Ce qu’il faut retenir :
- Intel débourse 14,2 milliards de dollars pour reprendre les 49 % de sa Fab 34 en Irlande, vendue à Apollo en 2024 pour 11,2 milliards.
- L’opération sera financée par la trésorerie et 6,5 milliards de dollars de nouvelles émissions de dette.
- L’action Intel a bondi de 8 % à l’annonce, portée par la demande croissante de ses processeurs dans les charges de travail d’IA agentique.
Intel reprend le contrôle total de sa plus importante usine européenne. Le fabricant de semi-conducteurs a annoncé ce mercredi un accord définitif pour racheter la participation de 49 % détenue par Apollo Global Management dans la Fab 34 de Leixlip, en Irlande, pour 14,2 milliards de dollars. Le fonds d’investissement avait acquis cette part pour 11,2 milliards en 2024, à une époque où Intel luttait pour sa survie financière.
Un retournement spectaculaire en moins de deux ans
En 2024, Intel traversait l’une des pires crises de son histoire. Des revers techniques répétés, un retard abyssal sur TSMC en gravure avancée et des pertes colossales dans sa division fonderie avaient contraint le groupe à vendre près de la moitié de son joyau industriel irlandais. L’accord avec Apollo, structuré comme une coentreprise, permettait à Intel de conserver 51 % et le contrôle opérationnel tout en récupérant un cash vital pour financer ses plans d’expansion.
Depuis, la situation a radicalement changé. En août 2025, l’administration Trump a pris une participation de 10 % dans Intel via un investissement de 8,9 milliards de dollars, financé par les fonds du CHIPS Act et le programme Secure Enclave. SoftBank a injecté 2 milliards de dollars supplémentaires, suivi par Nvidia qui a bouclé un investissement stratégique de 5 milliards de dollars en décembre 2025, devenant l’un des plus gros actionnaires d’Intel avec environ 4,4 % du capital.
Résultat : le cours d’Intel a plus que doublé depuis la prise de participation gouvernementale. L’action a bondi de 8 % supplémentaires mercredi à l’ouverture des marchés après l’annonce du rachat.
L’IA agentique, nouveau moteur de croissance
Au-delà du redressement financier, Intel profite d’un changement de dynamique sur le marché de l’IA. Si Nvidia domine sans partage le segment des GPU pour l’entraînement de modèles, la montée en puissance de l’IA agentique, ces systèmes autonomes capables d’exécuter des tâches complexes sans intervention humaine, crée une demande inédite pour les processeurs centraux (CPU), le terrain historique d’Intel.
Les CPU sont essentiels pour orchestrer les flux de travail des agents IA, gérer les interactions avec les systèmes d’exploitation et traiter les charges de travail d’inférence à faible latence. Les processeurs Intel Core Ultra et Intel Xeon 6, fabriqués précisément dans la Fab 34 sur les technologies de gravure Intel 4 et Intel 3, sont au cœur de cette demande.
David Zinsner, directeur financier d’Intel, a souligné que l’accord de 2024 avec Apollo avait offert “une flexibilité significative” au moment où le groupe en avait le plus besoin.
Aujourd’hui, nous avons un bilan plus solide, une discipline financière renforcée et une stratégie d’entreprise qui a évolué.
Une opération rentable pour Apollo
Pour Apollo, l’opération constitue un succès financier. Le fonds dégage un rendement estimé entre 10 et 15 % (low to mid-teens), selon des sources proches du dossier, sur ce qui fut la plus grosse transaction de financement de son histoire. Apollo avait mobilisé sa filiale d’assurance Athene pour fournir une partie du capital, selon les documents réglementaires.
Le modèle d’Apollo consiste à créer des structures de coentreprise pour financer des projets d’investissement massifs, en les maintenant hors bilan pour alléger la charge financière du partenaire industriel. Le fonds a appliqué cette approche avec des groupes comme AB InBev, Air France-KLM et EDF ces dernières années.
Jamshid Ehsani, associé chez Apollo, a estimé que le partenariat avait débuté “à un moment clé de la feuille de route de fabrication avancée d’Intel, où notre capital stratégique de long terme a joué un rôle significatif dans l’accélération de la production de puces de nouvelle génération”.
Ce qu’il faut surveiller
Intel prévoit de financer le rachat par sa trésorerie et environ 6,5 milliards de dollars de nouvelles émissions de dette. Le groupe estime que l’opération sera relutive sur le bénéfice par action et renforcera son profil de crédit à partir de 2027.
Les résultats du premier trimestre 2026, attendus le 23 avril, donneront une première indication de l’impact de la demande IA agentique sur les revenus. La question stratégique reste de savoir si Intel parviendra à attirer des clients externes pour sa technologie de gravure 14A, un enjeu que les analystes considèrent comme décisif pour la viabilité à long terme de sa fonderie.
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