Chevron engage 7 milliards de dollars pour doubler sa production au Venezuela

Chevron investira 7 milliards de dollars pour porter sa production vénézuélienne à 600 000 barils par jour, avec un coût sous 20 dollars le baril.
Trump chevron venezuela

Dernière modification effectuée le 03.09.2026 11:51

Ce qu’il faut retenir :

  • Chevron investira 7 milliards de dollars sur cinq ans pour porter sa production à 600 000 barils par jour.
  • Le groupe évalue ses coûts totaux d’extraction à moins de 20 dollars le baril.
  • C’est le premier engagement d’ampleur d’une major américaine depuis le renversement de Nicolás Maduro.

Chevron prévoit d’investir 7 milliards de dollars pour plus que doubler sa production pétrolière au Venezuela au cours des cinq prochaines années. Le groupe de Houston a annoncé mercredi de nouvelles conditions d’exploitation avec la compagnie publique PDVSA, qui porteraient sa production à 600 000 barils par jour, contre 280 000 aujourd’hui.

Il s’agit du premier engagement d’ampleur d’une grande compagnie américaine dans le pays depuis le renversement de Nicolás Maduro par l’administration Trump.

Ce que prévoit l’accord

La décision d’étendre nos activités au Venezuela reflète notre confiance dans l’important potentiel en ressources du pays. Ce pays constituera un élément compétitif de notre portefeuille pendant des décennies.

L’entreprise a sécurisé les droits de développement de deux nouveaux gisements dans la région de Carabobo, au sein de la ceinture de l’Orénoque, riche en hydrocarbures. Ces surfaces jouxtent ses coentreprises existantes.

“Nous avons confiance dans le potentiel de ressources du pays”, a déclaré Mike Wirth, directeur général de Chevron, qui présente le Venezuela comme une composante compétitive de son portefeuille pour les décennies à venir.

La progression envisagée représente 114 % de production supplémentaire, pour un investissement d’environ 22 000 dollars par baril quotidien de capacité nouvelle. La trajectoire du groupe dans le pays impressionne davantage encore sur longue période : la production y atteignait 50 000 barils par jour il y a quelques années, selon les analystes de RBC Capital.

Une économie qui tient au coût d’extraction

Le chiffre déterminant figure dans le communiqué. Chevron évalue le coût total du baril vénézuélien à moins de 20 dollars, malgré un brut souvent lourd, difficile à extraire et à transporter.

Ce niveau explique l’intérêt du calendrier. Le Brent évolue au-dessus de 90 dollars depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, et les bruts lourds se vendent avec une décote par rapport à cette référence, sans que cet écart n’annule la marge d’exploitation.

Le contexte géopolitique complète le raisonnement. Avec un cinquième du pétrole mondial bloqué à Ormuz depuis six mois, un baril extrait dans l’hémisphère occidental et acheminé sans passer par le Moyen-Orient acquiert une valeur stratégique que sa qualité seule ne justifierait pas.

Washington pousse ses entreprises à investir

La Maison-Blanche encourage les groupes internationaux à s’implanter dans le pays pour accroître l’offre de pétrole sous contrôle américain. Chris Wright, secrétaire à l’Énergie, se rend cette semaine à Caracas pour annoncer des engagements d’entreprises américaines et solliciter de nouveaux investissements.

Chevron occupe une position particulière dans cette stratégie. Le groupe avait maintenu ses opérations malgré les sanctions américaines, et Washington y voyait un verrou contre l'emprise croissante de la Russie et de la Chine sur le secteur pétrolier vénézuélien.

Les autres majors restent prudentes

ExxonMobil et ConocoPhillips se tiennent pour l’instant à l’écart, après avoir perdu des milliards de dollars d’actifs lors d’expropriations par l’État vénézuélien.

L’italien Eni et l’espagnol Repsol avaient également poursuivi leurs activités sous sanctions. Eni indique pouvoir porter sa production de 12 000 à 200 000 barils par jour ou davantage, sans avoir confirmé de plan d’investissement. BP et Shell ont annoncé de nouveaux projets cette année, principalement sur des gisements gaziers en mer.

Une condition posée par Chevron éclaire cette prudence générale. Eimear Bonner, directrice financière du groupe, a indiqué que des protections fiscales, dont des droits de recours à l’arbitrage international, seraient nécessaires pour aller plus loin. L’historique des expropriations rend cette exigence compréhensible.

Un montage parallèle qui interroge

L’administration américaine a par ailleurs défendu cette semaine une opération distincte. Alejandro Betancourt, propriétaire de la deuxième compagnie pétrolière privée du pays et figure clivante sur place, est le partenaire des États-Unis au sein d’un groupement qui contrôlera environ un cinquième des réserves pétrolières vénézuéliennes.

Son entreprise cherche des investisseurs pour les 17 gisements auxquels elle a accès, avec l’objectif d’attirer 100 milliards de dollars dans le pays. L’accord de Chevron n’est pas lié à cette démarche.

Et maintenant ?

Trois points structureront la suite. Les annonces attendues lors de la visite du secrétaire à l’Énergie à Caracas, d’abord. L’obtention effective des protections juridiques réclamées par Chevron ensuite, sans lesquelles le groupe conditionne tout investissement supplémentaire.

La stabilité politique enfin, variable la plus difficile à évaluer. Un investissement de 7 milliards de dollars amorti sur des décennies repose sur l’hypothèse que les conditions négociées aujourd’hui tiendront au-delà du mandat de ceux qui les ont accordées.

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