Budget 2027 : Bercy prévient qu’il sera difficile de supprimer la surtaxe sur les grandes entreprises

Roland Lescure juge difficile de supprimer la surtaxe sur les grandes entreprises dans le budget 2027, alors que le déficit atteint 5,1 % du PIB.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Roland Lescure juge difficile de supprimer la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises l’an prochain.
  • Ce prélèvement doit rapporter plus de 6 milliards d’euros à l’État en 2026.
  • Le déficit français atteindrait 5,1 % du PIB cette année, loin de la limite européenne de 3 %.

Roland Lescure a prévenu qu’il serait difficile de supprimer dans le prochain budget la surtaxe pesant sur les bénéfices des plus grandes entreprises françaises. “Si nous pouvons la réduire, nous le ferons”, a déclaré le ministre de l’Économie sur BFM TV lundi, en ajoutant que ce n’était pas simple aujourd’hui et que la situation risquait malheureusement de durer.

Ce prélèvement, présenté comme exceptionnel lors de sa création en 2025, a déjà été prolongé l’an dernier pour combler le déficit budgétaire.

Si nous pouvons réduire la taxe sur les sociétés, nous le ferons, mais aujourd’hui, ce n’est pas facile. Nous nous trouvons malheureusement dans une situation qui risque de perdurer.

Combien rapporte cette surtaxe ?

Le rendement attendu explique la difficulté à s’en passer. La mesure doit rapporter plus de 6 milliards d’euros à l’État en 2026.

Même avec cette recette, le déficit public devrait atteindre 5,1 % du produit intérieur brut cette année, bien au-dessus du plafond de 3 % fixé par les règles européennes.

Le ministre affirme que le gouvernement fera tout pour ramener ce déficit à 5 % du PIB l’an prochain, sans instaurer de nouvelles taxes.

Un troisième exercice qui fâcherait le patronat

Une reconduction pour une troisième année consécutive ouvrirait un nouveau conflit avec les grandes entreprises. Ces dernières avaient dénoncé une rupture de confiance lors de la précédente prolongation, et font valoir de longue date que le niveau des prélèvements et des autres charges rend l’activité économique coûteuse dans le pays.

Les chocs qui pèsent sur les comptes publics

Trois facteurs extérieurs compliquent l’équation budgétaire, selon le ministre : la perturbation du détroit d’Ormuz, les vagues de chaleur de cet été, et la hausse des coûts d'emprunt.

Ce dernier point se mesure sur les marchés. Le rendement de l'emprunt d’État français à 30 ans a atteint cette semaine 4,9 %, son plus haut niveau depuis 2008, dans un mouvement mondial de tension sur les taux longs alimenté par l’inflation et par les besoins de financement liés à l’intelligence artificielle. Chaque point de rendement supplémentaire renchérit mécaniquement le service de la dette.

La croissance s’est parallèlement dégradée. La Banque de France a révisé en juin sa prévision pour 2026, de 0,9 % à 0,5 %, après une contraction inattendue de l’économie au premier trimestre et la hausse des prix du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient.

“L’impôt n’est plus la solution”, selon le ministre

Roland Lescure formule par ailleurs une critique de la méthode budgétaire française. La fiscalité a été la solution magique pendant quarante ans, estime-t-il : dès qu’un problème surgit, on augmente les impôts, une formule qui ne fonctionne plus selon lui.

Il précise sa position : les prélèvements doivent être adaptés, cela fait partie de la politique publique, mais affirmer qu’il suffit de les augmenter pour que tout aille bien ne tient plus.

Un budget sous forte contrainte politique

Le contexte parlementaire rend l’exercice périlleux. Aucun groupe ne dispose d’une majorité claire à l’Assemblée nationale, et l’élection présidentielle se tiendra au début de l’année prochaine.

Le précédent budget donne la mesure du prix à payer. Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait fait adopter le budget 2026, au prix de la suspension de la réforme des retraites portée par Emmanuel Macron, repoussée après l’élection présidentielle de 2027, afin d’obtenir le soutien nécessaire à son gouvernement minoritaire.

Le pays peine de longue date à concilier les attentes des électeurs envers un État social généreux avec le niveau de ses coûts et la faiblesse de sa croissance.

Et maintenant ?

L’examen du budget 2027 s’annonce à l’automne, dans une configuration qui laisse peu de marge.

Trois variables commanderont l’arbitrage sur cette surtaxe. Le niveau des taux longs, d’abord, qui détermine le coût du financement du déficit. La trajectoire de croissance ensuite, dont dépendent les recettes fiscales. Et l’arithmétique parlementaire enfin, qui conditionne l’adoption même du texte.

Le calendrier électoral ajoute une inconnue. Un gouvernement qui présente son dernier budget avant une présidentielle dispose rarement des moyens politiques de renoncer à 6 milliards d’euros de recettes.

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