Ce qu’il faut retenir :
- L’or est tombé jeudi à un plus bas de six mois, vers son pire trimestre en près de dix ans.
- La guerre en Iran, les anticipations de hausse des taux et l’IPO de SpaceX pèsent sur le métal.
- Les spéculateurs et les particuliers se retirent, tandis que les banques centrales restent acheteuses nettes.
L’or ne joue plus son rôle de refuge. Le métal jaune est tombé jeudi matin à un plus bas de six mois, cédant plus de 1 % pour toucher 4 022 dollars l’once, son niveau le plus faible depuis fin novembre, avant de remonter légèrement autour de 4 085 dollars. Il se dirige vers son pire trimestre en presque une décennie, sous la pression conjuguée des tensions au Moyen-Orient, des anticipations de hausse des taux américains et de la méga-introduction en Bourse de SpaceX.
La guerre et les taux pèsent sur le métal
Depuis le début de la guerre en février, l’or a chuté de plus de 20 %. Le conflit a contraint certaines banques centrales à vendre du métal pour défendre leur monnaie, à l’image de la Turquie, qui a cédé ou échangé pour 20 milliards de dollars d’or, ou de la Russie. Surtout, la donne sur les taux a basculé : la flambée de l’inflation portée par le pétrole, que nous évoquions avec le bond à 4,2 % de mai, a fait passer les opérateurs d’une attente de deux ou trois baisses de taux à celle d’une hausse d’ici la fin de l’année.
Or, des taux plus élevés renchérissent le coût d’opportunité de détenir un actif qui ne rapporte aucun rendement, au profit des obligations d’État. Pour Peter Kinsella, de la banque UBP, le mécanisme est simple : « Tout mouvement de réduction du risque se traduit par des ventes d’or. »
Les méga-IPO siphonnent les liquidités
Autre vent contraire : la ruée vers les grandes introductions en Bourse. Celle de SpaceX, attendue vendredi, pourrait peser davantage encore sur l’or, alors qu’Anthropic et OpenAI préparent eux aussi leur cotation. Pour l’analyste Tom Price, de Panmure Liberum, les investisseurs cherchent désormais ailleurs « la prochaine grande affaire », et SpaceX en est l’incarnation.
Chez Jefferies, Mohit Kumar voit dans ces méga-opérations « un événement de drainage de liquidités » à court terme, qui pèse à la fois sur l’or et sur les cryptos. Comme nous l’évoquions, l’or et le bitcoin reculent désormais de concert, frappés par les mêmes forces.
Sorties des ETF, mais banques centrales toujours acheteuses
Le retournement des particuliers accentue la baisse. La vague d’intérêt pour l’or et l’argent avait nourri un marché haussier historique, le cours de l’or ayant doublé en deux ans au plus fort de l’engouement. Mais les investisseurs particuliers ont fait machine arrière, avec des sorties nettes de 55 tonnes des ETF adossés à l’or entre mars et mai, mettant fin à neuf mois consécutifs de collecte.
Un signal qui fait écho aux sorties des ETF bitcoin. À l’échelle mondiale, les banques centrales restent toutefois acheteuses nettes : l’or a même dépassé les bons du Trésor américain comme premier actif de réserve par sa valeur fin 2025, selon la BCE.
Et maintenant ?
L’or et le bitcoin subissent le même sort, punis ensemble par la remontée des taux, la réduction du risque et l’aspiration des liquidités vers les grandes IPO. Deux rendez-vous domineront les prochains jours : l’introduction de SpaceX vendredi et la réunion de la Fed la semaine prochaine. La demande structurelle des banques centrales pourrait constituer un plancher, mais tant que les spéculateurs fuient, la perspective d’un pire trimestre en dix ans reste d’actualité.
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