Ce qu’il faut retenir :
- Les traders évaluent à près de 50 % la probabilité d’une hausse de taux de la Fed d’ici octobre
- Le conflit au Moyen-Orient a fait bondir le pétrole de 50 % et relancé les craintes inflationnistes
- Ce retournement contredit frontalement les appels de Donald Trump à baisser les taux
Il y a encore trois semaines, les marchés anticipaient deux à trois baisses de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) d’ici la fin de l’année. Ce scénario est en train de voler en éclats. Vendredi, les contrats à terme sur les Fed Funds donnaient près de 50 % de chances à une hausse d’un quart de point d’ici octobre, un retournement spectaculaire alimenté par les retombées inflationnistes de la guerre en Iran.
Le choc pétrolier change la donne
Le conflit au Moyen-Orient, entré dans sa troisième semaine, a profondément modifié les équilibres macroéconomiques. La fermeture du détroit d’Ormuz perturbe toujours le transit mondial de brut. Le Brent a bondi d’environ 50 % depuis le début des hostilités, et les anticipations d’inflation à un an aux États-Unis ont progressé de plus d’un point de pourcentage depuis janvier. L’inflation des prix à la consommation s’établissait à 2,4 % en février, mais le choc énergétique en cours pourrait la pousser nettement plus haut.
Le rendement du Treasury à 2 ans, particulièrement sensible aux anticipations de politique monétaire, a grimpé jusqu’à 3,94 % vendredi, à proximité de son plus haut sur 12 mois. Depuis le début du conflit, il a progressé de 0,5 point de pourcentage.
“Le sentiment des investisseurs sur la Fed est en train de changer. Les marchés suggèrent que ce conflit sera beaucoup plus prolongé”, a déclaré Subadra Rajappa, responsable de la recherche américaine chez Société Générale.
Un scénario embarrassant pour Trump
Une hausse des taux, si elle se concrétisait, porterait un coup sévère à la campagne menée par le président Donald Trump en faveur d’un assouplissement monétaire. Le président de la Fed, Jay Powell, a reconnu cette semaine que le conflit au Moyen-Orient poussera l’inflation à la hausse, mais les responsables de la banque centrale tablent en moyenne sur une seule baisse d’un quart de point cette année. L’arrivée prochaine de Kevin Warsh à la tête de la Fed, perçu comme plus accommodant que Powell, avait initialement renforcé les espoirs de détente monétaire. Le choc géopolitique complique considérablement cette perspective.
Un signal de marché, pas une certitude
Tous les observateurs ne prennent pas ce repricing au pied de la lettre. Blake Gwinn, responsable de la stratégie taux chez RBC Capital Markets, estime que le mouvement reflète un changement de perception des traders, mais “ne constitue pas une représentation fidèle de ce que les gens pensent que la Fed fera réellement”. Il juge que les anticipations de marché se sont “détachées des fondamentaux”.
Le risque d’une hausse de taux dans un contexte de ralentissement du marché du travail américain reste en effet un exercice d’équilibriste périlleux : resserrer la politique monétaire pour contenir l’inflation importée pourrait infliger des dégâts sérieux à l’économie réelle.
Ce qu’il faut surveiller
L’évolution du conflit iranien et son impact sur les prix de l’énergie resteront le premier déterminant des anticipations de marché dans les semaines à venir. Si le Brent se maintient au-dessus des 100 dollars, la pression sur la Fed pour agir sur l’inflation s’intensifiera, quel que soit l’état du marché de l'emploi. La prochaine réunion du FOMC et les premières déclarations de Kevin Warsh en tant que futur président seront scrutées de très près.
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