Ce qu’il faut retenir :
- Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a promis que les alliés européens se rallieraient à l’appel de Trump pour sécuriser le détroit d’Ormuz, provoquant la colère de plusieurs capitales.
- L’UE a collectivement rejeté cet appel, sa cheffe de la diplomatie Kaja Kallas déclarant que “ce n’est pas notre guerre”.
- Marco Rubio se rend vendredi à Versailles pour tenter de convaincre les ministres du G7 de soutenir la stratégie américaine en Iran.
Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a déclenché une vague d’irritation dans les capitales européennes en apportant un soutien sans ambiguïté à l’offensive américaine contre l’Iran et en suggérant que les alliés européens finiraient par “se rassembler” pour déployer des moyens navals dans le détroit d’Ormuz. Ce goulet stratégique, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est bloqué par l’Iran depuis le début du conflit le 28 février.
Un grand écart entre Bruxelles et les capitales européennes
Le positionnement de Rutte contraste violemment avec celui de la majorité des gouvernements européens. L’UE, dont tous les membres sauf trois appartiennent aussi à l’OTAN, a collectivement rejeté la semaine dernière l’appel de Trump à rejoindre une armada dans le détroit. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a tranché : “Ce n’est pas notre guerre.” L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont fait écho à cette position. Madrid a même annoncé le blocage de l’accès des forces américaines à ses bases pour les missions contre l’Iran.
“Cela nous met dans une position vraiment délicate et inconfortable”, a confié un diplomate européen au Financial Times.
Nous voulons montrer notre bonne volonté, mais il est aussi vrai que nous ne sommes pas en mesure de nous impliquer de quelque manière que ce soit.
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a été plus direct mardi, qualifiant le conflit de “désastre politique“ et de “guerre véritablement évitable et inutile”. Du côté français, le chef d’état-major des armées Fabien Mandon a pointé le fait que les États-Unis deviennent “de plus en plus imprévisibles” et ne prennent plus la peine d’informer leurs alliés avant de lancer des opérations militaires.
Rutte, l’homme qui murmure à l’oreille de Trump
Le secrétaire général de l’OTAN s’est forgé un rôle d’interlocuteur privilégié de Donald Trump, cherchant systématiquement à maintenir l’engagement américain dans l’Alliance atlantique. Dimanche, sur CBS, il a qualifié l’offensive de “cruciale” et déclaré que Trump agissait “pour rendre le monde entier plus sûr”. Selon lui, 22 pays, membres de l’OTAN ou partenaires extérieurs (dont le Japon, l’Australie, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis et Bahreïn), se sont engagés à planifier la sécurisation du détroit.
Trump n’a pas ménagé ses alliés. Il a traité les membres de l’OTAN de “LÂCHES” et averti que sans les États-Unis, l’Alliance n’était qu’un “tigre de papier”. Il a également lié explicitement la question iranienne au soutien américain à l’Ukraine, dans une logique de donnant-donnant qui exaspère les Européens.
Trois diplomates européens de pays membres de l’OTAN ont confié au FT leur préoccupation face à la divergence entre les propos de Rutte et la position majoritaire des capitales. S’ils ne voyaient pas de raison de critiquer frontalement Trump, ils n’approuvaient pas non plus l’idée d’endosser sa décision d’entrer en guerre.
Le choc énergétique au cœur du dilemme européen
L’ironie de la situation n’échappe à personne : l’Europe refuse de s’impliquer militairement dans un conflit dont elle subit de plein fouet les conséquences économiques. Le Brent a culminé à 119 $ le baril jeudi dernier avant de redescendre autour de 100 à 103 $, un niveau qui alimente l’inflation et pèse sur la croissance du continent. Morgan Stanley a averti d’un scénario de “stagflation chaotique” liée au choc pétrolier.
Certains responsables européens rejettent d’ailleurs en privé la formule “ce n’est pas notre guerre”. “Les conséquences sont les nôtres, donc le conflit est le nôtre”, a estimé un officiel, ajoutant que plusieurs capitales étaient en contact avec des pays du Moyen-Orient pour trouver une issue diplomatique. Paris a notamment signalé une disposition à participer à des patrouilles navales dans le détroit après la fin des hostilités.
Ce qu’il faut surveiller
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio se rend vendredi à Versailles pour la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, son premier déplacement à l’étranger depuis le début du conflit. L’objectif affiché : convaincre des alliés sceptiques de soutenir la stratégie américaine. La tension entre solidarité atlantique et refus de cautionner une guerre jugée “évitable” par Berlin s’annonce comme le test le plus sérieux de l’unité de l’OTAN depuis le début de la présidence Trump. Sur Polymarket, les traders assignent une probabilité de 62 % à un cessez-le-feu avant le 30 juin.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.