la plainte pour vol de secrets industriels déposée par Apple, qu’elle décrit comme dénuée de fondement et servant de prétexte. Il s’agit de la première réponse juridique de l’entreprise dirigée par Sam Altman, accusée d’avoir utilisé des salariés actuels et anciens du fabricant d’iPhone pour dérober des informations sur ses projets matériels confidentiels.
Que reproche OpenAI à la plainte d’Apple ?
L’argument central porte sur les motivations. En engageant cette action, Apple chercherait à compenser ses faiblesses sur le marché des talents, sa difficulté à retenir ses employés et son incapacité à intégrer l’intelligence artificielle dans ses produits, avance OpenAI dans son mémoire.
L’entreprise appuie sa défense sur le droit californien, qui non seulement autorise mais encourage la mobilité des salariés, un principe auquel elle attribue la révolution technologique qui a fait la réputation mondiale des entreprises de cet État.
Sur le fond, OpenAI reproche à Apple de n’identifier aucune information confidentielle précise qui aurait été dérobée, par opposition aux éléments de parcours que n’importe quel employeur aborde lors d’un entretien d'embauche, comme l’expérience acquise sur des composants déjà disponibles sur le marché. Elle conteste également la qualification d’informations propriétaires appliquée aux données sur les fournisseurs, que l’on peut obtenir par des moyens légaux ou publics.
Des procédures de départ mises en cause
Or, la législation et les politiques californiennes non seulement autorisent, mais encouragent cette mobilité des salariés, à laquelle on attribue le mérite d’avoir alimenté la révolution technologique qui a fait des entreprises implantées dans cet État l’envie du monde entier.
La riposte vise directement l’organisation interne du fabricant. OpenAI décrit des procédures de sortie défaillantes chez Apple, à l’origine de communications ratées avec des salariés déjà partis.
Prenons le cas de l’ingénieur électricien Chang Liu. Apple l’accuse d’avoir extrait des fichiers confidentiels avant et après son arrivée chez OpenAI. Cette récupération avait été demandée et autorisée par Apple elle-même, réplique OpenAI, l’entreprise ayant sollicité l’intéressé pour retrouver des informations importantes sur son compte après l’avoir escorté vers la sortie dès l’annonce de sa démission.
OpenAI ajoute qu’Apple encourageait ses salariés à utiliser leurs comptes iCloud personnels pour leur travail, mélangeant données professionnelles et privées, sans gérer proprement les accès sur ses différents systèmes au moment des départs.
Le rôle de Tang Tan et de io Products
Deux salariés actuels d’OpenAI passés par Apple sont nommés dans la plainte, dont Tang Tan, son responsable matériel. Apple lui reproche d’avoir utilisé des entretiens d'embauche pour interroger des employés du groupe sur des projets secrets et les avoir incités à apporter des prototypes maison lors de ces rendez-vous. Le fabricant a depuis adressé des courriers juridiques à des dizaines de ses anciens salariés désormais chez OpenAI.
L’entreprise de Sam Altman a racheté l’an dernier io Products pour 6,4 milliards de dollars, le studio fondé par Jony Ive, ancien directeur du design d’Apple. Depuis sa création, des centaines de designers et d’ingénieurs d’Apple ont rejoint ce projet de nouvelle famille d’appareils pour l’ère de l’IA, écrit OpenAI dans son mémoire. Jony Ive n’est pas cité comme défendeur dans l’affaire.
Un appareil sans écran contre l’iPhone
Le contentieux prend son sens à la lumière du calendrier produit. OpenAI prépare le lancement de son propre appareil d’intelligence artificielle, un objet de la taille d’une paume de main, sans écran, capable de capter des signaux sonores et visuels de son environnement, comme le rapportait le Financial Times.
Les deux entreprises avaient pourtant scellé un partenariat il y a à peine deux ans pour intégrer des fonctions ChatGPT aux appareils Apple. Le fabricant s’est ensuite tourné vers Google en janvier, en adoptant les modèles Gemini pour alimenter Siri AI, un choix perçu comme un camouflet pour OpenAI, dont l’intégration reste malgré tout présente sur les appareils de la marque.
Et maintenant ?
Apple a demandé cette semaine au juge d’émettre une injonction interdisant à OpenAI d’utiliser les secrets industriels prétendument dérobés et ordonnant la conservation des preuves. Une audience est fixée en octobre.
Le dossier a été confié au juge Edward Davila, qui avait présidé en 2021 et 2022 le procès pénal d’Elizabeth Holmes et de Sunny Balwani, les anciens dirigeants de Theranos. Deux points structureront la suite : la décision sur le rejet demandé par OpenAI, et l’issue de la demande d’injonction, qui pourrait peser sur le calendrier de lancement de l’appareil.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.