Inflation de gros aux États-Unis : bond à 6 % en avril, le pire depuis la guerre en Ukraine

Le PPI américain bondit à 6 % en avril, bien au-dessus des attentes. Le diesel frôle son record, le fret augmente de 8,1 %. La Fed évoque une hausse des taux.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Inflation : l’indice des prix à la production (PPI) américain a bondi à 6 % en avril, son plus haut niveau depuis décembre 2022, contre 4,3 % en mars et bien au-dessus des 4,8 % attendus.
  • Le transport de fret a augmenté de 8,1 %, le diesel frôle son record à 5,66 $ le gallon, et l’inflation sous-jacente des producteurs atteint 4,4 %, signe d’une diffusion au-delà de l’énergie.
  • Une responsable de la Fed de Boston évoque pour la première fois un scénario de hausse des taux pour combattre l’inflation, quelques jours avant la prise de fonction de Kevin Warsh.

L’inflation de gros explose aux États-Unis. L’indice des prix à la production (PPI) a grimpé à 6 % en glissement annuel en avril, contre 4,3 % en mars et 3,4 % en février avant le déclenchement de la guerre en Iran. Le chiffre, publié mercredi par le Bureau of Labor Statistics, dépasse largement les 4,8 % anticipés par le consensus Bloomberg. C’est le niveau le plus élevé depuis décembre 2022, quand l’économie subissait le choc de l’invasion russe de l’Ukraine.

Le diesel contamine toute l’économie

La hausse est tirée par les prix des carburants, mais sa portée dépasse le seul secteur énergétique. “Tout ce que vous achetez finit sur un camion quelque part, et ces camions roulent essentiellement au diesel. On voit l’influence généralisée de l’énergie dans toute l’économie”, a déclaré Brett Ryan de Deutsche Bank. “L’été ne s’annonce pas agréable pour les consommateurs américains.”

L’essence atteint 4,51 $ le gallon, le diesel 5,66 $, proche de son record historique. Le coût du transport de fret a augmenté de 8,1 % en avril. Des données distinctes du département de l’Énergie publiées mercredi montrent des ponctions sur les stocks de brut et d’essence plus importantes que prévu, renforçant la pression sur les prix.

L’inflation sous-jacente accélère aussi

Le signal le plus alarmant pour la Fed vient de l’inflation sous-jacente des producteurs (hors alimentation, énergie et services commerciaux), qui grimpe à 4,4 % contre 3,7 % en mars. Cette accélération confirme que les coûts énergétiques se transmettent aux autres secteurs de l’économie.

EJ Antoni, économiste à la Heritage Foundation, estime que la hausse des prix de l’énergie “contamine” le reste de l’économie :

Même si l’essence et le diesel ont atteint leur pic, la plupart des autres prix continueront de monter pendant des mois.

Joseph Brusuelas, du cabinet RSM, qualifie le chiffre de “brûlant” et prévient qu’“il faudra du temps avant que l’inflation atteigne son pic”.

La Fed évoque une hausse des taux

Les prix de gros sont souvent considérés comme un indicateur avancé de l’inflation à la consommation, qui a déjà atteint 3,8 % en avril (CPI). La combinaison des deux lectures place la Fed dans une position de plus en plus inconfortable.

Susan Collins, présidente de la Fed de Boston et membre du FOMC, a déclaré mercredi qu’elle pouvait désormais “envisager un scénario” où la banque centrale devrait relever ses taux. Si ce n’est pas son “scénario de base, il est désormais possible de voir un résultat “qui nécessite un resserrement de politique monétaire”.

Collins a ajouté que le choc énergétique avait “négativement affecté ses perspectives pour l’activité réelle et l’inflation”, avec des risques orientés à la baisse pour la croissance et à la hausse pour les prix. Une dynamique de stagflation que la Fed avait espéré éviter.

Les rendements obligataires sous tension

Les rendements du Treasury à 10 ans ont brièvement touché 4,5 % mercredi, leur plus haut depuis juillet, avant de se stabiliser à 4,49 %. Le 30 ans a frôlé 5,06 %. Le Trésor doit adjuger 25 milliards de dollars de dette à 30 ans mercredi après-midi, un test de la demande des investisseurs dans un contexte inflationniste.

Ce qu’il faut surveiller

Kevin Warsh prendra les rênes de la Fed dans quelques jours, héritant d’un dilemme qui s’aggrave de mois en mois. Un PPI à 6 % et un CPI à 3,8 % dans un contexte de croissance modérée (2 % au T1) placent la banque centrale face à un choix impossible : relever les taux pour casser l’inflation au risque de précipiter une récession, ou maintenir le statu quo et laisser les prix s'emballer.

Le sommet Trump-Xi à Pékin, qui pourrait déboucher sur une avancée sur l’Iran et une baisse du pétrole, reste le seul facteur capable de changer la donne inflationniste à court terme.

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