Ce qu’il faut retenir :
- L’UE, la France et le Royaume-Uni demandent qu’Israël cesse ses frappes au Liban pour préserver la trêve Iran-États-Unis.
- Israël et Washington affirment que le Liban n’est pas couvert par le cessez-le-feu de deux semaines.
- Le Brent remonte vers 98 $ le baril, les marchés doutant de la solidité de l’accord.
Le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, à peine entré en vigueur, vacille déjà. Jeudi, les cours du Brent ont rebondi de 3 % pour atteindre 98 dollars le baril, après la chute de plus de 13 % provoquée par l’annonce de la trêve. La raison : les bombardements massifs d’Israël au Liban menacent de faire exploser l’accord avant même les négociations prévues ce week-end à Islamabad.
L’Europe monte au créneau
Kaja Kallas, vice-présidente de la Commission européenne et cheffe de la diplomatie de l’UE, a pris position sans ambiguïté sur X : les actions israéliennes mettent le cessez-le-feu sous tension et la trêve doit couvrir le Liban. La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a exprimé la même ligne en se déclarant “profondément préoccupée” par les frappes de mercredi. Emmanuel Macron a directement appelé Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian pour plaider l’extension de la trêve au territoire libanais, qu’il juge “condition nécessaire” à sa crédibilité.
Ce front diplomatique européen se heurte à un mur côté américano-israélien. Washington et le bureau de Benjamin Netanyahu répètent que le Liban ne fait pas partie de l’accord conclu dans la nuit de mardi à mercredi, quelques minutes avant l’expiration de l’ultimatum de Trump. Le premier ministre israélien a enfoncé le clou jeudi en affirmant qu’Israël “continuera de frapper le Hezbollah partout où c’est nécessaire”.
Le Liban, point de rupture de la trêve
Mercredi, Tsahal a mené sa plus importante vague de frappes coordonnées contre le Liban depuis le début des opérations face à Hezbollah le 2 mars. Le ministère libanais de la Santé a dénombré 182 morts et 890 blessés en une seule journée, avec des bombardements sur des immeubles résidentiels à Beyrouth, dans la vallée de la Bekaa et dans le sud du pays, notamment à Zrarieh et dans le quartier de Chiyah, au sud de la capitale.
L’Iran considère un cessez-le-feu au Liban comme l’une des conditions centrales de son plan en dix points, transmis aux Américains comme base de négociation. Téhéran a prévenu : si Israël poursuit ses attaques contre son allié libanais, la trêve ne tiendra pas. Le Hezbollah a d’ailleurs riposté par des tirs vers le nord d’Israël en réponse à ce qu’il qualifie de violations.
Les marchés pétroliers sous tension
Le rebond du Brent jeudi reflète le scepticisme des traders sur la durabilité de l’accord. Le baril avait plongé de plus de 15 % mercredi, passant sous les 95 dollars, quand Trump avait annoncé la suspension des bombardements contre l’Iran en échange d’une réouverture du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du brut mondial. La remontée vers 98 dollars signale que les opérateurs intègrent un risque élevé de rupture rapide.
Le WTI (brut américain) suivait la même trajectoire, repassant au-dessus de 97 dollars. Depuis le début du conflit fin février, le Brent a bondi de plus de 45 % sur un an, avec un pic à 119,50 dollars atteint fin mars.
Ce qu’il faut surveiller
Une délégation américaine conduite par le vice-président JD Vance, l’envoyé spécial Steve Witkoff et Jared Kushner se rend à Islamabad ce week-end pour des négociations directes avec l’Iran. Vance a évoqué des signaux encourageants sur une possible réouverture progressive du détroit d’Ormuz.
Si ces pourparlers échouent ou si les frappes au Liban s’intensifient, le cessez-le-feu de deux semaines pourrait ne pas survivre à son premier week-end, avec des conséquences directes sur les prix de l’énergie et la stabilité des marchés mondiaux.
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