Ce qu’il faut retenir :
- Washington et Moscou discutent d’un retour des majors pétrolières américaines en Russie dans le cadre des pourparlers sur l’Ukraine.
- Les pistes évoquées : relancer une coentreprise au large de Sakhaline et associer les Américains aux ventes de brut via Droujba.
- ExxonMobil, dont la part de 30 % dans Sakhalin-1 a été saisie, n’envisage aucun retour en Russie.
Pétroliers américains en Russie : ce que Washington et Moscou mettent sur la table
Les États-Unis et la Russie discutent d’un possible retour des pétroliers américains en Russie, dans le cadre des négociations visant à mettre fin à la guerre en Ukraine. Selon le Financial Times, qui cite des personnes au fait des échanges et publie l’information ce mardi 27 octobre, la Maison Blanche et le Kremlin ont évoqué la relance, après la fin du conflit, d’une coentreprise entre majors américaines et russes au large de Sakhaline, une île de l’Extrême-Orient russe.
Le second volet concerne l’oléoduc Droujba (Druzhba), l’un des plus longs pipelines au monde, hérité de l’ère soviétique. Les deux capitales envisagent d’associer les compagnies américaines à un plan de reprise des ventes de brut russe vers l’Europe par cette infrastructure.
Ces pistes s’inscrivent dans une stratégie plus large de Washington : offrir des incitations économiques à Moscou pour l’amener à négocier, alors que l’invasion à grande échelle de l’Ukraine est entrée dans sa cinquième année. D’autres propositions circulent, comme la réouverture de l’espace aérien russe aux compagnies aériennes américaines pour le transit et le survol. Les responsables américains répètent qu’aucun de ces projets ne verra le jour avant la fin de la guerre.
Steve Witkoff, l’émissaire des « Business Deals »
Le dossier est porté par Steve Witkoff, envoyé spécial du président Donald Trump. Il a abordé de potentiels accords commerciaux avec Vladimir Poutine lors d’une rencontre à Saint-Pétersbourg début septembre. La semaine dernière, lors d’une nouvelle visite à Moscou, il avait inscrit « Business Deals » sur son bloc-notes, d’après des photos diffusées par le pool de presse du Kremlin.
Un responsable américain confirme que les représentants de Donald Trump ont présenté des propositions économiques aux deux camps : un cadre d’après-guerre destiné à attirer croissance et investissements en Ukraine, et des pistes de collaboration économique avec la Russie une fois le conflit terminé. Ces accords resteraient subordonnés à un cadre de paix global qui mettrait fin aux combats.
« Rien n’est finalisé », a insisté ce responsable américain.
Pourquoi le retour d’ExxonMobil à Sakhalin-1 reste-t-il improbable ?
Le premier obstacle porte un nom : ExxonMobil. Seule entreprise américaine engagée dans le gigantesque projet Sakhalin-1, le groupe a vu sa participation de 30 % saisie par Moscou après son retrait consécutif à l’invasion de 2022. Il a indiqué l’an dernier négocier une compensation avec la Russie, mais n’avoir aucun projet de reprise d’activité dans le pays. Sollicité, il n’a pas réagi dans l’immédiat.
Côté russe, le calcul diffère. Selon deux des sources, Moscou voit ces accords comme un levier pour pousser Donald Trump à normaliser les relations avant même la fin de la guerre. Le Kremlin ne cache pas sa volonté de reprendre la coopération économique avec Washington tout en poursuivant ses opérations en Ukraine.
Entre l’intransigeance de Vladimir Poutine sur l’arrêt des combats et la méfiance des groupes américains envers un marché qui les a expropriés, nombre de ces projets ont peu de chances d’aboutir.
Ce qu’il faut surveiller
Premier indicateur : l’issue des discussions sur un cadre de paix global, condition posée par Washington à tout accord économique. Sans arrêt des combats, ni Sakhalin-1 ni Droujba n’avanceront côté américain.
Deuxième signal : les négociations de compensation entre ExxonMobil et Moscou. Un règlement sur la part saisie serait le premier préalable concret à tout retour des pétroliers américains en Russie. Enfin, le volet européen pèsera lourd : relancer les flux de brut russe via Droujba heurterait l’objectif affiché par l’Union européenne de se passer des hydrocarbures russes.
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