Ce qu’il faut retenir :
- Donald Trump a déclaré vouloir « prendre le pétrole en Iran » et envisage la saisie de l’île de Kharg, hub d’exportation de 90 % du brut iranien.
- Le Brent a bondi au-dessus de 116 $ le baril ce lundi, soit une hausse de plus de 55 % sur le mois de mars.
- Des négociations indirectes entre Washington et Téhéran via le Pakistan se poursuivent, avec une échéance fixée au 6 avril.
Donald Trump a affirmé ce dimanche dans une interview accordée au Financial Times que les États-Unis pourraient « prendre le pétrole en Iran », ouvrant la porte à une saisie militaire de l’île de Kharg, terminal pétrolier stratégique situé dans le golfe Persique. Le Brent a immédiatement réagi en franchissant les 116 $ le baril ce lundi matin en Asie, un niveau inédit depuis le début du conflit.
L’île de Kharg, nerf économique de Téhéran
L’île de Kharg, un affleurement corallien de 8 kilomètres de long situé à 25 km des côtes iraniennes, concentre à elle seule environ 90 % des exportations de pétrole brut de l’Iran. La quasi-totalité de la production issue des grands champs pétroliers du pays transite par des pipelines sous-marins jusqu’à ce terminal, ce qui en fait une cible aussi stratégique que risquée.
Trump a comparé cette opération potentielle à la prise de contrôle du secteur pétrolier au Venezuela, où Washington entend gérer l’industrie « indéfiniment » depuis la capture de Nicolás Maduro en janvier.
Pour être honnête avec vous, ce que je préfère, c’est prendre le pétrole en Iran, mais des gens stupides aux États-Unis disent : “pourquoi faites-vous ça ?” Ce sont des gens stupides.
10 000 soldats déployés, mais une opération à haut risque
Le Pentagone a ordonné le déploiement de 10 000 soldats entraînés pour saisir et tenir un territoire. Environ 3 500 militaires sont déjà arrivés dans la région vendredi, dont 2 200 Marines. Un contingent supplémentaire de 2 200 Marines est en route, accompagné de troupes de la 82e division aéroportée.
Trump a toutefois nuancé ses propos, reconnaissant qu’une telle opération impliquerait une présence prolongée. « Peut-être qu’on prend Kharg, peut-être pas. On a beaucoup d’options », a-t-il confié au Financial Times, ajoutant que la défense iranienne sur l’île serait selon lui inexistante.
Les analystes militaires sont nettement moins optimistes. La Foundation for Defense of Democracies a averti qu’une saisie de Kharg risquerait davantage d’élargir et de prolonger le conflit que de le résoudre. L’Iran conserve des capacités de missiles et de drones suffisantes pour atteindre l’île, et toute présence au sol exposerait les forces américaines à des pertes susceptibles d’accroître la pression politique sur la Maison-Blanche.
Le pétrole en zone de tempête : +55 % sur le mois de mars
Le conflit américano-israélien contre l’Iran a propulsé les prix du brut à des niveaux que plus personne n’anticipait début 2026. Le Brent affiche une hausse de plus de 55 % sur le seul mois de mars, sa plus forte progression mensuelle jamais enregistrée. Le WTI, référence américaine, a franchi les 101 $ le baril.
Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole, reste le principal catalyseur de cette envolée. L’Iran interdit le passage des navires ne transportant pas de brut iranien, paralysant les exportations des pays du Golfe. L’Asie est la première zone touchée par la raréfaction des stocks, et JPMorgan prévient que l’Afrique et l’Europe pourraient être davantage affectées dès avril.
Des négociations en parallèle des menaces
Malgré cette rhétorique offensive, Trump a assuré que les négociations indirectes avec l’Iran, menées par l’intermédiaire d’émissaires pakistanais, progressaient. Le président américain a fixé au 6 avril la date limite pour que Téhéran accepte un accord mettant fin à la guerre, sous peine de frappes sur son secteur énergétique.
Trump a affirmé que l’Iran avait autorisé le passage de 20 pétroliers battant pavillon pakistanais à travers le détroit d’Ormuz en signe de bonne volonté, doublant un premier geste de 10 navires la semaine précédente. Il a attribué cette décision à Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement iranien. Côté iranien, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a contesté ce lundi l’existence de négociations directes, qualifiant la liste de 15 exigences américaines de « largement excessives et irréalistes ».
Le président américain a par ailleurs affirmé que l’Iran avait déjà subi un « changement de régime » de facto, le guide suprême Ali Khamenei et de nombreux hauts responsables ayant été tués dans les frappes. Quant à Mojtaba Khamenei, fils et successeur désigné à la tête de la République islamique, Trump a déclaré qu’il était « soit mort, soit dans un état extrêmement grave ». Téhéran maintient que le nouveau chef de l’État est sain et sauf.
Ce qu’il faut surveiller
L’échéance du 6 avril constitue le prochain point de bascule. Si aucun accord n’est trouvé, Washington pourrait frapper directement les infrastructures pétrolières de Kharg, voire lancer une opération terrestre.
Un tel scénario propulserait le Brent bien au-delà des 120 $, avec des répercussions immédiates sur les prix à la pompe en Europe et en Asie. À l’inverse, une percée diplomatique pourrait déclencher une détente rapide sur les marchés de l’énergie. Les marchés crypto, sensibles aux chocs macroéconomiques, resteront eux aussi sous tension tant que la visibilité sur le conflit restera aussi faible.
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