Ce qu’il faut retenir :
- Nvidia loue la totalité d’un data center de 1 gigawatt construit au Texas par le développeur Hut 8.
- L’engagement porte sur 19,6 milliards de dollars sur quinze ans, jusqu’à 50 milliards sur trente ans.
- Le site abritera des centaines de milliers de processeurs graphiques Nvidia.
Nvidia a signé des baux d’une valeur pouvant atteindre 50 milliards de dollars pour un data center géant au Texas, un engagement resté confidentiel jusqu’ici. Le groupe, valorisé près de 5 000 milliards de dollars, loue l’intégralité du site d’un gigawatt que construit le développeur Hut 8, où seront installés des centaines de milliers de ses propres processeurs graphiques, d’après cinq personnes au fait du dossier citées par le Financial Times.
Que contient le bail signé par Nvidia au Texas ?
L’engagement ferme court sur quinze ans pour 19,6 milliards de dollars. Les options de renouvellement portent le total à 50 milliards de dollars sur trente ans, selon Hut 8. La première phase du site, baptisé Beacon Point, avait fait l’objet d’un bail de 9,8 milliards de dollars signé dès le mois de mars.
Le campus sera construit autour de l’architecture DSX de Nvidia, qui standardise la puissance de calcul, le réseau, l’alimentation et le refroidissement d’un site autour du matériel et des logiciels du fabricant. Interrogé sur ce bail, Nvidia a répondu travailler avec des partenaires de son écosystème pour accélérer le déploiement d’infrastructures d’IA efficaces via cette architecture, qu’il présente comme un plan type pour construire et exploiter des usines à IA.
Pourquoi Nvidia loue-t-il les bâtiments qui abritent ses propres puces ?
Ils disposent des moyens financiers nécessaires pour acquérir de l’énergie et, ce faisant, garantir le déploiement de leur produit.
La réponse tient en un mot : l’électricité. Le site texan dispose d’un accès garanti au réseau, une denrée rare alors que les développeurs se disputent chaque mégawatt disponible. Nvidia a mobilisé sa puissance financière pour verrouiller l'emplacement au profit de ses propres puces, explique un dirigeant au fait de l’opération.
“Ils ont le bilan pour s’offrir de l’électricité”, résume cette source anonyme, pour qui l’entreprise garantit ainsi le déploiement de son produit. Une fois le site achevé, Nvidia pourrait sous-louer de la capacité à ses partenaires “neocloud”, ces fournisseurs qui achètent ses GPU pour vendre du calcul dans le cloud.
La démarche prolonge une stratégie déjà éprouvée par Jensen Huang, directeur général de Nvidia, qui a dépensé des milliards de dollars pour faire émerger une nouvelle génération de fournisseurs d’infrastructure comme CoreWeave. Le bail texan franchit une étape supplémentaire, puisque le fabricant se place désormais derrière les murs qui abritent ses composants.
Un bail qui vaut notation investment grade
L’engagement de Nvidia est la clé du financement de Hut 8. Le développeur a émis environ 4,3 milliards de dollars d’obligations à 6,129 % en juin pour la première phase du projet. Moody’s a accordé une notation investment grade à cette dette, catégorie réservée aux émetteurs jugés solides, en raison précisément du bail. Les titres se sont placés à environ 100 points de base au-dessus de la dette à trente ans de Nvidia elle-même.
Le mécanisme est connu des banquiers : quand un géant technologique garantit les baux d’un data center, le coût de financement du développeur est divisé par deux environ. Hut 8 devrait solliciter le marché à nouveau pour la deuxième phase, annoncée la semaine dernière, qui doublera la taille du campus. L’entreprise décrit publiquement son locataire comme une société très bien notée, sans le nommer, et refuse de commenter les spéculations sur son identité. Les documents obligataires citent six géants technologiques, dont Nvidia, parmi les locataires autorisés.
Le débat sur le financement circulaire relancé
L’opération alimente les inquiétudes sur le financement circulaire, ce mécanisme par lequel un fournisseur finance directement le marché de ses propres produits. Nvidia discute par ailleurs d’une garantie de 250 milliards de dollars apportée à OpenAI pour l’aider à louer un data center de 10 gigawatts que SoftBank construit dans l’Ohio, d’après des personnes au fait du dossier. Son implication dans ce projet avait été rapportée en premier lieu par The Information et le Wall Street Journal.
Les comptes portent la trace de cette stratégie. Le dernier document trimestriel de Nvidia fait état de 32,4 milliards de dollars de loyers de data centers non encore commencés, principalement destinés à la recherche et développement, contre 7,4 milliards un an plus tôt. Le seul bail de 9,8 milliards sur la première phase de Beacon Point représente près d’un tiers de ce montant.
Le calendrier tombe mal. Comme nous l’écrivions hier, les marchés viennent de sanctionner lourdement les valeurs de semi-conducteurs, précisément sur la question de la soutenabilité des dépenses d’IA.
Google avance ses TPU face à Nvidia
La concurrence pousse dans la même direction. Google mobilise lui aussi son bilan pour placer ses processeurs maison, les TPU, en garantissant des data centers et en débloquant de la dette moins chère pour les développeurs. Les deux groupes se livrent une bataille de crédit autant que de silicium.
Et maintenant ?
Trois points à suivre. Le financement de la deuxième phase de Beacon Point, qui testera l’appétit obligataire pour ce montage. La confirmation ou non de la garantie de 250 milliards de dollars à OpenAI dans l’Ohio. Et la réaction des investisseurs, qui découvrent l’ampleur des engagements hors bilan de Nvidia au moment même où ils réévaluent toute la chaîne de valeur de l’IA.
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