Ce qu’il faut retenir :
- Téhéran et Mascate se sont entendus sur les coordonnées géographiques d’un chenal navigable.
- La déclaration conjointe sur le dispositif provisoire est en phase finale, d’après le ministère iranien.
- Téhéran conditionne la sécurité du passage à la levée du blocus naval américain.
L’Iran a annoncé mercredi être parvenu à un accord avec Oman sur les détails d’une route maritime traversant le détroit d’Ormuz, le signal le plus net à ce jour d’une sortie de crise sur ce passage stratégique. Esmaeil Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a précisé que les deux pays s’étaient entendus sur les coordonnées géographiques d’un chenal navigable, la déclaration conjointe sur le dispositif provisoire entrant dans sa phase finale.
Ce que prévoit le tracé négocié avec Oman
L’Iran entend garder la main sur le couloir. D’après Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, les navires commerciaux entrant dans le détroit passeraient par les eaux iraniennes, et ceux qui en sortent traverseraient également des eaux iraniennes sur certaines portions du trajet.
Le raisonnement est assumé :
Pour exercer une souveraineté effective dans le détroit d’Ormuz, qui constitue désormais véritablement un enjeu stratégique pour nous, il n’est pas nécessaire de déclarer que les navires doivent traverser intégralement les eaux territoriales iraniennes.
Deux personnes informées des discussions décrivaient de leur côté une entrée par les eaux iraniennes et une sortie principalement par les eaux omanaises.
La première phase reviendrait à l’Iran, qui ferait passer ses propres navires, pétroliers compris, pour vérifier l’absence de mines avant l’ouverture aux autres bâtiments. Aucun frais ne serait facturé pendant ce dispositif temporaire, qui pourrait durer de deux à quatre mois si l’accord avec Oman est appliqué.
L’annonce s’accompagne d’un avertissement. Aucun accord ne suffira à garantir la sécurité du passage tant que les États-Unis maintiendront leur blocus naval sur les ports iraniens, prévient le porte-parole. Le vice-ministre ajoute que la réouverture aura ses propres exigences et que Téhéran n’acceptera aucune ingérence étrangère dans le détroit.
Kazem Gharibabadi indique par ailleurs que son pays ne mène pas de négociations directes avec Washington, tout en ayant reçu des messages signalant que l’administration Trump se dit prête à revenir à ses engagements. L’Iran n’a pas encore décidé d’entrer dans une seconde phase, allusion à un retour au mémorandum d’entente du 17 juin.
Ce document devait prolonger le cessez-le-feu antérieur, ramener progressivement le trafic à ses niveaux d’avant-guerre sans péage, et poser les bases de négociations sur un règlement définitif, programme nucléaire iranien compris. Il a volé en éclats dans la bataille pour le contrôle du détroit.
La question des frais reste d’ailleurs suspendue. L’absence de facturation pendant la période intérimaire dépend, selon le vice-ministre, de la décision des autorités iraniennes d’entrer ou non dans cette seconde phase.
Un enjeu électoral pour Donald Trump
La réouverture du détroit constitue l’objectif prioritaire du président américain après plus de cinq mois de guerre, avec une échéance en tête : faire baisser les prix des carburants avant les élections de mi-mandat de novembre. Donald Trump a évoqué mardi des progrès notables et un accord possible mercredi ou jeudi.
En cas de succès, les États-Unis lèveraient leur blocus naval sur les ports iraniens et rétabliraient la dérogation autorisant l’Iran à vendre son pétrole et ses produits pétroliers, d’après une personne informée des discussions.
Les analystes appellent toutefois à la prudence. La méfiance entre les deux camps, la posture de défi d’un régime iranien convaincu d’avoir l’avantage et l’imprévisibilité du président américain rendent tout accord fragile. Les médiateurs ont déjà cru toucher au but à plusieurs reprises avant de voir le processus dérailler.
Cinq mois de blocage aux conséquences mondiales
L’Iran a fermé le détroit après le déclenchement de la guerre par les États-Unis et Israël fin février. Environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux y transite en temps normal.
Les désaccords sur les routes empruntées ont provoqué la spirale de frappes réciproques qui a fait échouer le mémorandum de juin. Téhéran avait attaqué des navires longeant la côte omanaise, en les accusant d’utiliser un chenal non autorisé. Les États-Unis ont riposté, suivis de tirs de missiles et de drones iraniens sur des bases américaines de la région, dans la séquence la plus violente depuis la trêve d’avril.
Les effets dépassent les hydrocarbures. La fermeture étrangle également les exportations régionales d’engrais, d’hélium et de produits pétrochimiques.
Et maintenant ?
Un verrou demeure. D’après des personnes informées des négociations, la direction iranienne, guide suprême Mojtaba Khamenei en tête, doit encore approuver l’accord.
Trois points à surveiller dans les prochains jours : la publication de la déclaration conjointe entre Téhéran et Mascate, la levée effective du blocus naval américain, et la décision iranienne sur l’entrée en seconde phase, qui déterminerait le retour de la question des péages et l’ouverture de négociations sur la fin de la guerre. Le baril, passé sous les 80 dollars, reste le meilleur baromètre de la crédibilité accordée à ce processus.
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