Ce qu’il faut retenir :
- Strategy demande le retrait d’une proposition de MSCI qu’elle juge discriminatoire et arbitraire.
- Le texte viserait les sociétés dont les actifs opérationnels représentent moins de 50 % du total.
- La consultation se clôt le 30 septembre, pour une décision annoncée le 16 octobre.
Strategy s’est formellement opposée à la proposition de MSCI visant à écarter certaines sociétés dites non opérationnelles de ses indices mondiaux, en y voyant une tentative déguisée d’en exclure les entreprises de trésorerie en actifs numériques.
Dans une lettre publiée lundi et signée par Michael Saylor, président exécutif, et Phong Le, directeur général, l’entreprise qualifie cette consultation de “discriminatoire, arbitraire et malavisée” et en réclame le retrait.
Ce que prévoit la proposition de MSCI
Le fournisseur d’indices a ouvert le mois dernier une consultation portant sur un mécanisme de filtrage en deux temps.
Les entreprises dont les actifs opérationnels représentent moins de 50 % de leur actif total seraient soumises à cinq examens supplémentaires, fondés sur des ratios financiers. Le déclenchement d’au moins quatre signaux rendrait la société inéligible aux indices.
Ce texte prolonge un examen engagé en 2025 sur le maintien des sociétés de trésorerie crypto dans ces indices. Après les protestations du secteur, MSCI avait décidé en janvier de ne pas les exclure et de revoir ses critères.
Une simulation menée sur les données de mai 2026 désignait Strategy, Metaplanet et la société d’investissement dans l’uranium Yellow Cake pour une suppression immédiate, et plaçait SharpLink sur une liste de surveillance.
Les arguments avancés par Strategy
L’entreprise conteste d’abord la solidité juridique du critère retenu. Les notions d’actif opérationnel et non opérationnel ne sont définies ni par les normes comptables américaines, ni par les normes internationales, ni par les tests existants du droit boursier.
Elle relève ensuite une contradiction sur le traitement de ses bitcoins. MSCI les considère comme des actifs non opérationnels, alors que Strategy présente sa trésorerie en bitcoin comme un segment opérationnel et comptabilise les gains et pertes associés en charges d’exploitation, à la suite d’échanges avec la SEC.
Le troisième argument porte sur la sélectivité du dispositif. Le test épargnerait d’autres activités riches en actifs, comme les sociétés foncières, les exploitants forestiers ou les infrastructures énergétiques, en concentrant son effet sur les seules sociétés de trésorerie numérique.
“Cette proposition n’aurait aucun effet significatif sur l’activité de Strategy”, écrit l’entreprise, mais elle abîmerait la réputation de neutralité et de fiabilité du fournisseur d’indices.
À défaut d’un retrait, la société demande trois garanties : que toute règle ne s’applique qu’aux documents publiés après sa finalisation, qu’elle repose sur des normes comptables ou juridiques reconnues, et qu’elle s’accompagne d’un compte rendu de consultation ainsi que d’une justification objective de la distinction entre activités opérationnelles et non opérationnelles.
Pourquoi l’enjeu dépasse la polémique
Une exclusion d’indice ne relève pas du symbole. Les fonds indiciels qui répliquent ces paniers sont contraints de céder les titres qui en sortent, quel que soit leur avis sur l’entreprise.
Prenons le fonds souverain norvégien. Son exposition indirecte au bitcoin a atteint un record de 11 549 unités au premier semestre, dont 86 % via sa participation dans Strategy, pour environ 622 millions de dollars. Ce type de position découle d’une réplication d’indice, pas d’un choix d’allocation sur le bitcoin.
Et maintenant ?
Le calendrier est fixé. MSCI recueille les contributions jusqu’au 30 septembre, annoncera sa décision le 16 octobre, et tout changement prendrait effet en décembre.
Le contexte financier de l’entreprise s’est par ailleurs éclairci ces derniers jours. L’action a gagné 4,42 % lundi, à 132,94 dollars, le même jour que l’annonce de l’acquisition de 4 603 bitcoins la semaine dernière, à un prix moyen de 80 318 dollars.
La question de fond posée par cette consultation reste entière, et elle dépasse le cas de Strategy. Un indice boursier sert à représenter une économie productive. Savoir si une société dont l’actif principal est un stock d’actifs financiers y a sa place relève d’un arbitrage de méthode, que MSCI devra désormais justifier sur des critères objectifs.
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