Ce qu’il faut retenir :
- Pékin a ordonné l’annulation de l’acquisition de la start-up IA Manus par Meta pour 2 milliards de dollars, invoquant une violation des règles d’investissement étranger.
- La Chine avait qualifié le rachat de tentative “conspiratrice” de vider sa base technologique, et interdit à deux cofondateurs de quitter le pays en mars.
- La décision intervient à quelques semaines du sommet Trump-Xi, ajoutant une couche de tension à la rivalité sino-américaine sur l’intelligence artificielle.
La Commission nationale pour le développement et la réforme (NDRC), le puissant régulateur économique chinois, a annoncé lundi le blocage de l’acquisition de Manus par Meta. Pékin interdit tout investissement étranger dans la start-up d’IA et exige des parties qu’elles annulent la transaction de 2 milliards de dollars, déjà finalisée.
Un démantèlement complexe
Le timing et la brutalité de la décision posent un problème concret : Meta a déjà intégré Manus dans certains de ses outils. Un démantèlement impliquerait de séparer l’acquisition et de la revendre à ses anciens investisseurs ou de trouver un nouvel acquéreur, une opération techniquement et juridiquement complexe.
Meta n’a pas répondu dans l’immédiat. Le groupe américain avait précédemment affirmé que la transaction respectait pleinement la législation en vigueur et anticipait une résolution appropriée des enquêtes chinoises.
Une source proche du dossier tempère la portée opérationnelle de la décision : le geste serait “assez dur et porte une intention claire de bloquer des opérations similaires. En réalité, il est difficile de défaire un accord conclu, donc il s’agit davantage d’un avertissement verbal sur des transactions comparables et d’un levier avant le sommet Xi-Trump.
De la Chine à Singapour, puis dans les bras de Meta
Manus a été fondée en Chine et se présente comme un “moteur d’action” capable d’étendre les capacités humaines. La start-up permet aux utilisateurs de construire et d’exécuter des agents IA personnels capables de gérer des fichiers ou de créer des logiciels sur un ordinateur, une catégorie d’outils qui va au-delà des chatbots classiques comme ChatGPT. L’application a été lancée en mars 2025, deux mois après le séisme provoqué par DeepSeek et son modèle open source capable de raisonnement.
L’an dernier, Manus a transféré son siège et son équipe principale à Singapour après un tour de financement mené par un fonds de capital-risque américain. Meta a ensuite finalisé le rachat. C’est cette trajectoire, de la Chine vers les États-Unis via Singapour, que Pékin a qualifiée de manœuvre “conspiratrice” visant à vider la base technologique du pays.
En mars, les autorités chinoises ont interdit à deux cofondateurs de Manus de quitter le territoire pendant l’examen du dossier. Plusieurs régulateurs ont passé la transaction au crible : la NDRC, le ministère du Commerce et l’autorité antitrust chinoise, mobilisant des outils allant du contrôle des exportations aux lois sur l’investissement étranger et la concurrence.
La guerre de l’IA entre Washington et Pékin s’intensifie
Le blocage de Manus s’inscrit dans une escalade symétrique. Washington accuse la Chine de vol technologique à échelle industrielle par distillation des modèles américains. Pékin riposte en verrouillant la fuite de ses talents et de ses start-up d’IA vers l’écosystème américain.
La décision tombe à quelques semaines du sommet prévu entre Donald Trump et Xi Jinping, où les deux dirigeants tenteront d’apaiser les tensions commerciales et technologiques. L’affaire Manus pourrait devenir un point de friction supplémentaire dans des négociations déjà chargées.
Ce qu’il faut surveiller
La capacité de Meta à contester ou contourner la décision chinoise déterminera si le blocage reste symbolique ou produit un démantèlement effectif.
Le précédent Manus pourrait dissuader d’autres acquisitions de start-up IA chinoises par des géants américains, redessinant les flux de talents et de capitaux dans le secteur. Le sommet Trump-Xi du mois prochain sera déterminant pour savoir si l’IA devient un sujet de négociation bilatérale ou un mur entre les deux puissances.
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