Guerre en Iran : les États-Unis ne gagneront pas depuis les airs, prévient l’ex-chef du Pentagone

Mark Esper, ex-chef du Pentagone, juge que les bombardements ne rouvriront pas le détroit d’Ormuz et plaide pour étrangler l’économie iranienne.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Mark Esper, ex-secrétaire à la Défense de Donald Trump, juge que les bombardements ne rouvriront pas le détroit d’Ormuz.
  • Le brent a bondi de 16 % depuis début juillet vers 85 dollars, avec des stocks de brut américains au plus bas depuis 1984.
  • L’ancien ministre plaide pour un étranglement économique de l’Iran, au prix de carburants chers pendant un temps.

Les bombes ne rouvriront pas le détroit d’Ormuz. C’est l’avertissement de Mark Esper, secrétaire à la Défense lors du premier mandat de Donald Trump, au moment où les États-Unis ont mené mercredi de nouvelles frappes contre l’Iran et où le président promet d’intensifier les attaques dans les prochaines semaines pour forcer Téhéran à un accord. Interrogé par le Financial Times, l’ancien chef du Pentagone doute qu’une reprise durable des bombardements change la position de la République islamique, décidée à garder le contrôle du détroit.

Je ne suis pas convaincu que, si nous avions repris les bombardements comme nous l’avons fait il y a quelques mois et que nous les avions maintenus pendant un certain temps, cela aurait changé grand-chose.

Pourquoi les frappes ne suffiront-elles pas selon Mark Esper ?

Le conflit est reparti de plus belle ce mois-ci, quand Donald Trump a déclaré terminé son éphémère cessez-le-feu, en accusant l’Iran d’avoir violé un mémorandum d’entente qui garantissait la libre circulation maritime dans le détroit pendant les négociations. Pour Esper, la solution passe par une pression économique globale plutôt que par l’escalade militaire. “Une option, c’est l’assaut militaire total. L’autre, c’est de les étrangler économiquement”, a-t-il résumé auprès du quotidien. Une stratégie qui exigera du temps, de la patience, de la discipline et un soutien international, avec un coût assumé : des prix du carburant élevés pendant un moment.

Condoleezza Rice, secrétaire d’État de George W. Bush, a appuyé cette ligne lors du même panel au forum d’Aspen. Elle écarte tout accord nucléaire dans les circonstances actuelles et préfère laisser Téhéran mariner dans une économie exsangue, en pointant l’élimination de ses meilleurs scientifiques nucléaires et de profondes divisions au sein du pouvoir iranien. Selon elle, l’Iran restera longtemps incapable de construire et d’utiliser une arme nucléaire.

Le détroit d’Ormuz, une bombe à retardement pour l’économie mondiale

Les marchés, eux, comptent les barils. Le détroit d’Ormuz voit passer environ 20 % du pétrole mondial, et Téhéran l’a en grande partie fermé après l’attaque américano-israélienne : le trafic reste à une fraction de son niveau d’avant-guerre. Résultat, le brent a bondi de 16 % depuis début juillet, autour de 85 dollars le baril, et les données publiées mercredi montrent des stocks de brut américains retombés à leur plus bas niveau depuis 1984.

Les dirigeants du secteur pétrolier préviennent que l’offre mondiale évolue déjà à des niveaux critiques : une fermeture prolongée du détroit déclencherait une flambée des cours, susceptible de dépasser les pics au-delà de 100 dollars du début du conflit. Les prix à la pompe repartent à la hausse, ce qui fait planer le spectre d’une nouvelle poussée d’inflation, alors même que la hausse des prix venait de ralentir en juin et que les marchés, cryptos comprises, avaient salué ce répit.

Un coût militaire qui inquiète face à la Chine

Esper, limogé par Trump peu après la défaite de 2020, alerte aussi sur la facture. Les analystes militaires américains estiment que le Pentagone a déjà consommé des dizaines de milliards de dollars et des années de stocks de munitions dans une guerre sans issue visible. L’ancien ministre s’inquiète de l’impact sur la préparation des forces face à d’autres menaces, la Chine en tête de ses préoccupations. Il propose deux critères pour juger du succès de la campagne : le retour à la situation antérieure dans le détroit, avec un trafic maritime libre et complet, et un accord nucléaire au moins aussi bon, et sans doute meilleur, que le pacte conclu par Barack Obama puis déchiré par Trump.

Ce qu’il faut surveiller

Trois curseurs diront si le scénario noir se matérialise : l’intensité des frappes américaines promises pour les prochaines semaines, le niveau de trafic dans le détroit d’Ormuz et la trajectoire du brent, dont un passage durable au-dessus de 100 dollars raviverait l’inflation mondiale. Le rapport sur les prix américains de juillet, premier à intégrer pleinement la prime de guerre, servira de test grandeur nature pour les marchés.

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