Ce qu’il faut retenir :
- Le Brent gagne 2,1 % et dépasse 100 dollars le baril, un niveau plus vu depuis le 24 juillet.
- Les forces américaines affirment avoir détruit cinq pétroliers iraniens mardi.
- Le cours avait culminé à 126 dollars fin avril avant de retomber à 70 après le cessez-le-feu de juillet.
Le Brent a dépassé mercredi les 100 dollars le baril, en hausse de 2,1 %, pour la première fois depuis le 24 juillet. La référence internationale du pétrole réagit à l’escalade au Moyen-Orient et aux craintes qu’elle fait peser sur l’approvisionnement mondial.
L’enchaînement des dernières quarante-huit heures
Les États-Unis et l’Iran s’affrontent pour le contrôle du détroit d’Ormuz, avec des frappes réciproques visant le trafic maritime.
Mardi, les forces américaines ont affirmé avoir détruit cinq pétroliers iraniens. Le commandement central américain présente ces frappes comme une riposte aux tirs de missiles balistiques des Gardiens de la révolution contre un navire de guerre américain, à deux reprises au cours des deux derniers jours.
Téhéran a annoncé mercredi matin avoir visé en retour deux navires américains et huit pétroliers, en leur infligeant de lourds dégâts. Les Gardiens de la révolution affirment par ailleurs avoir pris pour cible dix navires ayant tenté de franchir ce qu’ils décrivent comme la zone interdite et dangereuse du détroit.
Le même corps revendique des frappes de missiles balistiques sur la base aérienne américaine d’Al-Azraq, en Jordanie, où auraient été touchés des hangars de maintenance, des installations de préparation et des abris pour avions de chasse.
Une trajectoire en dents de scie depuis six mois
Le parcours du baril résume l’évolution du conflit.
Le cours avait atteint 126 dollars fin avril, au plus fort des hostilités, avant de retomber à 70 dollars après l’accord de cessez-le-feu conclu début juillet.
La remontée s’étale sur les six dernières semaines, à mesure que les attaques contre le trafic maritime se poursuivaient et que l’hypothèse d’une résolution rapide s’éloignait.
Le risque d’une nouvelle pénurie
Opérateurs et analystes mettent en garde contre un resserrement de l’offre, dans un contexte où les États puisent dans leurs réserves stratégiques.
Ce point mérite attention. Ces réserves ont amorti le choc des premiers mois de conflit, mais elles constituent un tampon fini. Plus elles s’épuisent, moins il reste d’instruments pour contenir une hausse des prix, et plus le marché devient sensible à chaque incident.
Ce que cela signifie pour les taux
L’effet dépasse les stations-service. Un baril à 100 dollars alimente l’inflation à un moment où trois banques centrales préparent des décisions.
Les chiffres publiés la semaine dernière montrent déjà cette transmission. L’inflation de la zone euro est remontée à 3,3 % en août, avec une composante énergétique en hausse de 14,3 %. La BCE doit relever son taux directeur cette semaine.
Aux États-Unis, le rendement du Treasury à 10 ans se maintient près de 4,8 %, et les marchés attribuent environ 60 % de probabilité à une hausse des taux les 15 et 16 septembre. La Banque du Japon se prononce le 18.
Le paradoxe reste entier pour ces institutions. Relever les taux ne fera pas baisser le prix du baril, dont la trajectoire dépend d’un détroit à plusieurs milliers de kilomètres. Ces hausses visent à empêcher que le choc énergétique ne se diffuse aux salaires et aux prix des services.
Et maintenant ?
Deux publications américaines tomberont avant la décision de la Réserve fédérale : l’indice des prix à la production jeudi, celui des prix à la consommation vendredi, où la composante sous-jacente est attendue en repli à 2,4 %.
Ces chiffres portent sur le mois d’août. Ils ne captureront donc pas la remontée du baril observée cette semaine, ce qui rend leur lecture délicate : une inflation en repli sur des données passées, face à un choc énergétique en cours.
Le facteur déterminant reste la sécurité du transit. Le détroit n’enregistrait plus qu’environ 16 passages par jour fin août, contre plus de 130 avant le conflit, et chaque navire touché réduit encore le nombre d’armateurs disposés à tenter la traversée.
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