Inflation : la zone euro accélère à 3,3 % en août, la BCE devrait relever ses taux

L’inflation de la zone euro atteint 3,3 % en août, portée par l’énergie à 14,3 %. La BCE devrait relever ses taux la semaine prochaine.
Christine lagarde inflation euro

Ce qu’il faut retenir :

  • L’inflation de la zone euro atteint 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet.
  • L’inflation énergétique bondit de 10,3 % à 14,3 %, au plus haut depuis début 2023.
  • La BCE devrait relever son taux d’un quart de point, à 2,5 %, la semaine prochaine.

L’inflation de la zone euro a accéléré à 3,3 % sur un an en août, contre 2,9 % en juillet, d’après l’estimation publiée mardi par Eurostat. Le chiffre correspond aux prévisions des économistes interrogés par Reuters. La Banque centrale européenne devrait relever ses taux la semaine prochaine pour la deuxième fois cette année.

L’énergie porte toute la hausse

La décomposition de l’indice montre où se situe la pression. L’inflation énergétique a bondi de 10,3 % en juillet à 14,3 % en août, sa progression la plus rapide depuis le début 2023, période de la crise énergétique européenne déclenchée par l’invasion de l’Ukraine.

Les autres composantes évoluent en sens inverse. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’alimentation et l’énergie, recule à 2,4 %, contre 2,5 % en juillet. Celle des services, indicateur suivi de près par la banque centrale pour mesurer les tensions internes, redescend à 3 % après 3,3 %, tout en restant au-dessus de la cible depuis plus de trois ans.

La hausse touche un périmètre large, relève Kamil Kovar, économiste chez Moody’s Analytics : elle concerne les carburants, mais aussi le gaz et désormais l’électricité.

Le mois d’août constitue le sixième consécutif au cours duquel l’inflation des 21 pays de la zone dépasse l’objectif de moyen terme de 2 %.

Le détroit d’Ormuz derrière ces chiffres

L’origine de cette poussée se situe à plusieurs milliers de kilomètres. Les prix du pétrole ont progressé de plus de 15 % depuis le début du mois d’août, le trafic maritime restant contraint dans le détroit d’Ormuz.

Cette dynamique a ravivé la crainte d’une inflation durable à l’échelle mondiale et poussé les rendements obligataires à la hausse. Les coûts d'emprunt britanniques ont atteint mardi leur plus haut niveau depuis 2008, et les taux japonais des niveaux plus vus depuis les années 1990.

Une hausse de taux quasi acquise

À l’heure actuelle, nos chances d’une hausse des taux en décembre sont passées à 50-50.

La BCE devrait porter son taux directeur à 2,5 %, avec un relèvement d’un quart de point. Ce serait sa deuxième augmentation depuis 2023, après celle de juin qui avait fait d’elle la première banque centrale du G7 à réagir au conflit iranien.

“Avec une inflation qui accélère encore, la BCE est quasiment certaine de relever ses taux” lors de la réunion de la semaine prochaine, estime le cabinet Oxford Economics dans une note à ses clients.

Olli Rehn, gouverneur de la banque centrale finlandaise et membre du conseil des gouverneurs, appelait avant la publication à ne montrer aucune complaisance face à ces pressions. L’Europe ne peut pas se permettre une crise du pouvoir d’achat, ajoutait-il.

Kamil Kovar va plus loin et anticipe une possible suite. Le caractère généralisé de la hausse énergétique rend selon lui un nouveau relèvement plus probable après celui de la semaine prochaine, avec une probabilité désormais estimée à une chance sur deux pour le mois de décembre.

L’euro est resté stable à 1,159 dollar après la publication.

Et maintenant ?

Trois réunions de banques centrales se succèdent en septembre. La BCE la semaine prochaine, la Réserve fédérale le 16, et la Banque du Japon le 18. Les trois font face à la même équation : une inflation alimentée par l’énergie, que la politique monétaire ne peut pas traiter à la source.

Le paradoxe mérite d’être posé. Relever les taux ne fera pas baisser le prix du baril, dont la trajectoire dépend d’un détroit à 5 000 kilomètres de Francfort. Ces hausses visent à empêcher que le choc énergétique ne se diffuse aux salaires et aux prix des services, au prix d’un freinage de l’activité dans une zone dont la croissance reste faible.

Le point à surveiller reste donc l’inflation sous-jacente et celle des services, toutes deux orientées à la baisse en août. Tant que ces deux mesures refluent, l’argument d’un choc temporaire tient. Si elles se retournent, le débat changera de nature.

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