Ce qu’il faut retenir :
- La Fed a maintenu son taux directeur entre 3,75 % et 4 % le 28 octobre 2026, par 10 voix contre 2.
- Lisa Cook et Beth Hammack ont voté pour une hausse immédiate d’un quart de point.
- Le FOMC votera sur ses taux sept fois en 2027 et six fois en 2028, contre huit aujourd’hui.
La Réserve fédérale américaine (Fed) a laissé son taux directeur inchangé ce mercredi 28 octobre, dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. Wall Street attendait ce statu quo. Le vote l’était moins : deux membres du comité sur douze voulaient relever les taux d’un quart de point dès cette réunion.
La gouverneure Lisa Cook et la présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, ont voté contre la décision. Au sein du FOMC (Federal Open Market Committee, le comité qui fixe la politique monétaire américaine), une partie des votants veut donc déjà resserrer.
Pourquoi la Fed n’a-t-elle pas relevé ses taux ?
Dans son communiqué, la Fed reconnaît que l’inflation reste élevée. Elle dit avoir besoin de données supplémentaires pour choisir la politique qui ramènera la hausse des prix vers son objectif de 2 % dans des délais raisonnables. Elle ne fixe aucun calendrier.
Le contexte pousse pourtant à agir. La flambée des prix du carburant provoquée par la guerre en Iran se diffuse dans l’économie américaine, et les derniers chiffres signalent une inflation qui accélère et s’étend à d’autres postes de dépenses.
La Fed avait déjà relevé ses taux en septembre, une première depuis plus de trois ans, malgré les appels répétés de Donald Trump à une baisse massive du loyer de l’argent. Kevin Warsh, président de la Fed depuis cinq mois, assume la ligne dure : “Si vous pensez que nous tolérons une inflation quelque part dans les 2 %, détrompez-vous”, a-t-il lancé en conférence de presse. Il admet que la stabilité des prix n’est pas atteinte, tout en estimant que le resserrement commence à produire ses effets.
Reste le calendrier politique. Les élections de mi-mandat, qui décideront du contrôle du Congrès, se tiennent mardi prochain, 3 novembre. Plusieurs économistes jugeaient qu’une hausse à quelques jours du scrutin aurait été délicate. Kevin Warsh a balayé l’argument : selon lui, personne autour de la table n’a évoqué les élections pendant les deux jours de réunion. Il a refusé de commenter les attaques de Donald Trump contre le conseil des gouverneurs.
Une croissance américaine qui chauffe
Le communiqué décrit une activité en expansion rapide, une productivité solide et un investissement des entreprises robuste. L'emploi progresse au rythme de la population active et le taux de chômage bouge peu. Le Financial Times lit dans ce vocabulaire une inquiétude croissante face à une surchauffe alimentée par le boom de l’intelligence artificielle.
Kevin Warsh a avancé ses propres chiffres. La croissance du deuxième trimestre a été révisée de 1,8 % à 2,4 % en rythme annualisé, et celle du troisième trimestre dépasserait 3 %, portée par la consommation des ménages. L’investissement des entreprises progresserait à un rythme à deux chiffres. Le chiffre officiel du PIB du troisième trimestre tombe dès ce jeudi.
Sur le crédit, le président de la Fed a concédé un durcissement des conditions pour certains ménages et certaines entreprises, sans accepter de les qualifier de restrictives.
Combien de réunions de la Fed en 2027 ?
Kevin Warsh a aussi annoncé une refonte du calendrier du FOMC. Le comité gardera huit réunions par an, mais il ne votera sur ses taux que sept fois en 2027 et six fois en 2028, contre huit depuis des décennies.
À partir de l’automne 2027, une réunion sera consacrée à la stratégie monétaire de long terme, sans décision de taux ni communiqué. En 2028, deux réunions suivront ce format. Le président de la Fed veut libérer du temps pour réfléchir au-delà de la conjoncture immédiate, tout en conservant des points d’étape réguliers sur les données.
Comment les marchés ont réagi
Les investisseurs ont pris la décision sans heurt. Le rendement du bon du Trésor à deux ans, le plus sensible aux anticipations de politique monétaire, a reculé à 4,71 % après la conférence de presse, avec un point bas à 4,68 % pendant l’intervention de Kevin Warsh. Le dix ans restait en hausse, à 5,04 %. Le S&P 500 évoluait quasiment à l’équilibre.
Ce qu’il faut surveiller
Trois rendez-vous se succèdent en quelques jours : le PIB du troisième trimestre jeudi, les midterms mardi, puis l’audition de Lisa Cook à la Maison-Blanche la semaine prochaine. L’administration Trump accuse la gouverneure de fraude hypothécaire, ce qu’elle conteste. Kevin Warsh a indiqué que la Fed n’y prendrait pas part, à sa connaissance.
L’échéance décisive reste la réunion de décembre. “Nous anticipons une reprise des hausses de taux en décembre”, a déclaré Kay Haigh, responsable mondiale des obligations chez Goldman Sachs Asset Management. Avec deux votants déjà favorables à un resserrement, quelques chiffres d’inflation défavorables suffiraient à faire basculer la majorité.
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