Ce qu’il faut retenir :
- Micron a vu son bénéfice trimestriel bondir près de 15 fois, à 28,2 milliards de dollars, porté par la pénurie de mémoire pour l’IA.
- L’action a grimpé d’environ 16 %, entraînant les Bourses asiatiques et les contrats à terme américains à la hausse.
- Le groupe prévoit 50 milliards de dollars de ventes au trimestre en cours, loin au-dessus des attentes.
Micron a publié des résultats hors normes, avec un bénéfice trimestriel multiplié par près de 15. Le fabricant américain de puces mémoire a vu son résultat net bondir à 28,2 milliards de dollars sur son trimestre clos le 28 mai, contre 1,9 milliard un an plus tôt, dépassant les attentes de Wall Street d’environ 4 milliards. De quoi propulser l’action de près de 16 % et soulager un secteur des semi-conducteurs malmené quelques jours plus tôt, comme nous l’avions relaté.
Des chiffres qui pulvérisent les attentes
La performance dépasse tout ce qu’anticipait le marché. Le chiffre d’affaires a bondi d’environ 350 % à 41,5 milliards de dollars sur le trimestre, et le groupe vise quelque 50 milliards de dollars pour la période en cours, très au-dessus des 43,7 milliards attendus par les analystes. Signe de la rareté de ses produits, la marge brute ajustée de Micron a explosé à 84,9 %, contre 39 % un an plus tôt, et devrait grimper à 86 %. Valorisée autour de 1 300 milliards de dollars, l’entreprise a effacé d’un coup ses pertes de la semaine.
Pourquoi Micron explose-t-il ?
Nvidia a connu son « moment IA » il y a quelques années grâce à ses processeurs graphiques . . . aujourd’hui, la mémoire n’a jamais occupé une place aussi importante dans la pile informatique.
Tout part d’une pénurie. La mémoire est devenue le goulot d’étranglement de la construction des centres de données pour l’IA. Les puces de calcul de Nvidia ou d’AMD ont besoin de mémoire à haute bande passante (HBM), produite par une poignée de fabricants seulement, dont Micron, pour entraîner et faire tourner les grands modèles. Résultat, les prix s’envolent.
La demande est tirée par les géants de la tech. À eux seuls, Amazon, Meta, Microsoft et Alphabet, la maison mère de Google, prévoient de dépenser 725 milliards de dollars en infrastructures d’IA cette année. “La mémoire n’a jamais été aussi précieuse dans l’informatique”, résume Manish Bhatia, vice-président exécutif de Micron. Pour sécuriser ses approvisionnements, le groupe a signé 16 accords stratégiques de long terme avec ses plus gros clients. Fait inédit, certains incluent des paiements de plusieurs milliards de dollars versés d’avance, sur des contrats de trois à cinq ans, ce qui donne à Micron une visibilité rare sur sa demande future.
Une onde de choc sur les marchés asiatiques
Les résultats ont électrisé toute la filière. Les contrats à terme du Nasdaq 100 pointaient vers une hausse de 1,7 %, le Nikkei 225 japonais a pris plus de 4 %, et le fabricant Kioxia a encore gagné 8 %, portant sa flambée à environ 780 % depuis le début de l’année. En Corée du Sud, le Kospi a progressé de 5,5 % et SK Hynix de 11 %, le groupe ayant annoncé son intention de lever 29 milliards de dollars via une cotation à New York le mois prochain. Micron, SK Hynix et Samsung, qui se partagent le marché mondial de la mémoire, ont tous trois dépassé les 1 000 milliards de dollars de capitalisation cette année. L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie, lui, gagne près de 90 % depuis janvier malgré les soubresauts récents.
Le revers de la pénurie
Cette ruée vers la mémoire pour l’IA a un prix pour le reste du marché. Les fabricants réorientent leurs lignes de production vers la HBM des centres de données, au détriment des puces grand public, désormais plus rares. La semaine dernière, le patron d’Apple Tim Cook a prévenu que cette pénurie historique contraindrait l’entreprise à augmenter ses prix. Côté politique, Micron bénéficie de plus de 6 milliards de dollars de subventions publiques américaines au titre du Chips Act de 2022, et a lancé la production de ses puces les plus avancées dans son usine de Manassas, en Virginie.
Ce qu’il faut surveiller
La question est désormais celle de la durée. Tant que les géants de la tech déversent des centaines de milliards dans l’IA, le super-cycle de la mémoire peut se prolonger, et les marges de Micron rester à des niveaux inédits. Mais ces paris reposent sur une demande d’IA qui ne ralentit pas, l’inquiétude même qui avait fait plonger les puces en début de semaine. Pour les marchés, et par ricochet pour les actifs risqués comme la crypto, la santé du commerce de l’IA reste le juge de paix.
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