- L’or dépasse 5 000 $ l’once et atteint 5 110 $, avec une hausse mensuelle de 18 %, signant sa meilleure performance depuis plus de 40 ans dans un contexte de peur extrême des marchés.
- Les tensions géopolitiques mondiales et la défiance envers le dollar poussent investisseurs et banques centrales vers l’or, devenu la deuxième réserve mondiale derrière le billet vert.
- Les flux vers les ETF adossés à l’or atteignent un record de 89 Md$, confirmant que l’or s’impose comme un actif stratégique de long terme face à une instabilité durable.
L’or vient de franchir un seuil psychologique que peu d’analystes imaginaient voir aussi tôt. Le métal jaune a dépassé les 5 000 dollars l’once et a même touché un pic autour de 5 110 dollars lundi, dans un mouvement de ruée vers la valeur refuge d’une ampleur inédite depuis des décennies.
Sur le seul mois en cours, l’or affiche une hausse de 18 %, ce qui le place en route vers sa meilleure performance mensuelle depuis plus de 40 ans. Un chiffre qui résume à lui seul l’état d’esprit des marchés : la peur domine, et la recherche de protection prime sur toute autre considération.
Une accélération nourrie par les chocs géopolitiques
Le rallye s’est enclenché la semaine dernière, lorsque les tensions autour du Groenland ont ravivé les craintes d’un affrontement durable entre grandes puissances. Depuis, la dynamique s’est auto-alimentée. Venezuela, Iran, Arctique, fragilités politiques aux États-Unis : l’accumulation de foyers d’incertitude pousse les investisseurs à se réfugier massivement dans les actifs jugés « hors système » (sans inclure Bitcoin apparement…)
La vitesse de la hausse surprend même les plus optimistes. Les seuils symboliques tombent les uns après les autres, parfois en quelques semaines à peine. Les opérateurs parlent désormais d’un marché devenu largement insensible aux prix, tant la conviction que la tendance peut se prolonger est ancrée.
Le dollar et les banques centrales en toile de fond
Le contexte monétaire joue un rôle clé. La défiance vis-à-vis du dollar s’accentue, notamment en raison de la volatilité politique américaine et des interrogations persistantes sur la solidité institutionnelle du pays. Un dollar plus faible rend mécaniquement l’or plus attractif pour les investisseurs internationaux, alimentant encore la demande.
Les banques centrales continuent, elles aussi, d’agir comme un moteur structurel. Depuis quatre ans, leurs achats d’or restent à des niveaux historiquement élevés, dans une logique assumée de diversification des réserves, loin du billet vert. Même si le rythme de ces achats a légèrement ralenti l’an dernier, l’or est devenu la deuxième réserve mondiale des banques centrales, derrière le dollar.
Des flux records vers les produits financiers adossés à l’or
Les investisseurs institutionnels ne sont pas en reste. Les flux vers les ETF adossés à l’or ont atteint un record absolu l’an dernier, avec près de 89 milliards de dollars injectés. Ce chiffre traduit une mutation profonde : l’or n’est plus seulement un actif défensif ponctuel, mais une brique stratégique dans l’allocation de long terme.
Cette ruée dépasse le seul métal jaune. L’argent et le platine ont eux aussi inscrit de nouveaux sommets, tandis que les devises et les marchés actions peinent à offrir une alternative crédible en période de stress.
Le Japon, catalyseur inattendu
Un autre facteur a accéléré le mouvement : le marché obligataire japonais. La récente tension sur les rendements, liée aux inquiétudes sur les plans de dépenses publiques du pays, a renforcé l’attrait pour les valeurs refuges. Le repli du dollar face au yen, alimenté par des spéculations sur une possible intervention, a également soutenu les métaux précieux.
Un signal fort pour les marchés globaux
Historiquement, chaque grand seuil franchi par l’or correspond à une période de rupture. Les 1 000 dollars lors de la crise financière de 2008, les 2 000 dollars pendant la pandémie, puis les 3 000 et 4 000 dollars lors du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Le passage au-dessus de 5 000 dollars envoie un message clair : les marchés se préparent à une instabilité durable, et non à un simple choc passager. Reste à savoir jusqu’où cette dynamique peut aller. Mais une chose est certaine : l’or est redevenu le thermomètre central de la peur globale.