Ce qu’il faut retenir :
- Les États-Unis ont frappé environ 90 cibles militaires iraniennes mercredi, au deuxième jour de leur riposte.
- L’île de Kharg, par où transitent près de 90 % des exportations de pétrole iranien, a été touchée.
- Le Brent a dépassé 80 dollars mercredi, un plus haut de deux semaines, avant de refluer à 76,93 dollars.
Les États-Unis ont enterré le cessez-le-feu dans les faits. L’armée américaine a mené mercredi soir une deuxième journée consécutive de frappes contre l’Iran, touchant environ 90 cibles militaires après les plus de 80 visées la veille, selon le commandement central américain (Centcom), rapporte le Financial Times. Objectif affiché : dégrader la capacité de Téhéran à attaquer les navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. Donald Trump a revendiqué une frappe sur l’île de Kharg, par où transitent environ 90 % des exportations de pétrole iranien, et réitéré sa menace de “prendre le contrôle” de ce hub.
Pourquoi les États-Unis frappent-ils l’Iran ?
L’engrenage remonte au mémorandum d’entente signé mi-juin, par lequel l’Iran acceptait de rouvrir progressivement le détroit sans prélever de frais sur les navires. Depuis, les forces iraniennes ont attaqué cinq navires, dont des tankers saoudiens et qataris, et chaque camp accuse l’autre de violer la trêve. Téhéran exige que les navires empruntent des couloirs proches de ses côtes pour garder la main sur le détroit, où transitait environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux ; Washington pousse les navires à longer les eaux omanaises.
Le ton s’est encore durci. “S’ils tirent sur des navires, nous allons les frapper très durement”, a résumé le vice-président JD Vance, promettant un détroit ouvert pour que “le pétrole et le gaz coulent vers le peuple américain”. Réponse du négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf : le détroit rouvrira avec des “arrangements iraniens”, pas sous des “menaces américaines”. Les Gardiens de la révolution ont riposté pour la deuxième journée par des tirs de missiles et de drones contre des infrastructures de bases américaines au Koweït et à Bahreïn, en menaçant d’élargir la liste.
Le pétrole en montagnes russes
Les marchés de l’énergie encaissent chaque secousse. Le Brent a franchi les 80 dollars le baril mercredi, son plus haut depuis plus de deux semaines, avant un aller-retour brutal jeudi : jusqu’à +1,5 % en séance, puis un repli de 1,1 % à 76,93 dollars. La frappe sur Kharg ajoute une dimension nouvelle : viser le principal terminal d’exportation iranien, c’est toucher directement l’offre de brut du pays, au-delà de la seule menace sur le trafic du détroit.
Les dégâts s’étendent le long de la côte sud. Selon les médias iraniens, des frappes ont touché jeudi matin plusieurs sites dont la ville portuaire de Bushehr, qui abrite une centrale nucléaire opérée par la Russie, endommagé deux quais et la tour de contrôle maritime de Chabahar, et suspendu les trains de voyageurs entre Téhéran et Mashhad. Le ministère iranien de la Santé fait état d’au moins 14 morts et 78 blessés en deux jours de frappes américaines.
Une porte diplomatique entrouverte
Je ne sais tout simplement pas s’ils sont dignes de conclure un accord. Je ne sais pas s’ils vont respecter cet accord. C’est ça le problème.
Trump
Le paradoxe de la séquence tient dans les déclarations de Trump lui-même. Quelques heures après avoir qualifié les dirigeants iraniens de “racailles” et déclaré le cessez-le-feu terminé, le président a affirmé à bord d’Air Force One que l’Iran avait appelé la Maison Blanche : “ils veulent tellement conclure un accord”, a-t-il lancé, tout en doutant que Téhéran honore sa signature. Son équipe de négociateurs, qui comprend JD Vance, l’émissaire spécial Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, pourrait poursuivre les discussions.
Le calendrier ajoute à la tension : les frappes surviennent le jour des funérailles de l’ancien Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, inhumé à Mashhad après des processions ayant rassemblé des millions de personnes en Iran et en Irak.
Ce qu’il faut surveiller
Le sort du détroit d’Ormuz reste la variable qui commande tout : chaque attaque de navire déclenche désormais une riposte américaine, et chaque riposte rapproche les deux camps d’une fermeture que ni les marchés ni les économies de la région ne peuvent absorber. Les prochains jours diront si le contact diplomatique évoqué par Trump débouche sur une désescalade ou si l’engrenage continue. Pour les marchés, du pétrole aux actifs risqués, la ligne des 80 dollars sur le Brent et la publication du CPI américain du 14 juillet feront office de premiers juges de paix.
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