Ce qu’il faut retenir :
- L’inflation américaine a atteint 3,3 % en mars, contre 2,4 % en février, son plus haut niveau depuis mai 2024.
- Les prix de l’essence ont bondi de 21,2 % en un mois, la plus forte hausse mensuelle enregistrée depuis 1967.
- L’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) reste contenue à 2,6 %, mais les analystes anticipent une contagion aux autres secteurs.
L’inflation américaine a grimpé à 3,3 % en mars, propulsée par la flambée des prix de l’énergie liée à la guerre au Moyen-Orient. Le chiffre, publié vendredi par le Bureau of Labor Statistics, marque la première mesure officielle de l’impact du conflit Iran-États-Unis sur les prix à la consommation depuis le début des hostilités fin février.
L’essence en première ligne
Les prix à la pompe ont explosé de 21,2 % en un mois, du jamais vu dans les statistiques du BLS depuis au moins 1967. Le brut américain est passé d’environ 70 dollars le baril au début du conflit à plus de 110 dollars ces dernières semaines, après la fermeture de facto du détroit d’Ormuz par l’Iran. Le gallon d’essence a dépassé les 4 dollars aux États-Unis.
Sur un mois, les prix à la consommation ont bondi de 0,9 % entre février et mars. La hausse annuelle de 3,3 % reste toutefois légèrement inférieure aux 3,4 % anticipés par le consensus Bloomberg. Les marchés ont accueilli ce léger écart avec un soulagement modéré : les contrats à terme sur le S&P 500 et le Nasdaq 100 progressaient de 0,2 % et 0,3 % avant l’ouverture. Le rendement du Treasury à 2 ans reculait légèrement à 3,75 %.
L’inflation sous-jacente encore épargnée
L’inflation core (hors alimentation et énergie) n’a progressé que de 2,5 % à 2,6 %, un peu moins que prévu. Le choc pétrolier ne s’est pas encore propagé au reste de l’économie. Mais les analystes préviennent que ce répit sera bref.
“Jusqu’ici, le choc a eu peu d’impact sur les prix hors énergie. Cela va probablement changer bientôt”, a averti Bernd Weidensteiner, analyste chez Commerzbank. Les coûts de transport et les prix agricoles devraient absorber la hausse du carburant dans les prochains mois.
Mike Reid, analyste chez RBC, a résumé le mécanisme : quand les ménages dépensent plus en essence, ils réduisent leurs dépenses ailleurs. L’effet ricoche dans toute l’économie.
La Fed prise en étau
Les minutes de la dernière réunion de la Réserve fédérale, publiées mercredi, ont révélé un débat interne sur la marche à suivre. Les responsables s’interrogent : un conflit prolongé justifie-t-il une hausse des taux pour contenir l’inflation, ou une baisse pour soutenir l’activité économique ?
Steven Blitz, économiste en chef chez GlobalData TS Lombard, a tranché le dilemme en termes clairs : la Fed ne peut pas baisser les taux tant qu’elle ne connaît pas la durée du choc énergétique.
Quoi qu’il arrive avec le cessez-le-feu, il y aura une prime de risque dans les prix de l’énergie qui n’existait pas avant la guerre.
Le cessez-le-feu fragile entre Washington et Téhéran a fait reculer les cours du brut cette semaine, mais le trafic dans le détroit d’Ormuz reste très limité. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a prévenu qu’il n’y aurait pas de retour propre au statu quo, même si la trêve tient.
Ce qu’il faut surveiller
Ce chiffre d’inflation constitue un risque politique majeur pour Donald Trump à six mois des élections de mi-mandat. Ses cotes d’approbation ont chuté depuis le début de son second mandat.
Pour les marchés et les actifs risqués, l’équation est double : une inflation persistante repousse les espoirs de baisse de taux de la Fed, mais un dollar affaibli par l’instabilité géopolitique peut jouer en faveur des actions et du Bitcoin comme couverture. Pour le moment, la hausse reste sous les attentes et permet de propulser les marchés à la hausse, mais pour combien de temps ?
Le prochain rapport CPI (données d’avril) reflétera l’intégralité du choc sur les prix de l’essence et donnera une image plus complète de la contagion aux autres secteurs.
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